Aborted (+ Origin, Exhumed et Miasmal) au Divan du Monde (12.12.2014)

En cette fin d’année, quoi de mieux que de découper la dinde à la tronçonneuse au Divan du Monde? C’est en compagnie d’Aborted, d’Origin, d’Exhumed et de Miasmal que le carnage a pu avoir lieu. Bravant le froid et la pluie, les metalleux parisiens se sont déplacés en nombre pour ce concert qui permet de promouvoir les opus respectifs d’Aborted et d’Origin sortis au cours de cette année.

Miasmal

Miasmal est la formation la moins connue à l’affiche du concert de ce soir. Ayant cependant sorti son deuxième album cette année, Cursed Reedemer, Miasmal dispose d’un set d’une petite demi-heure pour convaincre le public qui ne les connait pas. Officiant dans un death classique fortement influencé par Entombed ou Autopsy, les Suédois proposent une musique intéressante, plutôt bien interprétée et qui semble faire mouche auprès de l’audience. Affichant un look résolument rétro, à l’image du leader Pontus Redig, le groupe prend ses racines dans la fin des années 80 avec un son sale et authentique. On se prend à headbanguer sur les riffs accrocheurs du quatuor suédois qui nous fait passer un très bon moment.
Au final, la demi-heure de set passe très rapidement et donne sacrément envie de se pencher sur cette formation prometteuse. Pari réussi pour Miasmal !

Exhumed

Avec plus de deux décennies d’existence, Exhumed est la formation la plus ancienne à jouer ce soir. Fort d’un bon album sorti l’année dernière, Necrocracy, les Américains appliquent la recette qui a fait leur succès, à grands coups de gimmicks gores, inspirés des films d’horreurs tels « Massacre à la Tronçonneuse ». Matt Harvey, leader de la formation, est impeccable scéniquement et très impliqué dans son rôle, bien aidé par le public qui est déjà chaud bouillant. Il faut dire que les riffs old school du groupe, fortement teintés de thrash, entraînent le Divan du monde tout entier dans un moshpit endiablé. Certains spectateurs n’hésitent d’ailleurs pas à monter sur scène, ce qui est amusant cinq minutes, mais devient très vite lassant voire totalement dénué de sens au bout d’une demie-heure. Les adolescents imberbes prenant des poses de tueurs à gage en montant sur scène, faisant des selfies pour les poster immédiatement sur les réseaux sociaux (si si !), ou encore prenant en photo leurs égratignures après un slam raté, il faut avouer que cela manque de crédibilité…

Le public étant très excité durant toute la soirée, l’ensemble des groupes (à l’exception de Miasmal) aura droit à ces nombreux envahisseurs sur scène, ce qui finira par énerver certains musiciens lorsque leur matériel sera maltraité par certains fans sans gêne.

Indépendamment de cela, Exhumed délivre une prestation sans faille, avec une communication bien rodée de la part de son leader. Matt Harvey entraîne les spectateurs à se lancer après lui dans une litanie d’insultes (on vous laisse imaginer) avant de lacher avec humour un « Zut Alors! » en guise d’introduction au morceau « Dysmorphic ». A ce sujet, les morceaux de Necrocracy, le dernier opus, passent vraiment bien le cap de la scène et ne font pas tâche au sein de la setlist, qui alterne classiques et derniers nés de la formation.

Mais Exhumed, c’est également un groupe à l’aspect théâtral très poussé. Cultivant une imagerie gore, les Américains font intervenir à plusieurs reprises un de leur roadie sur scène, grimé en psychopathe armé d’une tronçonneuse. Celui-ci fait d’ailleurs semblant d’égorger Bud Burke (le guitariste soliste d’Exhumed) en fin de set avant de le ranimer à l’aide d’une bière versée dans un entonnoir. Ces gimmicks interprétés à chaque concert font cependant toujours mouche et donnent un côté fun très prononcé au set d’Exhumed qui a décidément réussi à préparer le terrain pour Origin et Aborted.

Origin

Quasiment en co-headline avec les Belges d’Aborted, Origin est un habitué des scènes françaises. D’ailleurs, le groupe propose son brutal death technique avec une facilité déconcertante, évoluant sur les planches comme un poisson dans l’eau à l’image de Jason Keyser (chant), dernier intégré au sein d’Origin. C’est avec « Reciprocal », un ancien titre, que les Américains ouvrent le bal. L’ambiance est toujours aussi survoltée que pour Exhumed, bien que la musique soit moins accessible. Si les musiciens sont d’une technique sans faille, les riffs moins accrocheurs et moins mélodiques sont plus difficiles à appréhender. Les parties de guitare de Paul Ryan très axées sur les gammes chromatiques (« Explosion of Fury ») ne font aucun survivant dans le pit. Mais c’est incontestablement le bassiste Mike Flores qui récolte tous les regards, celui-ci faisant preuve de charisme et d’une maîtrise insolente de son instrument. Pour sa part, John Longstreth (batterie), fort de son récent passage chez Gorguts, assène ses parties de double-pédale sans montrer le moindre signe de fatigue tout au long de la petite heure de jeu.

