Vithia, Hokuto No Kev et Fabulous Fab de Rise of the Northstar

"Le premier album, c'est l'an 0 pour un groupe"
 

A l'occasion de la sortie de Welcame, premier album de Rise of the Northstar, La Grosse Radio est allée à la rencontre de Vithia (chant), Hokuto No Kev (batterie) et Fabulous Fab (basse) pour évoquer leur univers très axé sur le Japon et les mangas, du processus créatif du disque, de la relation avec le public et des éventuelles critiques qu'ils essuient. Un témoignage sincère d'un groupe qui croit en son projet.

Bonjour à vous trois. Vous sortez votre premier album après six ans de carrière. Vous êtes-vous mis une pression supplémentaire par rapport aux deux précédents Eps ?

Vithia : Non, on ne s'est mis aucune pression, si ce n'est que celle de faire quelque chose de cohérent qui nous correspondait. Il faut savoir que le premier album, c'est l'an 0 pour un groupe. Avant, il effaçait tout ce qui s'était fait avant, maintenant, ça fonctionne plus exactement de la même manière. Même si on a mis un an et demi à le composer, c'est 15 ans de notre scolarité laborieuse qui est synthétisé là-dedans. En cela, ça représentait quelque chose d'ultime, mais on n'a pas de pression parce qu'on croit en nous, on croit en ce qu'on fait, on se retrouve totalement là-dedans.

Du coup, vous voyez ça comme un accomplissement.

Vithia : Oui. Demonstrating my Saya Style c'était un maxi, parce qu'on n'avait pas tant de moyens. On a toujours privilégié la qualité à la quantité, donc sortir cinq titres bien bossés et surtout bien produits qu'un long album mal produit faute de pognon. On a beaucoup tourné pour pouvoir amasser de l'argent et avoir une bonne prod pour sortir un bon album qu'on a mis du temps à écrire et dont on est fiers.

Rise of the Northstar

Comment s'est déroulé le processus créatif ?

Vithia : Généralement c'est un de nos guitaristes qui arrive avec un riff, voir un morceau, le plus souvent Eva B, qui est une machine de guerre, il compose des gros riffs sans arrêt. Après on met tous notre grain de sel, des fois je me mets avec lui pour arranger certaines parties. On met tous la main à la patte, Hokuto No Kev a écrit les riffs de "The New Path" par exemple. Sur "Dressed All in Black", j'avais un clip en tête, donc j'ai écrit mes lyrics en fonction de l'image, c'est la première fois que je fais ça, et on a développé ça ensemble avec Eva B.

L'album sort chez Nuclear Blast, comment les avez-vous approchés ?

Fabulous Fab : Tout l'album était fini, mixé, masterisé et même pressé quand on a signé chez eux. Comme on n'avait pas réussi à trouver un contrat décent qui nous permettait de sortir cet album, Vithia a décidé de monter sa propre structure, Repression.

Vithia : C'est la notre, c'est chez nous et personne n'est le bienvenu à part nous !

Hokuto No Kev : D'ailleurs, Slayer, qui a récemment été signé chez Nuclear Blast, a aussi créé sa propre structure. Ils ont juste 25 ans de retard ! [rires]

Fabulous Fab : Du coup, on comptait sortir l'album via Repression. Mais en faisant les festivals d'été, on a croisé le chemin de Markus Staiger, le fondateur de Nuclear Blast. Il avait déjà entendu parler de nous suite à nos passages au Resurrection Fest en 2013 et au With Full Force cette année. Il nous a vus au Summer Breeze, et ensuite il est venu nous retrouver en backstage.

Vithia : Il a kiffé notre show. Je trouve que séduire quelqu'un par le live, c'est la manière la plus pure et la plus noble pour un groupe. En plus il nous a proposé un bon contrat. Certains pensent qu'on est contre le music business, mais on est juste contre les sales contrats. Aujourd'hui, je trouve qu'il y a plein de groupes qui se laissent enculer, soit ils n'ont pas d'ambition, soit ils ne respectent pas leur travail, mais nous, si on a passé autant de temps dessus, ce n'est pas pour se faire enfler. Là, il nous a proposé quelque chose de cohérent et de décent. Donc on va pouvoir être distribués comme on le souhaite, c'est à dire partout dans le monde. Ils vont être le muscle, mais nous gardons le contrôle artistique avec Repression Records.

