Shagrath, frontman de Dimmu Borgir

Un peu plus d'un mois avant la sortie chez Nuclear Blast de Abrahadabra, le nouvel album des black sympho metalleux norvégiens de Dimmu Borgir, j'ai pu m'entretenir quelques minutes avec Shagrath, leader charismatique du combo, dans sa chambre d'hôtel parisienne. Cigarette et café à la main, c'est une légende de bonne humeur malgré la fatigue qui a ainsi pu répondre à mes questions avec sa franchise caractérisée.

Ju de Melon : Bienvenue à Paris ! Comment te sens-tu à un peu plus d'un mois de la sortie du nouvel album ? Impatient, excité, inquiet... ?

Shagrath : Je suis plutôt excité, je pense que cet album est vraiment bon et nous sommes très satisfaits du résultat final. C'est sympa d'être à Paris, un peu crevé j'avoue mais bon c'est comme ça...

Ju de Melon : As-tu eu quelques réactions à propos du single "Gateways" qui est sorti il y a quelques jours ?

Shagrath : Au-delà du single, le plus important c'est que nous soyons contents de ce que nous avons fait avec l'album... Nous sommes fiers de ce que nous avons accompli avec Abrahadabra et je pense que c'est un album unique aussi bien dans notre discographie que dans le monde du metal actuel. Après, ce que les gens pensent, ça n'est pas non plus la priorité pour nous... Je n'ai pas trop fait attention aux premières critiques sur le single, à vrai dire je m'en fiche un peu pour être honnête avec toi. Tout le monde se fait son opinion, chacune différente, après pour dire ce qui est bon ou pas c'est avant tout subjectif.

Ju de Melon : En ce qui concerne le choix de cette chanson en tant que single, était-ce voulu de votre part ?

Shagrath : Hmm déjà je ne pense pas que cette chanson représente l'album en tant que tel car chacun des titres est assez unique et différent sur ce CD. Mais c'était un bon choix, d'autant plus que nous en avons tourné un vidéo clip qui sortira quelque part la semaine prochaine... Une chanson bonne car différente de ce que nous avons fait mais qui garde l'esprit Dimmu Borgir, l'emmenant même à un autre niveau. Je suis content de ce choix donc.

Shagrath Dimmu Borgir

Ju de Melon : Parlons un peu du line-up qui s'est vu réduit à 3 personnes (Shagrath, Silenoz et Galder). Est-ce que cette configuration vous a aidé pour l'inspiration et le travail de composition ?

Shagrath : Oui, de toute façon Silenoz et moi sommes les véritables membres d'origine, nous sommes Dimmu Borgir. Nous avons décidé de ne former qu'un trio avec Galder afin de nous débarrasser de tous ces aspects négatifs que nous avons connus avec les anciens membres... Tous ces changements de line-up par le passé nous ont pas mal épuisé, donc au moins là nous sommes sûrs que ça ira mieux. Moins de gens, moins d'emmerdes ! C'était un véritable rêve de pouvoir réaliser ou du moins composer cet album à 3, cela nous a permis une meilleur cohésion et moins de disputes dans le processus d'écriture.

Ju de Melon : Tu te retrouves désormais seul derrière les claviers, est-ce que cela t'a permis de nouvelles perspectives ou autres expérimentations ?

Shagrath : Oh tu sais j'étais déjà en quelque sorte "seul" en ce qui concerne la composition des parties claviers auparavant, ça ne change pas forcément grand chose. Evidemment ils ont été ici bonifiés par l'apport de Gaute Storaas aux orchestrations... Mais "derrière le rideau", c'est toujours moi qui m'occupe des riffs de base et du noyau de ces lignes de clavier, rien n'a changé ici et ce même si mon nom n'a pas toujours été associé aux keyboards sur les précédents albums. Sur cet album j'ai beaucoup travaillé cet aspect mais aussi créé certains effets ou autres arrangements afin d'aider au mieux le travail de l'orchestre, toute la base de ce cd a d'ailleurs été réalisée dans mon studio maison.

Ju de Melon : Aucune information n'a véritablement été confirmée en ce qui concerne le bassiste et le batteur ayant enregistré sur cet album (NDLR : Nous savons depuis de sources officielles que la basse a été enregistrée par Snowy Shaw)...

