Blakkheim, guitariste de Bloodbath

« Nous sommes les plus grands fans de death au monde »

Anders Nyström, aussi connu sous le nom de Blakkheim, est un schizophrène du metal. Guitariste dans le groupe de rock sombre Katatonia à temps plein, il aime cependant revenir à ses premiers amours death metal de temps en temps. Bloodbath est le fruit de ces infidélités. Le musicien parle ici, entre autres, du processus de création de l’album Grand Morbid Funeral et de l’intronisation de Nick Holmes (Paradise Lost) au growl.

Bonjour Anders et merci de nous accorder cette interview. Bloodbath se prépare à sortir l’album Grand Morbid Funeral, que peux-tu dire sur le disque maintenant qu’il est fini ?

J’adore cet album et je peux dire que c’est un des meilleurs moments d’enregistrement de la carrière de Bloodbath. Nous avons fait quelque chose de tellement naturel et organique. Rien n’a été exagéré, nous avons fait beaucoup de prises live, nous avons gardé le côté cru et réel le plus possible, pas de montage. Nous avons même gardé quelques pains, pour laisser cette ambiance old school. On se retrouve avec notre album le plus sombre jamais fait. Ca se ressent dans la musique, dans les paroles, dans le titre, même dans la pochette, qu’on croirait déterrée du Moyen-Âge ! J’attends de l’avoir en vinyle et de l’écouter dans ce format, comme quand j’étais jeune.

C’est vrai qu’il est difficile de faire plus death metal comme titre !

Je suis content que tu dises ça ! [rires] Nous voulions un titre qui représente vraiment le style qu’on prend pour cet album. Il représente tout ce qu’il y a de plus pourri, morbide et cru, à la base du death metal old school. Avec Bloodbath, on ne connaît jamais la suite, on ne sait même pas s’il y aura un autre album ou un autre concert au moment où on sort un disque. Du coup, si jamais il n’y a rien ensuite, faisons en sorte que ce soit de grandes funérailles morbides (Grand Morbid Funeral).

Bloodbath Grand Morbid Funeral

Est-ce que votre manière d’écrire a changé six ans après The Fathomless Mastery ?

Oui, ça fait vraiment longtemps, mais nous n’avons pas passé six ans à préparer Grand Morbid Funeral. Nous savions déjà quelle direction nous voulions prendre à l’époque. Même quand Mikael était encore dans le groupe, nous lui avons dit qu’on ne voulait pas faire de suite à The Fathomless Mastery, pas de death moderne et technique, nous voulons aller dans l’autre sens. Mais nous voulions vraiment faire un album de ce style-là parce que c’était le seul qu’on n’avait jamais touché complètement dans notre carrière. Nous avons exploré le style floridien, le style suédois, on a eu des influences british et allemandes, mais nous n’avons jamais fait d’album super-cru, enregistré en live avec une mentalité old school. Du coup cet album permet de boucler la boucle de ce qu’on aime dans le death metal.

La musique change effectivement, c’est plus sombre et moins brutal.

Exactement, il y a très peu d’éléments qui se rapportent aux aspects brutaux du death metal. Il n’y a pas de blast-beats ou de double-pédale jouée rapidement. On a ralenti le tempo de manière tout à fait délibérée. C’est un aspect qu’on a voulu explorer car on ne l’avait pas fait dans nos albums précédents. De fait, le chant se devait d’être naturel, dans le contexte death metal. Si tu écoutes les démos des années 80, c’est comme ça que sonne la voix. Le chant guttural est venu après, mais le chant des début était assez horrifique pour que nos parents trouvent ça affreux. Pour nous, la magie de ces albums vient avant l’aspect technique. Pour moi, j’ai amené plus d’influences venant de Bathory, Possessed et Slayer que jamais, c’est sûrement pour cela que ça sonne plus ancien.

Comment avez-vous pris le départ de Mikael ?

