Jamie Saint-Merat, fondateur et batteur de Ulcerate

Quelques heures avant le concert d’Ulcerate au Glaz’art, la Grosse Radio a pu s’entretenir avec Jamie Saint-Merat, batteur et membre fondateur de la formation néo-zélandaise. Nous avons pu aborder avec lui l’accueil réservé à Vermis, dernier album en date d’Ulcerate, mais aussi les influences musicales et extramusicales du combo. Nous avons également pu recueillir ses réactions suite à leur passage très remarqué au Hellfest 2014, tout comme les projets à venir d’Ulcerate. Entretien en toute simplicité avec un grand musicien.

Bonjour Jamie et merci de nous accorder cet entretien. Tout d’abord, revenons sur le dernier album d’Ulcerate, Vermis, sorti l’année dernière. Avec le recul, quels sont tes sentiments à l’égard de cet album et de l’accueil qu’il a reçu par le public ?

Je suis très fier de l’album. Il sonne plus ou moins comme nous l’avions espéré. L’album précédent The Destroyers of All était peut être un peu trop propre en terme de production. C’est quelque chose que nous voulions éviter cette fois, nous voulions un son un peu plus « sale ». Dans le même temps, nous avons eu des réactions, à propos de Vermis, de la part de fans qui nous disaient que la batterie sonnait un peu trop sous mixée, même si c’était volontaire de notre part. Mais dans l’ensemble nous n’avons pas eu de retours négatifs. Les chroniques ont été assez enthousiastes, ce qui est super. Et je pense que la plupart des fans ont compris ce que nous souhaitions réaliser avec cet album. Bien sur avec le recul il y a toujours des détails que nous voudrions changer, mais dans l’ensemble nous adorons jouer ces morceaux en live, comme ce soir. Certainement car ils sont aussi plus agressifs que sur Destroyers of All, ce  qui me plait particulièrement.

Votre musique est très sombre, basée sur les ambiances et la dissonance, ce qui rend Ulcerate aussi original. Comment composez-vous Michael (Hoggard, guitare NDLR) et toi ?

Et bien je pense que la création d’un album se réalise en quatre étapes. Tout d’abord on se réunit chez nous avec Michael et nous pratiquons. Nous discutons également beaucoup des idées que l’on peut avoir, essayant de sculpter un squelette autours des riffs que l’on a. Il s’agit vraiment de la toute première étape. Et à partir de là on se réunit dans une salle de répétition, Michael joue une idée ou un riff en boucle, me laissant improviser par-dessus afin de voir si l’idée fonctionne en elle-même. Puis nous enclenchons l’enregistrement, réécoutons les prises afin de compléter la structure du morceau. Cette étape peut être très longue par moment, cela peut prendre des mois dans certains cas si nous avons l’impression qu’il n’y a pas de fluidité entre les parties. Si nous arrivons jouer le morceau du début à la fin, nous passons à la phase de pré-production, pour laquelle nous avons une seule piste de guitare. Et nous essayons de composer une seconde ligne, ajoutant des couches de guitare à ce que nous avons déjà. Une fois que nous avons tout cela, Paul (Kelland, basse NDLR) rajoute ses parties de basses et essaye d’écrire des paroles. Il écrit en général très rapidement, ce qui fait que nous pouvons rapidement passer à l’enregistrement final.

J’ai l’impression que votre musique représente une sorte de quête intérieure, quelque chose de très personnel. Qu’en penses-tu ?

En réalité, nous désirons juste jouer la musique qui nous plait, sans faire particulièrement attention au style pratiqué. En fait nous écoutons tous différents styles de musique, en particulière en terme de technique. Pour ma part j’apprécie plusieurs styles de jeu à la batterie, ce qui rend effectivement le tout très personnel. C’est vraiment notre but de proposer quelque chose d’aussi personnel. Tu vois, nous répétons beaucoup, plusieurs fois par semaine. Si nous faisons tout cela c’est surtout pour être en mesure de jouer quelque chose que nous sommes sûrs d’aimer. C’est tout un processus inhérent à la création musicale et c’est ce qui rend le tout aussi excitant à réaliser.

Vous êtes également très inspirés par Gorguts. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur vos influences ? Qu’elles soient musicales ou artistiques au sens large ?

Et bien lorsque Michael et moi avons débuté ce groupe, nous étions au lycée. A ce moment là nous souhaitions jouer du death metal car nous aimions les vieux Cryptopsy, Angel Corpse, Vader, Deeds of Flesh…Nous étions adolescents à l’époque et ce sont vraiment les groupes que nous aimions et qui nous ont influencés à nos débuts, tout comme Immolation. Nous avons également écouté des groupes comme The Dillinger Escape Plan, qui possède beaucoup de dissonance, mais nous n’avons jamais voulu faire du metalcore pour autant.
Puis ce qui est venu par la suite était Gorguts, qui propose une musique vraiment intéressante. Quand j’ai écouté Obscura (troisième album de Gorguts NDLR) pour la première fois, je n’ai pas compris ce qui m’arrivait ! (rires). Donc nous avons petit à petit commencé à incorporer tous ces éléments de dissonance au sein de notre musique. Actuellement nous sommes tout à fait conscient d’avoir emprunté des éléments musicaux à tous ces groupes. Mais si par exemple, nous nous rendons compte qu’un morceau sonne trop comme Immolation, nous essayons de nous en écarter. Mais quand on fonde un groupe on sait pertinemment qu’on veut faire comme tel ou tel groupe, piquer quelques idées à droite à gauche.
Concernant les influences non musicales, je suis fan d’art graphique en général, c’est pourquoi je réalise les artworks de nos albums. J’apprécie tout particulièrement les travaux de Francis Bacon, un peintre américain des années 60, qui fait beaucoup d’art abstrait, ou encore ce que Dali a réalisé. J’adorais Dali quand j’étais plus jeune. J’ai toujours voulu réaliser des choses dans ce style. Sans peindre car je n’ai jamais peint, mais en utilisant des outils actuels comme Photoshop. La peinture n’est pas du tout une compétence que j’ai développée mais je sais néanmoins l’apprécier à sa juste valeur. J’aimerais savoir en faire, ou au moins avoir le temps pour essayer. (rire)

Que penses-tu de la scène death metal actuelle  et notamment l’émergence actuelle d’un retour au style Old-School, alors qu’avec Ulcerate vous faites tout pour vous tenir à l’écart de ce courant ?

Et bien comme dans tous les courants, je pense qu’il y a du bon et du mauvais. Je ne réfléchis pas tellement en terme de « scène ». J’aime bien certains groupes sans forcément adhérer à l’ensemble d’une scène en particulier. Ce qui m’intéresse c’est essentiellement les groupes qui font des choses bien faites. Au sein de la scène Old-School, ce qui m’intéresse c’est de savoir si les groupes sont bons. Si c’est bon, ça me va. Un de mes groupes préférés est Dead Congregation. Ils rappellent un peu Incantation, mais pour moi c’est juste un bon groupe. Je ne pense pas que l’originalité implique nécessairement que ça soit bon. Tu sais, il y a plein de groupes partout qui sont très originaux mais dont la musique est juste inécoutable ! Tu peux toujours apprécier le fait que ça ne sonne comme rien d’autre mais c’est comme ça. J’aime les groupes qui repoussent les barrières, mais repousser les barrières juste par principe peut être risqué.

Cette année on a pu vous voir au Hellfest, sous la Altar. Quels sont tes souvenirs de ce concert et que penses-tu du festival en lui-même ?

Je me rappelle qu’il faisait très chaud ! (rires). C’est la première chose qui me revient en mémoire ! C’était le festival le plus professionnel et le mieux organisé auquel nous avons participé. La scène et le matériel étaient incroyables. L’affiche l’était également. Nous avons eu le temps d’assister à certains concerts, comme Watain, Behemoth, Clutch, Gorguts, Electric Wizard, Slayer, Iron Maiden, ou encore une partie de Death to all.

Désormais vous avez plusieurs albums à votre actif. Lequel est ton préféré et pourquoi ?

Je dois avouer que je ne suis pas un grand fan de notre premier album, Of Fracture and Failure, car c’était une sorte d’expérience, de transition. Nous essayions d’être professionnels à l’époque, mais le résultat n’est pas à la hauteur. C’est pourquoi souvent quand nous jouons live, nous reprenons les morceaux de nos trois derniers albums. Mais je n’ai pas d’album ou de morceau préféré. Je pense que j’aime à peu près l’ensemble des trois derniers albums. J’aime Fire pour le son qu’il a. Destroyers me plait également pour le fait que les batteries soient bien distinctes même si dans le même temps il sonne un peu trop clair pour moi.

Quels sont vos projets désormais ? Avez-vous commencé à composer le prochain album ?

Pas encore. Nous sommes en tournée jusqu’à mi décembre. Je pense qu’à partir de Janvier nous commencerons à nous réunir et voir ce que nous pourrons proposer pour le prochain album. Nous n’y avons pas encore réfléchis. Nous avons commencé à en parler et avons quelques idées, mais rien de bien défini pour le moment.

Merci pour cette interview Jamie. As-tu un dernier mot à adresser à nos lecteurs ?

Merci pour le soutien, c’est toujours un plaisir de jouer en France. Vous avez un pays avec une scène metal très soudée et forte. Vous produisez beaucoup d’excellents groupes et une musique très puissante, je pense notamment à Svart Crown. Nous avons fait une tournée européenne ensemble et c’était super. Merci à vous !

Entretien réalisé à Paris au Glaz'art le 26 novembre 2014
Merci à Frank de Relapse Records et à Garmonbozia.
Photographies promotionnelles : DR



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