Shagrath : C'est normal, gardons encore un peu le secret. De toute façon nous avons une multitude de guests sur cet opus, à commencer par l'orchestre et les choeurs, bref en tout 101 personnes pour être exact (rires). En ce qui concerne le groupe en tant que tel, nous voulons des gens capables de concentrer à fond et de tout donner... Après je comprends ta curiosité sur l'aspect basse et batterie, mais je ne veux encore révéler aucun nom y compris au niveau des chanteurs invités. Mais ce n'est qu'une question de temps... Gardons le secret intact quelques jours !

Ju de Melon : Je pense cependant avoir reconnu un chanteur invité à la voix claire, le très réputé Snowy Shaw (ex-Therion, entre autres), au moins sur les titres "Ritualist" et "Renewal"...

Shagrath : Peut-être, peut-être pas... (NDLR : Mais confirmé depuis hier soir)

Ju de Melon : Concentrons-nous sur l'orchestre et les choeurs, 101 personnes venant du classique travaillant sur un album black metal... Comment avez-vous géré cet aspect et cette "fusion" ?

Shagrath : Ce n'est pas la première fois que nous utilisons ce procédé mais c'est vrai qu'ici nous l'avons poussé à l'extrême, ce qui diffère des albums Puritanical Euphoric Misanthropia ou Death Cult Armageddon. C'était un vrai challenge plutôt excitant à relever. Nous avons cependant gardé le même chef d'orchestre, Gaute Storaas, mais il a encore plus participé aux arrangements et au processus final. Notre relation de travail est vraiment très bonne, on se comprend très vite et il a été à mes côtés sur cet album depuis la naissance du premier titre. Beaucoup de travail très dur qui a pris pas mal de temps, comme tu peux l'imaginer, mais une expérience unique et enrichissante, un vrai défi de cohésion et de communication. Je crois que nous avons vraiment fait du bon travail en tout cas.

Ju de Melon : Y a-t-il eu malgré tout quelques conflits entre vous, deux compositeurs venus de deux mondes différents ?

Shagrath : C'est d'ailleurs pour éviter ce genre de conflits que nous sommes moins dans le groupe désormais (rires), trop de "cerveaux" ce n'est jamais très bon. Ici, toute la structure des orchestrations a été construite par mes soins au clavier, il n'a pas eu à composer quoique ce soit mais il a eu pas mal de travail à transférer ces idées en éléments orchestraux. Il n'a donc à aucun moment discuté mes choix et fait un remarquable boulot aux arrangements.

Ju de Melon : Parlons de l'histoire de ce Abrahadabra, y a-t-il une sorte de concept ou de thème récurrent parmi les chansons le composant ?

Shagrath : Il y a une idée directrice c'est vrai mais ce n'est pas un album concept. "Abrahadabra" veut littéralement dire "I create as I speak" ("Je crée en parlant"), un terme très occulte et pas mal de chansons traitent de ce sujet. D'autres parlent de transfusion d'un nouveau sang, de réincarnation, de renaissance et de cette flamme éternelle qu'est Dimmu Borgir... On s'est pas mal concentrés sur ces aspects négatifs que nous avons connu les précédentes années afin d'en développer quelque chose de positif pour nous et pour notre musique. Cet album représente en quelque sorte la force de notre éternelle unité en tant que groupe. Cette idée de titre pour l'album s'avère donc parfaite dans ce contexte, plus direct car ne comportant qu'un seul mot (ce qui est rare dans la discographie du groupe). Nous voulions ainsi marquer une différence par rapport aux précédents disques que nous avons faits, la rupture se marque donc aussi dans le titre qui ne comporte pas 3 mots comme auparavant.

Shagrath Dimmu Borgir

Ju de Melon : En écoutant l'album une première fois, j'ai comme senti une influence de l'univers Lovecraft, cet album pourrait parfaitement accompagner certaines histoires de ce fameux auteur fantastico-horrifique...