Hokuto No Kev : En plus ils ont l'air de respecter le groupe, nos exigences, en termes de charte graphique.

On voit que Nuclear Blast signe de plus en plus de groupes de hardcore.

Vithia : On n'est pas les premiers, ils ont aussi Madball et Agnostic Front depuis longtemps. Nous ne nous sommes jamais revendiqués comme un groupe de hardcore. Nos racines musicales viennent de là, on se retrouve sur des groupes comme Madball, Hatebreed, mais on ne s'est jamais revendiqué d'aucune scène. Les gens nous classent comme ils veulent, mais on a autant à voir avec le hardcore qu'avec le metal, ou même la fusion. Ça rappe sur quasiment tous les titres, au début personne ne le soulignait et il a fallu qu'on sorte une reprise de "Simon Says" pour que les gens s'en rendent compte !

Du coup, "Simon Says" est votre première reprise enregistrée, pourquoi ?

Vithia : Pour le plaisir ! On a toujours voulu faire une reprise, mais une reprise intelligente, c'est à dire qu'on prend un titre et qu'on l'emmène ailleurs. On a trop de groupes qui jouent le même morceau avec moins de moyens, moins bien produit et sans âme. Je vois pas l'intérêt. Pour moi, si tu veux faire une reprise, soit tu l'emmènes ailleurs, soit tu n'y touches pas. C'est pour ça qu'on est parti sur une reprise rap, c'est un classique du golden age, toute cette période avec laquelle on a grandit, dans les années 90, on a fait une liste et on a gardé celui-ci il parlait à tout le monde.

Hokuto no Kev : Il se trouve que le beat de "Simon Says" est un très vieux beat qui a été créé dans les années 60 par un japonais qui a été utilisé pour la musique du film Mothra versus Godzilla de la même époque, donc ça reste dans notre imagerie proche du Japon…

Vithia : Du coup on l'a metallisé à notre façon, même hardcorisé, il y a un gros beatdown à la fin, on en est contents.

C'est un peu osé de reprendre un morceau de rap, tu penses que le public va l'accueillir comment ?

Vithia : J'écoute du rap depuis que je suis tout petit, on est tous banlieusards, on a grandit avec, au même titre que le rock extrême. Du coup, il y a rien de révolutionnaire. S'il y en a qui sont surpris, c'est chouette, s'il y en a qui s'y attendaient et qui sont conquis, c'est chouette aussi.

Hokuto no Kev : Je pense même que ceux qui connaissent pas le morceau à la base peuvent kiffer, vu qu'on en a fait un morceau metal. Si on avait fait un beat avec des machines, peut-être que les gens s'en apercevraient.

Rise of the Northstar

Concernant les thèmes des paroles, est-ce que ça reste les mêmes par rapport à vos deux Eps ?

Vithia : Oui et non. Sur Tokyo Assault, j'avais un titre qui parlait du personnage de Raoh (Ken le survivant). Il y a un processus naturel qui s'est fait, c'est que maintenant, j'ai plein de punchlines venant de plein de mangas sur un titre. Ça fait partie de notre ADN et maintenant je parle rarement d'un manga sur un lyrics. Maintenant, c'est un lyrics avec plein de références à droite et à gauche, pas que sur les mangas d'ailleurs, il y a aussi des références musicales comme "Welcome to the Jungle" ou "Take a Look Around". Il y a juste un titre, "Samurai Spirit" où je me suis inspiré de l'histoire de Miyamoto Musashi par Takehiko Inoue dans le manga Vagabond. Depuis le début, je suis à la recherche du refrain qui tue, beaucoup de groupes les oublient. Je mets beaucoup d'importance sur les rimes, j'aime quand ça rebondit et que ça groove.

