Crystal Viper – Legends

C’est bien connu, c’est dans les vieux pots que l’on fait la meilleure confiture. Et cette recette, efficace au demeurant, secrète pour personne, c’est celle que les polonais de Crystal Viper aiment et s’évertuent à s’appliquer. Nos amis de l’Est n’ont jamais livré ne serait-ce qu’un album bouleversant totalement le genre, à l’avant-gardisme prononcé et doté d’éléments complètement novateurs, mais cependant, on doit reconnaître cette force à la formation de produire des opus de qualité constante et tout à fait agréables, qui réussissent à convaincre et même en live (comme nous l’a prouvé « Defenders of the Magic Circle – Live in Germany »). Or donc, après l’excellent « Metal Nation » en 2009, véritable mine d’or à hymnes du heavy/power metal, le groupe, qui est décidément prolifique, vient conter des « Legends » à son public au mois d’Octobre 2010 sur AFM Records. Le succès est-il à nouveau au rendez-vous, ou une baisse de régime se fait-elle sentir ?

 

Ce qui est une certitude à l’écoute de ce brûlot, c’est que 1) Doro va vaciller sur son trône de reine du heavy metal, et que 2) Crucified Barbara, Shadowside et Benedictum ont définitivement de la concurrence pour aller le récupérer. Car une fois encore, c’est un déluge de pépites d’or qui va venir s’abattre pour la joie et le bonheur des fans. Des tubes à la pelle, vous en voulez ? Nos amis polonais ne vous trahiront pas puisqu’encore une fois, la mission est remplie.

 

« The Ghost Ship » et son refrain fédérateur nous emportent dans sa fougue et sa folle cavalcade, ses chœurs masculins accompagnant les vocaux de la belle Marta, une pièce comme la jeune formation sait en composer avec classe et brio. La maîtrise fait du bien à retrouver et l’on est à nouveau immergé dans les émotions procurées par l’écoute, à savoir une énergie débordante extrêmement communicative, contagieuse même. Bien sûr, on s’en doute, et c’est maintenant monnaie courante chez les polonais, l’originalité est quasi-nulle, le croisement entre Doro et Running Wild étant fortement remarqué, mais après tout, pourquoi chercher compliqué lorsqu’on obtient le headbang et l’approbation d’une manière aussi simple et aussi plaisante ?

 

Dans la veine des refrains tubesques, « Greed is Blind » tire son épingle du jeu également. Même s’il n’est pas à proprement parler un exemple même de fougue et d’énergie dévastatrice, il surprend agréablement, de part ses lignes mémorisables, sa chanteuse en phase avec la mélodie, et sa belle démarcation par rapport aux couplets.

 

« Secret of the Black Water » n’est pas ce que l’on pourrait appeler un morceau speed, et pourtant, la réussite est de taille. La raison ? Le groupe réussit à instaurer une véritable ambiance dans la piste, une atmosphère de mystère, qui se construit et se développe au fur et à mesure, et sur lesquels les vocaux sont vraiment très adaptés. La rythmique se fait plus lente et plus réservée, sans jamais tomber sous le joug de la mollesse.

 

Pour les désireux de refrains tubesques dans la lignée d’un « Metal Nation » de l’album précédent (et éponyme), pas de panique, vous n’avez pas été oubliés. Le coupable, c’est ce morceau, « Blood of the Heroes », nouvel hymne au power/heavy metal, qui, si l’avenir le veut bien, restera gravé dans les consciences collectives et se transmettra de générations en générations. La sauce est lâchée, le déferlement de guitares puissantes, d’une batterie déchainée et d’une voix céleste s’élevant à des notes d’une belle hauteur constituent un beau cadeau fait à l’auditeur, qui se régalera.

 

Dans ce même registre, « Black Leviathan » et la reprise d’Accept « T.V. War » (très réussie au passage, nos allemands doivent en être fier) font également mouche, et moult ravages s’en suivent. Une surdose d’headbang aura provoqué de sérieux troubles dans vos esprits tant l’intensité est préservée, et ces refrains, ils sont tout simplement dantesques ! Oui, aucun doute, la faculté de pondre des chefs d’œuvres à la pelle est préservée.

 

MAIS, oui il y en a un, Crystal Viper ne transforme pas en or tout ce qu’il touche et laisse de marbre parfois. J’en veux pour preuve la ballade « Sydonia Bork », absolument inutile et incroyable de mièvrerie. Et les vocaux rocailleux de notre jolie chanteuse ne semblent en aucun cas adaptés à cette mélodie au piano léger et terriblement soporifique. Sortez vos mouchoirs et faites semblant d’être sensible pour faire plaisir à Marta. Bon sang, on est pas chez Evanescence, et après tellement de vigueur et de charisme déployé, est-ce une façon de nous imposer une telle anesthésie ? Pire, on frôle même le cliché, le ridicule ne tuant heureusement pas.

 

Dans le genre c’est joli mais ça peine à surprendre ou à satisfaire, « Goddess of Death » répond présent. Le morceau est bien composé, bien interprété, mais ne décolle jamais vraiment, et son placement après la ballade brise la dynamique qui avait été amorcée au cours de l’offrande et qui reprendra avec le morceau suivant. Mais cette piste ne possède pas cet air que l’on pourrait fredonner avec gaieté et joie, ce refrain d’une ampleur monumentale et d’une absolue jouissance, secret pourtant bien détenu par le combo, et cette pêche, cette hargne, on l’attend impatiemment, mais jamais elle ne daignera se montrer ne serait-ce que légèrement, dommage.

 

Côté production, c’est plutôt satisfaisant même si le mixage n’est pas à son meilleur niveau. Pour faire simple, le chant est placé beaucoup trop en avant par rapport au reste des instruments, si bien que parfois, l’effet produit est frustrant car on se dit que les guitares plus au premier plan auraient données un effet encore plus fort, encore plus vigoureux, encore plus intense. Malgré tout, le son est clair et limpide et nous n’avons en aucune seconde à faire face à une bouillie sonore.

 

Marta Gabriel, la sulfureuse brune polonaise, fait encore une fois merveille. Quelle voix, quelle prestance, quel dynamisme et quelle force ! La jeune femme fait mouche par sa voix rocailleuse qui sied parfaitement aux divers titres qui composent ce nouvel opus, et comme précédemment, elle se révèle être l’un des principaux atouts dans la manche de Crystal Viper. Ses montées dans les sphères des notes hautes perchées sont un succès, ses vocaux sont suffisamment variés pour diversifier le plaisir, aucun signe d’une quelconque redondance n’est à dénoter et sa vivacité transmettent tant d’émotion ! Mais personne n’est parfait et l’exercice de la ballade geignarde n’est pas adapté, faut-il s’en réjouir ?

 

A l’instar du dernier Sister Sin, ce « Legends » n’est pas une galette originale, mais le moment de plaisir que l’on prend à son écoute est si intense que l’on pardonnera cette avancée dans les sentiers battus. Et ce chemin déjà tracé, Crystal Viper ne se contente pas de le suivre, mais les polonais avancent dessus à grand pas et se rapprochent du trône, détenu depuis fort longtemps par la grande Doro. Un nouveau recueil de tubes fait son apparition dans le petit monde du heavy/power, et mesdames et messieurs, le seul conseil qu’il est à donner est : jetez-vous dessus.

 

Note finale : 8/10

Myspace de Crystal Viper

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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