Shagrath : C'est une bonne remarque, on peut en effet ressentir différents aspects au-delà de la musique à l'écoute de ce nouvel album. Il y a plusieurs degrés d'écoute et de lecture je dirais même. Il faut savoir se plonger dans le concept et prendre le temps de se laisser pénétrer tout en feuilletant les images du livret avant de s'en imaginer d'autres au fur et à mesure des chansons... Tout est lié, la musique et l'image ou la création littéraire. Après c'est une question de choix, d'autres gens préfèreront écouter simplement la musique sans faire attention à l'imagerie ou aux paroles. Mais cet album offre la possibilité d'aller plus loin et de s'épanouir intellectuellement d'une certaine manière, on peut mettre ça en lien avec le travail de H.P. Lovecraft en effet.

Ju de Melon : Une fois In Sorte Diaboli terminé, avais-tu déjà en tête la direction qu'allait prendre ce nouvel album ou tout s'est décidé a posteriori ?

Shagrath : Habituellement, quand on sort un album nous sommes de suite très occupé avec la tournée et nous ne préférons pas penser à la suite pendant cette période. Voilà pourquoi cela prend souvent 3 ans entre deux albums de Dimmu Borgir car nous ne voulons pas avoir à nous concentrer sur deux choses en même temps, écrire du nouveau matériel pendant une dure et longue tournée c'est rarement une bonne chose. A chaque fois, tout part d'une page blanche une fois la tournée achevée... et bien sûr il faut savoir arrêter de tourner pour composer, parfois nous devons refuser certaines propositions de concerts à cause de cela. Chaque album a sa période de temps qui lui est propre et qu'il faut savoir achever à temps. En tout cas nous ne reprenons jamais du vieux matériel écrit avant et laissé de côté, nous redémarrons à zéro pour chacun de nos nouveaux opus.

Ju de Melon : Et une fois cette page blanche devant toi, l'idée de la direction du nouvel album t'es venue de suite ou tu en as un peu discuté avec Silenoz et Galder ?

Shagrath : Nous ne sommes pas du genre à nous assoir autour d'une table pour discuter de ce genre de choses. La plupart de notre musique vient naturellement mais nous avons tout de même établi quelques règles depuis que nous avons viré deux membres du groupe (NDLR : ICS Vortex et Mustis) et ainsi décidé de continuer à trois. Cet album tourne vraiment autour de la fin et de la continuation de Dimmu Borgir sous une autre forme, comme l'indique le titre "Endings and Continuations" qui clôture le CD. Nous voulions avant tout ne pas trop nous répéter, tout en gardant notre base, et le tout en utilisant des personnes nouvelles pour passer au niveau supérieur. Que les fans se rassurent, les éléments qui font la musique de Dimmu Borgir sont toujours là, mais il faut s'attendre à quelque chose de neuf malgré tout.

Ju de Melon : Du coup, la chanson "Dimmu Borgir", éponyme au nom du groupe, prend tout son sens...

Shagrath : Très importante cette chanson en effet. Après 17 ans de carrière, tu ressens le besoin de célébrer le côté spirituel de cette connexion entre le groupe et ses fans. Quand nous avons créé les riffs de cette chanson, nous avons de suite pensé qu'elle serait parfaite en live et deviendrait vite une sorte d'hymne du groupe. Nous avons donc soigné les paroles au maximum, et c'est bien ce morceau qui a pour thème la flamme éternelle de Dimmu Borgir et qui a été inspirée par tout ce qui nous est arrivé de "mauvais" ces derniers temps. Le message est clair ici : nous sommes toujours là, quoiqu'il arrive ! Nous voulions célébrer cette sorte de renaissance et partager ça avec les fans. Une connection entre passé, présent et futur !

Ju de Melon : Parlons un peu de la prochaine tournée, vous passez d'ailleurs très bientôt en France (le 20 septembre)... Comment vont être incorporées les nouvelles chansons à la setlist ? Avec pas mal de samples j'imagine...

Shagrath : Oui, nous n'aurons pas le choix, il est impossible d'amener l'orchestre sur cette tournée. C'est dommage mais bon... Du coup, on va devoir se limiter aux samples dont certains seront joués en live au clavier, comme avant. Nous allons ainsi jouer ces chansons de façon plus "directe", avec la guitare plus en avant, ce sera différent de l'album parfois. Mais nous aimons séparer l'aspect studio et les conditions live, ça ne posera pas trop de problèmes éthiques.

Ju de Melon : Et peut-être un jour, un grand concert avec l'orchestre sur scène... Est-ce un rêve ?

Shagrath : Plus qu'un rêve, c'est dans les plans. Nous imaginons cela possible en plein air, dans une sorte de château en Norvège près d'Oslo. Peut-être en mai 2011, mais rien n'est sûr encore. Ce serait grandiose, avec sûrement un DVD à la clef, nous espérons pouvoir faire ce grand concert symphonique dans un cadre unique. Cela demande une grosse organisation en tout cas !


Dimmu Borgir

Ju de Melon : Question un peu à part, vous avez fait pas mal de reprises par le passé, par exemple des morceaux d'Accept, Bathory, Twisted Sister ou encore Venom. D'autres sont prévues bientôt ?

Shagrath : Oui, nous avons fait deux reprises en marge de cet album, en tout il y a 16 chansons d'enregistréees pour ce CD si on compte les divers bonus ou autres digipack.

Ju de Melon : Encore un secret sur le contenu de ces bonus ?

Shagrath : Pour les reprises oui, suspense, mais ce sera annoncé bientôt ! Les autres chansons seront des versions orchestrales de morceaux de l'album, pas de nouvelle chanson bonus en tant que telle. Par contre, on espère que ces versions plus symphoniques seront incorporées à la bande son d'un film prévu pour bientôt, mais ce n'est pas encore certain alors... secret là aussi (rires) !

Ju de Melon : Parlons d'un de tes autres projets, Chrome Division. Quelques plans pour le futur ?

Shagrath : Nous y travaillons, même si en ce moment je reste avant tout concentré sur Dimmu Borgir. Si tout va bien, le nouveau Chrome Division sortira en février 2011, l'album est déjà enregistré et nous avons juste besoin de retravailler quelques détails sur le chant ainsi que quelques soli avant de l'envoyer au mix et mastering. Logiquement il verra donc le jour début 2011.

Ju de Melon : Globalement, en ce moment, quelle musique écoutes-tu le plus ?

Shagrath : Je suis très ouvert d'esprit et assez éclectique, je peux écouter un peu de tout. Par exemple récemment j'ai écouté le nouveau Audrey Horne, le dernier Black Label Society, le nouveau Sahg mais aussi l'album solo de mon compère Eddie Guz sans oublier le dernier Watain. J'écoute beaucoup de choses, j'essaye de rester à jour mais ce n'est pas facile car il y a beaucoup de nouveaux groupes chaque jour qui pointent leur nez... J'ai une immense collection de CD à la maison et j'essaye de l'alimenter le plus souvent possible. Par contre, en ce qui concerne le black metal pur, j'ai généralement du mal avec les nouveautés et je reste plus centré sur le old school.

Ju de Melon : Connais-tu quelques groupes de metal français ?

Shagrath : Très peu, j'en ai un en tête par contre : Carnival in Coal. J'ai reçu le CD en cadeau il y a quelques années, et même si la pochette ne me semblait pas très intéressante je me suis penché sur la musique et j'ai beaucoup aimé ce côté très original entre jazz et brutal death metal. J'adore être surpris quand j'écoute de la musique, et là j'ai été servi ! C'est ce qu'on essaye de faire avec Dimmu Borgir, même si ça nous vaut quelques critiques...

Ju de Melon : Merci beaucoup pour cette entrevue, as-tu quelques derniers mots à dire aux fans ?

Shagrath : Notre nouvel album sort bientôt alors si vous êtes intéressés par quelque chose de différent de ce qui se fait aujourd'hui dans le metal, n'hésitez pas ! Et on vous attend le plus nombreux possible au Bataclan le 20 septembre prochain...

Shagrath & Ju de Melon

Pour avoir écouté l'album une fois avant cet entretient, attendez-vous à quelque chose de très symphonique et de parfois complexe, avec de belles atmosphères à certains moments et ce style voix/blast caractéristique de Dimmu Borgir. Abrahadabra se veut un album différent de In Sorte Diaboli, très soigné niveau prod et arrangements, qui méritera de nombreuses écoutes attentives après sa sortie le 27 septembre prochain.

La Grosse Page de Dimmu Borgir



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