Hokuto No Kev : En live, on adore quand le public saute et bouge, mais ce qui nous éclate le plus, c'est quand ils reprennent nos paroles tous ensemble. Il y a rien de plus impressionnant que de ne quasiment plus entendre ton chanteur.

Vithia : En 2013, au Resurrection Fest, c'est la première fois que c'est arrivé, les "Mouahahaha" [sur "Sound of Wolves"] du public couvrait notre son à nous. Quand tu es un petit groupe comme nous, c'est ouf ! C'est un truc qu'on souhaite développer.

Pourquoi avoir choisi le titre Welcame ?

Fabulous Fab : C'est un mauvais "Bienvenue". C'est une référence à Rookies, un manga qui nous influence depuis le début. La preuve, c'est le titre du deuxième morceau de notre premier EP. C'est un manga qui parle d'une bande de cancres, les furyo. L'un d'eux accueille son prof en lui lançant une balle de baseball dans la tronche à travers une vitre. Et comme c'est une grosse brêle en anglais,  au lieu de marquer "welcome", il a marqué "welcame" et le prof le barre. C'est d'ailleurs pour cela que le A est en rouge.

Vithia : C'est aussi un moyen de montrer qu'on est pas anglo-saxons et qu'on le sait. Il y en a qui fanfaronnent sur mon accent. Déjà, si on comparait mon niveau d'anglais à leur niveau de français, on rigolerait bien, et c'est une manière de dire bienvenue. C'est un moyen de se revendiquer, depuis le début j'ai une casquette avec de marqué "Furyo" dessus, ça veut dire cancre.

Hokuto no Kev : Au moins, les gens sont avertis, tant pis s'ils ne sont pas contents ! [rires]

Parlant de langue, il y a un passage en français sur le morceau "Authentic". Pourquoi ?

Vithia : Déjà, le titre Authentic est une référence à NTM, que j'adore. L'album a des lyrics assez positives, je n'ai pas eu de morceau très vindicatif à part celui-ci, dans lequel je me défends un peu, vu qu'internet provoque beaucoup d'impunité à ce niveau. Donc je m'adresse aux gens qui parlent trop. Pour moi, on pourrait même résumer l'album à une phrase dans ce titre : "And you talk talk talk about us about me, mais nique ta mère, love from my country".

Du coup, en parlant d'accent, comment êtes-vous perçus à l'étranger ?

Vithia : Comme un groupe américain, un groupe japonais, ou un groupe dont on ne sait pas trop d'où il vient…

Hokuto no Kev : On a pas trop de critiques concernant l'accent de la part des américains, alors que ça leur saute aux yeux. Le plus souvent, ce sont les français qui vont venir nous critiquer là-dessus. Les anglo-saxons s'en foutent.

Vithia : On nous voit avant tout comme un groupe qui joue une musique extrême, sans trop d'a priori par rapport à l'endroit d'où on vient. Tant mieux, il y a souvent un sentiment d'infériorité quand tu arrives dans ce business et que t'es français, comme quoi on n'aurait pas les mêmes chances. Bullshit ! Si tu fais une musique bien produite avec de bons morceaux et que tu es cohérent avec toi-même, tu peux marcher à l'international.

Hokuto no Kev : Après dans Rise il y a beaucoup de pistes qui sont brouillées. De par notre musique, on est perçus comme un groupe américain, et beaucoup pensent qu'on est japonais à cause de notre image. Il nous est arrivés de recevoir des mails de bookers japonais qui voulaient nous faire tourner, on est partant, et quand on commence à parler des billets d'avion, le mec pensait qu'on habitait à Tokyo, [rires] Mais c'est très fréquent !

Vithia : Il y a aussi des français qui nous écrivent en anglais !

Vous avez d'ailleurs tourné au Japon il y quelques temps, ça fait quoi ?