Les morceaux d’Omnipresent, le dernier album d’Origin, permettent également de faire de petites pauses plus mélodiques dans la setlist, puisque le groupe propose avec cet opus un aspect plus progressif dans sa musique, bien que toujours aussi technique. La brutalité sans concession est également de mise avec « Thrall Fulcrum Apex », qui résume toute l’efficacité dont Origin peut faire preuve. Le vocaliste est impérial sur l’ensemble du set, étant doté d’un des timbre les plus percutants du circuit.

Les Américains ont ainsi pu passer en revue leur discographie, omettant cependant des titres phares tels que « Saliga » (Entity) ou « Algorithm » (Antithesis). On retiendra néanmoins un son un peu en deça de ce que l’on aurait pu attendre, ne rendant pas forcément hommage aux compositions du quatuor. En effet, par moment certains titres (« The Aftermath ») sonnent de façon un peu brouillonne, malgré toute la bonne volonté du groupe pour composer une partition parfaite. Qu’à cela ne tienne, le public a encore passé un bon moment en compagnie d’Origin et s’est parfaitement préparé à la déferlante Belge qui s’apprête à entrer sur scène.

Setlist Origin :

Reciprocal
Expulsion of Fury
Purgatory
All Things Dead
THRALL FULCRUM APEX
The Aftermath
Redistribution of Filth
Evolution of Extinction
Portal
Unattainable Zero

Aborted

Avec leur dernier né, The Necrotic Manifesto, nos voisins du Plat Pays possèdent un bon atout pour faire parler la poudre dans ce Divan du monde déjà surexcité par les groupes d’ouverture. Bien aidé en cela par Sven de Caluwé (chant) francophone et de surcroit très charismatique, Aborted n’a pratiquement rien à faire pour que les metalleux présents passent un bon moment. La valse des squatters de scène ne fait que continuer dès « Dead Wreckoning » (le premier titre joué par les Belges), ce qui finira par agacer le leader du groupe lorsqu’il se fera lui même chasser du front de scène par ses fans montés sur les planches.

Musicalement parlant, le combo fait preuve de toute sa maîtrise et malgré un line-up à géométrie variable ces dernières années, on sent ici un groupe soudé autour de son leader. Les deux guitaristes Danny Tunker et Mendel Bij de Leij, de part et d’autre de la scène, allient riffs teintés de grind avec des soli mélodiques, comme sur « Coffin upon Coffin » sur lequel Matt Harvey d’Exhumed viendra se joindre à la fête.

The Necrotic Manifesto est par ailleurs bien mis en avant dans la setlist, puisque quatre titres en seront issus (si l’on met de côté l’introduction « Six Feet of Foreplay »), dont l’efficace « Cenobites ». Mais Aborted n’oublie pas non plus l’album Goremageddon, largement plébiscité par les fans et dont les titres tapent dans le mille. La setlist ainsi constituée ne fait preuve d’aucune faiblesse et Aborted ne laisse aucun temps mort s’installer. D’autre part, le son est très bon et permet de profiter pleinement des compositions, à grand coup de headbanging. Cerise sur le gâteau, le concert sera également agrémenté de jets de fumée renforçant l’impact visuel d’un concert sans fausse note.

Lorsque Sven de Caluwé annonce en guise de dernier titre « The Saw and the Carnage Done », l’enthousiasme est certain, mais atténué par le fait que la fin du concert approche. C’était sans compter sur le rappel constitué de « Nailed Through her Cunt » qui achève définitivement l’assistance, lessivée par les quatre prestations de ce soir, mais heureuse de la soirée.

L’affiche alléchante du concert aura tenue toutes ses promesses, puisque l’ensemble des groupes présents a su se mettre le public dans la poche, et donner une très belle leçon de death metal. Une bonne façon de finir l’année en somme !

Setlist Aborted :

Dead Wreckoning
Meticulous invagination
Parasitic Flesh Resection
Necrotic Manifesto
Hecatomb
Coffin Upon Coffin
Fecal Forgery
Expurgation Euphoria
The Holocaust Incarnate
Six Feet of Foreplay
The Extirpation Agenda
The Origin of Disease
Gestated Rabidity
Sanguine Verses (of Extirpation)
Cenobites
The Saw and the Carnage Done

Rappel :
Nailed Trhough her Cunt

Merci à Garmonbozia

Photos : Arnaud Dionisio / © 2014 Ananta
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.
 



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements