Mar de Grises – Streams Inwards

Chose inhabituelle, avant de lire les quelques lignes qui vous seront proposées ci-dessous, vous devez répondre à un petit questionnaire.

Non, il n’y a aucun piège ni effets spéciaux, et les résultats seront tenus secrets.

 

« Pour toi, cher lecteur, comment doit être le doom metal » ?

 

a) A la Shape of Despair/Remembrance, un spleen intense, une tristesse rare et une mélodie d’une lenteur à vous en faire pleurer les pierres.

b) A la Daylight Dies/Swallow the Sun, un bon coup de death avec le doom, vocaux death également, sinon c’est pas drôle.

c) A la Draconian/Lethian Dreams, avec une petite touche gothique, un chant féminin (occasionnellement), tant qu’il y a de l’émotion à la clé !

d) A la Blood Ceremony/Jex Thoth, un doom stoner aux riffs de guitare bien gras et à l’ambiance occulte et mystique.

 

Si vous avez choisi un maximum de a, que vous voulez de la dépression et de la tristesse, c’est par ici !

Si vous avez choisi un maximum de b, que vous désirez une touche de death, c’est par là !

Si vous avez choisi un maximum de c, que l’émotion est le but de votre quête, suivez le guide !

Si vous avez choisi un maximum de d, dans ce cas, les critères recherchés ne sont pas tous ceux que vous trouverez. Cependant, venez donc par curiosité, ne serait-ce que pour l’ambiance !

 

Approchez, approchez ! Montez dans cette embarcation, qui vous conduira vers ce beau pays qu’est le Chili, célèbre pour ses 33 mineurs, ses tremblements de terre, sa forme géographique unique, sa célèbre capitale Santiago et bien sûr, son plat national, le Mar De Grises ! Vous n’en avez jamais goûté, n’est-ce pas ? Portez-donc votre regard sur cette petite épicerie, la Season of Mist, fabricant d’une nouvelle variété de ce plat, le « Streams Inwards », qui est disponible au palet de chacun et chacune depuis Août 2010. Souvenez-vous du délice qu’était « Draining the Waterheart » avec son parfum subtil et son arôme si particulier. Cette nouveauté, alors, est-elle d’une qualité supérieure ? Aussi bonne ? Ou la recette commencerait-elle à périmer, instaurant ainsi une nouvelle crise au Chili qui serait dans l’obligation de devoir chercher un nouveau plat national (des certains Six Magics se verraient déjà prétendants).

 

Rassurez-vous, le goût est préservé et le régal reste intact. Mar De Grises n’a en rien perdu de son pouvoir de séduction intense, offrant toujours à un auditeur curieux une musique intense, riche d’émotions, à vous en faire plonger dans les profondeurs d’un noir tourment où la tristesse s’installe. Nos chiliens sont habiles, talentueux et savent comment séduire dans un style où il est difficile de réussir à s’extirper du lot.

 

La route vers la solitude commence avec « Starmaker », un classique pour notre combo, mais d’une beauté à vous en faire frémir un saule pleureur (et à vous le faire pleurer, qui plus est !). L’atmosphère est intense, profonde et happe dans ses ténèbres dont la noirceur est un régal. Notons également à la piste un aspect prog des plus réussis, par des changements de rythme ponctuant le morceau d’une agréable manière, brisant en quelque sorte la boucle qui condamnerait le titre à tourner en rond. Autre élément, l’utilisation d’un superbe chant clair masculin qui vient se poser tout naturellement, en totale osmose dans le morceau, trouvant sa place et magnifiant ainsi la prouesse vocale.

 

« Shining Human Skin » varie les tempos et les lignes vocales de façon régulière et la réussite est couplée à l’adhésion, une fois encore. Décidément, les sud-américains montrent une nouvelle fois la preuve de leur potentiel créatif énorme, en pondant une nouvelle fois un titre réellement inspiré, véritablement accrocheur et se démarquant d’une concurrence pourtant très rude, laissant sur le carreau October Tide et autres November Doom. Alternant entre une régression vers les lamentations et la tristesse sur les couplets, avec un chant clair de haute volée, doué d’une force émotionnelle incroyable, le titre s’énerve et gagne en rapidité sur le refrain, où le chant death fait cette fois-ci son apparition. Alors oui, mauvaises langues, ce n’est pas spécialement l’originalité que l’on retrouvera ici, mais qu’importe, le talent du quintette leur permettant de se faire remarquer avec leurs propres armes.

 

« Aphelion Aura » est une surprise totale, et probablement l’un des morceaux les plus réussis de l’opus. Cette fois-ci, point de chant masculin, mais un délicat chant féminin, tout en douceur, très éthéré et au timbre d’une grande beauté, explorant de nombreuses tonalités, avec une émotion intense, magique, magistrale. La piste se démarque très clairement du lot, par de multiples différences avec tous les morceaux proposés, montrant une nouvelle facette du combo qui plait, qui ravit et, qui plus est, séduit. Au niveau de l’ambiance, la mélancolie s’évapore doucement, laissant planer en plus grande part le mystère.