Vithia : Oui on y a tourné en 2012… C'est un rêve de gosse ! C'est ultime pour nous, mais le but n'est pas que d'y jouer, mais aussi de s'établir et de régner. On adore tourner partout, mais le Japon c'est ce qu'on préfère, on va à l'essence du groupe. Les gens adorent la musique extrême, tu as de vrais mélomanes, les zicos sont super bons, les groupes de hardcore qu'on voit là-bas sont chauds ! C'est propre, c'est carré, il y a de bons titres. Et après, quand tu sors dans la rue, tu es dans un manga ! [rires]. Quand on a tourné un clip là-bas, les gens étaient fous, ils nous prenaient en photo et tout… Dans les mangas, les personnages ressemblent à des occidentaux, donc, quelque part, on incarne ça.

Hokuto No Kev : Des fois ils sont partagés entre la peur et la fascination, tu le sens dans leur approche, ils sont intrigués.

Et avec le public ?

Hokuto No Kev : il se trouve qu'ils comprennent nos codes, parce que ça fait partie de leur culture et de leur quotidien.

Vithia : Ils sont très réceptifs et assez fanatiques aussi. C'est la magie du kilomètre.

Hokuto No Kev : Mais regarde la première fois qu'on a été là-bas, on tournait avec des groupes américains, l'engouement n'était pas le même. Ils viennent aux concerts avec des lettres, certains envoyaient des lettres d'excuse parce qu'ils ne pouvaient pas venir. On avait aussi des cadeaux, des figurines, des magazines, de la bouffe…

Fabulous Fab : Ils sont fanatiques, mais chaleureux. L'accueil est vraiment agréable.

Rise of the Northstar

D'ailleurs vous n'avez pas encore de concerts de prévus.

Vithia : Je suis toujours en train de me remettre de ma blessure au dos [NDLR : le groupe a été exceptionnellement programmé entre-temps en première partie de Machine Head à Paris].

Hokuto No Kev : On a annulé pas mal de dates, dont le festival Loud Park au Japon. Mais on n'a pas le choix. Cela dit, lors de notre première tournée au Japon, il avait une béquille sue scène.

Vithia : Le plus dur c'était novembre 2013. On a fait un concert à Bordeaux je m'étais déjà foulé une cheville au concert de Mennecy. Et là je monte sur scène, sur la première chanson, je tombe et je me foule l'autre cheville. Le truc était gonflé, j'avais mal, j'ai cru que j'allais tourner de l'oeil. Je continue le concert et après je vois un papier sur nous : "Le chanteur il se la joue, il bouge pas". Espèce de connard va ! J'ai fini la tournée, j'avais une béquille avec les deux chevilles foulées, une angine et une hernie discale. Et après les mecs ils viennent parler. Mais avec ce que j'ai là, c'est pas possible de faire une tournée. Mais je vais y arriver. Sangoku guérit toujours !

Hokuto No Kev : Mais en principe, dès janvier 2015 on est repartis.

Vous comptez tourner dans le monde entier ou en France ?

Hokuto No Kev : Pourquoi pas une tournée mondiale, mais on aimerait bien s'attarder sur la France,  on a pas encore fait de véritable tournée française. Les tournées françaises, ça devient compliqué, mais on commence à être entourés et avoir une bonne équipe et on espère une bonne tournée à venir.

Vithia : On est dans l'un des plus beaux pays du monde !

Qu'en est-il des Etats-Unis ?

Vithia : On a jamais tourné là-bas, plein de groupes veulent y aller, donc on les laisse. C'est un marché qui est cool, mais bon, on va dire qu'on préfère aller en Asie. Si on nous y invite, on viendra…

Hokuto No Kev : C'est un marché intéressant, mais en tant que groupe, quand tu connais les conditions de tournée aux Etats-Unis, ça fait pas envie ! Tu galères, tu payes tes hôtels, t'as jamais à bouffer. Nous, quand on croise les groupes américains, ils sont super contents d'être en Europe. Si une bonne occasion se présente, on ira, mais il faudra voir les conditions. Sinon, on est très bien au Japon ! [rires]

Photos par Berzerker.



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