Nous y étions préparés, nous avions vu les choses venir. Ce qu’on voulait faire avec Grand Morbid Funeral n’était pas le style de death metal qu’il préférait. Ce n’est pas la seule raison pour laquelle il est parti, c’est surtout parce qu’il a perdu son intérêt dans le metal extrême en général. Son coeur a toujours été dans les années 70 et la musique progressive de cette époque, mais c’est ce qui domine en ce moment. Il n’a pas trahi ou tourné le dos au death metal, c’est juste que ce n’est pas son truc en ce moment, donc il doit rester honnête avec lui-même, sinon ce serait un mensonge pour lui, pour nous et pour les fans de Bloodbath. C’était la bonne chose à faire, si ton coeur n’y est plus, tu n’as qu’à te retirer.

Bloodbath

Et maintenant il y a Nick Holmes au chant. On sait qu’il a déjà touché au chant death aux débuts de Paradise Lost, mais ce choix de chanteur reste tout de même surprenant. Comment en êtes-vous arrivés là ?

En fait, nous avions une liste de chanteurs, avec ceux qu’on voudrait voir dans le groupe et pourquoi. Il fallait quelqu’un qui avait déjà une bonne réputation dans le metal extrême, quelqu’un dont on aime le style de chant et surtout quelqu’un qu’on apprécie personnellement, quelqu’un avec qui on aime travailler. Ca ne m’intéresse pas de trainer avec un trou du cul. Nick est la seule personne qui remplit toutes ces conditions. Nous l’avions déjà approché quand nous tournions ensemble [Katatonia et Paradise Lost] aux Etats-Unis il y a de ça deux ans. Il connaissait déjà Bloodbath et je pense que notre proposition « Aimerais-tu revenir à tes racines avec un tel projet ? » l’a intriguée. Dans le même temps, il voyait Greg Mackintosh, son guitariste, faire la même chose avec Vallenfyre. Du coup, il était plus motivé qu’on le pensait, ça a été très facile de l’amener parmi nous.

Sa voix est assez différente de celle de Mikael et de Peter Tägtgren. Avez-vous aussi changé votre approche concernant les anciens titres de Bloodbath ?

Comme j’ai dit, nous avions déjà une idée du style de voix qu’on voulait employer dans l’album quand Mikael était encore dans le groupe. En fait, on ne cherchait pas une voix comme celle de Mikael. Il nous fallait un style moins guttural, il fallait que ce soit plus morbide et que ça sonne comme à la fin des années 80, comme si un cadavre parlait [rires]. Nick Holmes est parfait dans ce rôle. Les gens qui s’attendaient à un clone de Mikael ont tout faux, ça n’a jamais été notre intention.

Avez-vous travaillé tous ensemble sur l’album ?

L’album était déjà écrit avant que Nick arrive, mais nous pensions déjà au moment de la composition. Nous avions enregistré nous-même les parties vocales des démos pour qu’il ait une idée de comment il devait chanter avant l’enregistrement. Il n’a pas pris part à la composition mais il a écrit les paroles de deux chansons (que j’ai composé) : « Beyond Cremation » et « Unite In Pain ». J’avais déjà écrit les paroles, mais j’ai pensé que c’était plus intéressant qu’il fasse un peu partie du processus créatif. Je lui aurais volontiers laissé plus de place, mais vu que tout était déjà écrit, cela n’a pas été nécessaire.

Qu’en est-il de la part de chacun dans la composition ?

En fait, on se réunit au début, on se met d’accord sur le style et on écrit tous trois ou quatre chansons chacun de notre côté. Je ne sais pas ce qu’on fait les autres avant que leurs chansons soient prêtes. Cela permet de garder un peu de variété et de fraîcheur à l’ensemble, c’est plus intéressant que d’avoir un seul compositeur ou tout le monde qui travaille en même temps. De toute manière, le travail en studio sert à faire sortir un ensemble cohérent de tout ça et en faire un album. C’est la recette qu’on a toujours utilisé et qu’on compte garder dans nos albums.

On retrouve également Chris Reifert [chant] et Eric Cutler [guitare] d’Autopsy sur Grand Morbid Funeral. Parle-nous de ce choix.