 

Dans le registre du différent, « The Bell and the Solar Gust » est sans nul doute la piste la plus speed de l’ensemble du skeud. Surtout, ne vous méprenez pas une seconde. Pas du speed joyeux à la Freedom Call où tout le monde est heureux, là où la princesse chant avec le dragon et où la bière coule à flot dans des banquets moyen-âgeux. Que nenni, ici, on reste dans une sphère relativement sombre et triste qui fait le charme de l’univers des chiliens. Cependant, les guitares sont plus en avant et ont un impact plus grand sur la mélodie, guidant le rythme à leur manière, avec quelques relents prog soignés. Et même dans ce registre, Mar De Grises fait mouche et frappe encore, offrant ainsi à son auditeur un nouveau joyau dont il se régalera. Et, chose amusante, de petits solos de guitares ponctueront le titre par endroits, octroyant une petite dynamique intéressante.

 

Mais dans cette offrande se trouvent surtout deux joyaux, deux perles rares dont la formation du Chili détient le secret de fabrication et qui vous feront rêver, tant la superbe mélodie enivre. « Catatonic North » débute par une mélodie au piano très grave, sombre, lointaine et plantant le décor dès les premières notes. L’arrivée du chant clair murmuré installe à nouveau l’atmosphère, cette fois-ci plus intimiste, jusqu’à ce que le chant death débarque en trombe, avec violence, plongeant encore dans la tristesse et la noirceur, et cédant une fois encore, sur les couplets, sa place aux doux murmures, histoire de faire profiter d’ambiances différentes. Cependant, le titre reste sur la même tonalité, telle une longue descente vers le tourment, avec deux-trois incursions vers une tournure plus rapide, mais en conservant la lourdeur présente. Une très belle réussite.

 

« A Sea of Dead Comets » est une parfaite fusion entre un doom lancinant, dépressif, aux allures presque de funeral, d’une pointe de death dans le chant ainsi qu’aux passages où l’intensité atteint son apogée, et de metal progressif pour sa diversité et les facettes qui se regroupent dans un unique et même morceau, pour près de 8 minutes. Ici, tout constitue une perle rare du genre : la rage qui submergera la mélodie avec l’agressivité des vocaux parfois presque écorchés, les breaks planants et atmosphériques, le tout dans un enrobage magnifique. Pas une seconde durant l’ennui s’aventure dans ces contrées.

 

Hélas, si l’opus est dans son ensemble d’une grandeur impressionnante, le niveau est parfois très inégal et il subsiste des morceaux qui retiendront moins votre attention ou, pire encore, ne trouveront pas leur place. C’est le cas de l’inutile « Spectral Ocean » qui fait retomber la force des sentiments développés du début à la fin, par un long moment de linéarité et le grand bâillement de l’incompréhension qui s’est couplé à l’ennui. Pourquoi, mais pourquoi avec placé après 3 pistes prodigieuses cet espèce de sangsue à magie ?

 

« Sensing the New Orbit » n’est pas mauvaise, mais se place néanmoins un gros cran en-dessous du lot. Pas de beauté spécifique ou d’éléments qui pourraient permettre à ce titre d’être inoubliable, ou plus simplement utile.

 

A opus quasi-parfait, production … parfaite. Pas de sous-mixage ou de son qui part dans tous les sens, on reste dans le domaine du carré et du propre mais qui sait mettre en valeur chaque élément comme il le faut, de sorte que le plaisir de l’écoute soit préservé de la meilleure façon qu’il soit. Le régal est assuré, de ce fait.

 

Saluons en cœur la performance du chanteur/claviériste Juan Escobar, maîtrisant avec dextérité son instrument et surtout, ses cordes vocales. De ce côté-ci, quel bonheur que d’entendre ses alternances régulières entre des grunts profonds et réussis, ne laissant pas insensible l’auditeur car se posant avec brio sur les morceaux, si bien que la transmission est immédiate, et avec son chant clair juste et précis, évoluant avec prestance et émotion. Qualité supplémentaire, le timbre de sa voix claire est superbe.

 

Tiens donc, seriez-vous déjà en train de savourer ce « Streams Inwards » ? Vous avez bien raison, mais prenez surtout soin de le déguster, de n’en laisser aucune miette pour sentir chaque parfum prendre possession de vous. Entrez dans ce monde où l’ombre chasse la lumière, révélant une forme de beauté qui naquit au fond de celui qui s’en empare. Ainsi, cette nouvelle galette est à placer entre toutes les mains. Une nouvelle preuve de l’excellence du combo sud-américain qui, avec ce nouvel essai, prouve qu’il se place dans les élites du genre.
 

 

Note finale : 8,5/10

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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