Grutle Kjellson, chanteur du groupe Enslaved

*Interview de Lionel/Born 666 réalisée à la base avant le concert de Dimmu Borgir / Enslaved / Sahg à Paris, puis récupérée par la suite via mailer suite à des soucis techniques*

Peux-tu nous expliquer où « Axioma Ethica Odini » a été enregistré ?

Grutle : Il a été enregistré à Bergen. Les batteries ont été réalisées dans un studio appelé Duper par Iver Sandøy, et le reste dans un studio appelé Earshot par Herbrand Larsen. Il a été mixé à Örebro en Suède aux studios Fascination Stree par Jens Bogren.

Peux-tu nous expliquer le titre de l’album ?

Grutle : Le nom de l’album vient d’une traduction latine du mot "Haavamaal", une poésie en vieux norrois (ce sont les premières attestations écrites d'une langue scandinave médiévale.) de 800-900. Quand il fut traduit en Latin en 1665, il fut appelé « Ethica Odini ». Cette poésie consiste en 164 petits vers qui parlent de vieille sagesse et de l’éthique…pour exemple, comment une personne agira envers une autre personne, envers la nature, la spiritualité. Ces vers sont de grands conseils dans lesquels on peut y trouver de nombreuses choses de bon sens qui ont été perdues après des siècles d’extrême monothéisme, mais qui peuvent être adaptable à notre époque. Pour nous « Ethica Odini » est le plus grand axiome philosophique, d’où le nom “Axioma Ethica Odini”. Les paroles tournent autour de différentes interprétations de nombreux vers de ce poème.

Enslaved

Vos albums et ce, depuis « Isa » sont de plus en plus progressif... qu’est ce qui a changé dans votre manière de créer un album ?

Grutle : Nous changeons toujours, mais sans aucun but spécifique de faire ainsi. Tout vient très naturellement. Nous sommes cinq personnes qui écoutent toutes sortes de musique et nous sommes constamment influencés par cet état de fait. Le but est d’aller dans ce sens et non de penser dans un cadre restreint.

Etes-vous le type d’homme à s’isoler dans les montagnes norvégiennes pour créer une chanson ?

Grutle : Je peux le faire bien sûr, mais mon écriture ne dépend pas obligatoirement de l'environnement dans lequel je suis. Je préfère rester assis à la maison et PENSER à être à un autre endroit comme dans les montagnes par exemple. Quand je suis seul dans les montagnes je préfère aller à la pêche à la truite qu’écrire des chansons...

Êtes-vous encore dans l’esprit « folklore » du Nord ?

Grutle : Est-ce que le loup pisse dans des régions sauvages ? Oui bien sûr, c’est mon héritage ! Cela fait parti de moi. Nous sommes les héritiers des poètes affamés du Nord.

Quand j’écoute certains breaks de « Axioma Ethica Odini » je pense à King Crimson. Que peux tu en dire ? (...de plus, le jour de l'entrevue, il portait un T-shirt de King Crimson : l’illustration de l’album In the Court of the Crimson King).

Grutle : Un compliment bien sûr ! King Crimson est une énorme source d’inspiration pour Enslaved, et bien que nous n’ayons pas le but de leur ressembler d’aucune façon, on peut parfois finir par leur ressembler tellement nous les avons écoutés pendant tant d'années. Un grand groupe !

Il y a deux ans je vous ai vu à La Loco à Paris. Vous jouiez avec Krakow et Audrey Horne. Vous aimez jouer avec les lumières, les couleurs (bleu, vert, violet) et vous aimez projeter des films sur scène... quand vous créez une chanson pensez-vous à des images, des couleurs ?

Grutle : Nous aimons que le spectateur et l’auditeur rentre dans une totale expérience lorsqu’ils nous écoutent. L'auditeur peut méditer concernant notre musique en fermant les yeux et ouvrir les portes de son inconscient. Quand on joue sur scène nous aimons donner aux spectateurs une petite étincelle supplémentaire avec l'utilisation de vidéos ou de backdrops et lumières.

Opeth est de plus en plus progressif, Enslaved aussi. Que ce passe-t-il ? vous vieillissez ?

Grutle : Yeahh, nous sommes devenus de vieux grincheux qui écoutent seulement des trucs complexes ! Non sérieusement, comme Opeth sommes toujours heureux d’explorer notre musique et nous donner de nouveaux défis. Nous sommes de purs amateurs de musique et ne nous soucions pas des genres. La bonne musique, c’est de la bonne musique et elle n’a pas de frontière. Quoiqu’il en soit nous serons toujours un groupe de Metal. Seulement nous sommes plus équilibrés et dynamiques qu'il y a 15 ans.

Votre musique peut être abstraite pendant un break lors d’une chanson... Comment faîtes vous en studio ? vous improvisez ?

Grutle : Non, 95% du matériel, les breaks compris sont préparés avant même d’entrer en studio. On est pas encore si Jazzy (rires).

Au début de l’album qu’entendons-nous ? Le tonnerre, la tempête ?

Grutle : Vous entendez une épave entrer en collision avec un quai en bois !

Enslaved

L'illustration de la pochette de l’album a été créée par l'artiste norvégien Truls Espedal, qui a peint chaque album d’Enslaved depuis 2001 avec "Monumension" ... Comment travaillez-vous avec lui ? Est-ce qu’il écoute l’album avant de vous faire une proposition d’illustration ?

Grutle : Quand Ivar (guitariste et fondateur tout comme Grutle) et moi avons défini le concept de l’illustration de l’album, nous contactons Truls pour organiser un rendez-vous. Ensuite il vient à Bergen et nous discutons de la manière dont il peut transformer nos idées pour l'illustration. Pendant ces rencontres nous avons toujours de la nourriture et quelques boissons. Ensuite il retourne chez lui, écoute les chansons et commence à peindre !!

Qu’aimeriez vous imaginer lorsque vos fans vont écouter "Axioma Ethica Odini"?

Grutle : J’espère qu’ils auront une immense expérience totale quand ils découvriront la musique et les paroles. J’espère aussi qu’ils auront un sentiment de méditation et qu’ils auront de grandes visions lorsqu’ils écouteront la musique et liront les paroles. J'espère qu'ils en tirent quelque chose, d'une façon ou d'une autre !

Est-ce qu’Ivar s’est déjà fait tatouer le nouvel album sur son corps ?

Grutle : Non, mais je ne serais pas surpris qu’il l’ait déjà fait... (rires)

A-t-il encore de la place pour une dizaine d’albums ?

Grutle : Yeah, je le pense. Il a un grand (ou gros) corps autant que je m’en souvienne. Il n’a pas encore commencé à se tatouer les pieds par exemple...

Je pense que vous avez commencer à « toucher » au progressif avec des chansons comme “A monument part I, II & III", (dans Monumension). Pouvez vous nous aider à revenir à cette époque d’Enslaved ?

Grutle : La chose la plus « progressive » de Monumension est probablement le manque de contenu et de direction de l’album. Nous expérimentions bien trop sur cet album et nous n'aurions pas dû laisser Roy faire cette Partie I et II beaucoup trop longues. De toute façon, l’expérimentation a commencé bien avant cet album et vous pouvez aussi en trouver des traces sur l’album Frost. Cela a toujours été là, en développement et ce même au tout début.

Vous avez fait des splits CD avec Emperor et Satyricon. Vous étiez plus dans l’esprit Viking et black Metal. Comment était cette époque en Norvège ?

Grutle : C’était une exceptionnelle scène underground avec de talentueux et ambitieux jeunes personnes qui étaient intéressés par la musique. Malheureusement certaines personnes sont allées un peu trop loin et ensuite tout a explosé au milieu des années 90 ... nuff said.

Je me souviens que vous faites une apparition dans le film de Nocturno Culto « Misanthrope » en train de pécher sur un lac gelé. Etes-vous encore proche des groupes de Black Metal ?

Grutle : Je suis toujours ami avec ceux qui étaient mes amis à l’époque. Comme Emperor, Immortal, Darkthrone, Mayhem. Des mecs sympas et de grands musiciens.

Depuis Vertebrae les titres de vos chansons comportent souvent qu’un seul mot. Pourquoi ?

Grutle : La raison est que nous aimons l’idée de «Less is More». Pour avoir un titre remarquable et fort avec peu de mots, voire un seul mot, donne aux gens l’occasion de réfléchir. C’est notre but principal. Nous aimons aussi l’esthétisme propre d’un titre court.

Qui sont « Les Géants » ?

Grutle : C’est aux lecteurs de découvrir, d’interpréter et d’explorer la chanson. Je sais qui Ils sont pour moi, mais ce n’est pas le but ici. L’Art, c’est d’être découvert par le lecteur ou l’auditeur.

Votre musique est très visuelle comme Neurosis. Les connaissez-vous ?

Grutle : Oui, je les aime. Mais Ivar est un véritable accro de Neurosis. Il les adore !

Votre Premier Album ?

Grutle : Mon premier, je ne m’en souvient pas, c’était un disque de chanson pour enfant. Mon premier album de Rock c’était probablement « Music from the The Elder » de Kiss.

Premier Concert ?

Grutle : Ca je m’en souviens. C’était en 1980 avec l’excellent groupe de rock norvégien Stavangerensemblet!

Enslaved

Merci à Grutle d’Enslaved pour cet interview ainsi qu’à Tonje de Peersen Production pour leur gentillesse et leur disponibilité.

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