Quand on parle de death metal gore old-school, le premier nom qui vient à l’esprit est Autopsy. Si on se plonge si profondément dans ce style, ce serait énorme d’avoir les pères dans l’album. On s’est rendus compte qu’on est sur le même label, Peaceville. J’ai donc contacté le patron du label pour qu’il leur en touche deux mots. Je ne savais pas à quoi m’attendre. S’ils ne répondaient pas, tant pis, mais j’aurais au moins demandé. Il se trouve que Chris et Eric ont tous les deux répondu et étaient déjà des fans de Bloodbath. Je me suis dit « Whaou, ils sont fans de nous, qui leur rendons hommage ? La boucle est bouclée ! » C’était un grand honneur de les avoir, Eric a fait quatre solos et Chris a posé sa voix sur la dernière chanson, « Grand Morbid Funeral ».

Bloodbath

Parlons live. Vous avez annoncé votre présence à trois festivals en 2015. Comptez-vous en faire plus ?

Nous en avons annoncé trois effectivement, mais nous avons été confirmés pour dix autres festivals environ. C’est un cauchemar pour nous de réussir à faire une tournée complète, ça n’a jamais marché dans le passé et cela ne marchera probablement jamais. On s’est rendus compte que le seul moyen pour les fans de nous voir en concert est de faire les festivals. On compte en faire au moins un dans chaque grand pays d’Europe. Nous en avons un en Allemagne, un en France, un au Danemark, un en Belgique, un en Hollande et même un en Espagne. Ce sera super et on aura Nick avec nous pour toutes ces dates, ça va être génial.

Est-ce qu’il est stressé de se remettre au chant death sur scène ? Ca fait longtemps qu’il n’en a pas fait, même avec Paradise Lost.

Ca lui revient en fait. Cela a commencé avec Paradise Lost qui a réenregistré deux anciens morceaux pour leur compilation anniversaire qui est sortie l’année dernière. Il est donc revenu à ce style et ça lui plaît toujours. Depuis ce temps ils refont ces titres sur scène. Les fans ne devraient pas être surpris de réentendre des growls dans Paradise Lost à l’avenir. C’est la direction dans laquelle ils vont et ça sied parfaitement à Bloodbath, donc il y a de quoi croire en l’avenir. Je vois moi-même que le growl lui plait beaucoup.

Tu parlais des difficultés à organiser une tournée. Comment faites-vous pour travailler ensemble sachant que vous avez tous un groupe principal à côté ?

Cela a toujours été le problème principal chez nous. Nous devons toujours nous projeter loin dans le futur pour trouver un créneau libre. Il faut aussi étirer le temps de l’enregistrement. Par exemple, Axe avait déjà enregistré ses parties de batterie en mars. Si nous avions été un groupe normal, nous aurions fini en même temps. Mais cela a duré jusqu’en août parce que tout le monde allait et venait et il fallait trouver le temps de faire ce qu’on avait à faire. On réussit toujours à s’en sortir à la fin, mais c’est de plus en plus dur de trouver des créneaux libres pour chacun. On doit faire avec, Bloodbath est un side-project et doit être traité en tant que tel. Je trouve que c’est plus intéressant d’espacer les sorties, plutôt que de prendre ça comme une obligation de sortir un album tous les ans.  Cela ne marcherait pas pour moi, je préfère revenir à Bloodbath quand la faim me revient.

Cette faim s’est aussi manifestée chez vos fans.

C’est vrai, et leur nombre a grandi au fil des années. Je suis vraiment surpris par ça, nous avons beaucoup de fans qui nous voient comme un grand groupe, alors qu’en fait, comme j’ai dit, il s’agit juste un side-project de quelques mecs qui aiment trainer ensemble et s’éclatent à jouer du death metal old school. Nos intentions sont pures, même si Katatonia et Opeth se sont beaucoup éloignés du death metal, c’est là que sont nos racines, on ne peut pas s’en détacher, nous sommes toujours les plus grands fans de death metal au monde, ça se voit dans Bloodbath.



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