Shane Embury, bassiste de Napalm Death

« Nous ne sortons pas d’album parce que nous sommes obligés »

Fort d’une expérience fournie sur la scène metal, Napalm Death a écumé les salles et sorti de nombreux albums. Il est question ici du tout nouveau venu, Apex Predator/Easy Meat. Le bassiste Shane Embury, dans le groupe depuis 27 ans, évoque le processus créatif du disque, sa vision de la musique de Napalm Death, ses influences, ainsi que sa vision du monde, ce qui a aidé le groupe à confectionner ce disque.

Bonsoir Shane et merci de nous accorder cette interview. Vous avez sorti votre 16e album, Apex Predator/Easy Meat. Comment s’est passé l’enregistrement ?

Cette année, la période d’enregistrement était plus longue. Nous ne fonctionnons pas comme les autres groupes qui font tout ensemble. Mitch [Harris, guitare] et Danny [Herrera, batterie] ont commencé à enregistrer en mars, ensuite, on a ajouté des voix ici et là… Il a été enregistré sur plusieurs périodes, nous avons donc pu capturer différentes atmosphères pour le groupe, ce qui donne un résultat assez fort. En plus, avec nos premières chansons enregistrées, on a pu voir ce qu’on avait au départ et mieux définir quels types de chansons nous manquaient. Cela nous a aidé à prendre une direction. On a fini toutes les parties de guitare en août et la voix en septembre, puis on a mixé dans le même mois.

Du coup, es-tu satisfait du résultat ?

Je suis très satisfait du résultat, mais je perçois toujours les albums un peu différemment. Nous avons toujours des chansons qui restent des sessions du précédent album, qui deviennent des points de départ pour l’album suivant. Du coup, mon cerveau est toujours en activité, je ne m’arrête jamais de travailler sur Napalm Death. Je vois les choses comme un flux continu. De toute évidence, la production s’améliore ou change, du coup, il en est de même pour la perception des gens concernant la musique, mais pour moi, c’est un processus continu. Nous sommes des fans de musique, nous ne sortons pas d’album parce qe nous sommesobligés. Si nous n’avions pas senti cet album, nous aurions attendu qu’il murisse.

Du coup, ce processus d’enregistrement vous a aidé à avoir un album plus varié ?

C’est l’intention de départ. Par exemple, on essaye de faire sonner la batterie un peu différemment. Pas complètement différemment, mas on essaie de la faire coller aux ambiances voulues. Sur « How the Years Condemn », j’ai voulu qu’on ait l’impression que ce soit enregistré dans une boîte. Le morceau d’ouverture, « Apex Predator/Easy Meat », est venu d’une idée de Barney [Mark Greenway, chant] et moi. On a pris des caisses et des éviers et on a tapé dessus en rythme pour voir ce que ça donnait. C’est très industriel, on a enregistré ces percussions additionnelles et Russ Russel, notre producteur, a gardé les meilleures parties.

Shane Embury Napalm Death

Parlant de la chanson-titre, on a aussi une ambiance un peu occulte, comme si on assistait à une messe dans une secte. Peux-tu nous en parler ?

Oui, il y a de ça, la répétition est pas mal utilisée pour donner un sentiment d’oppression. Du coup, tu peux associer ça à un rituel ou quelque chose dans le genre. Nous écoutons tous différentes formes de musique. J’aime la monotonie et les boucles. Ce n’est pas toujours évident d’en inclure dans Napalm Death, parce que notre musique peut être très frénétique. Mais casser la routine et inclure de nouveaux éléments est la clé pour nous faire avancer. Mais d’autre fois, j’aime bien quand on revient à notre côté old school, du coup, on mélange tout ça dans notre musique. On essaie d’inclure des choses différentes de nos influences, mais sans en abuser. Si l’envie nous prend soudainement de mettre des riffs à la Celtic Frost, on les met.

Parle-nous des autres musiques qui t’influencent.

J’écoute toujours différents types de musique. Si j’entends quelque chose de rapide et agressif, mais bien fait, j’aime et ça va m’inspirer pour Napalm Death. Mes vieux disques m’influencent toujours, mais des groupes comme The Dillinger Escape Plan ou Converge me plaisent. Leurs structures et leur folie me parlent et peut se rapporter à ce qu’on faisait il y a des années, ce qui m’influence. Je suis content du fait qu’on fait ce qu’on devrait faire avec Napalm Death. On a été dans l’expérimentation, on en fait encore d’ailleurs, mais maintenant, on mélange l’ancien et le nouveau d’une meilleure manière et ça garde l’intensité.

Qu’en est-il des paroles ? Barney avait dit qu’elles s’articulait autour du concept de l’esclavage moderne.

Barney écrit la majorité des paroles, mais j’en écris aussi quelques-unes, comme celles de « Hierarchies ». J’ai été influencé par une série de trois documentaires, Zeitgeist, qui parlent du système monétaire et du fait qu’on achète des choses dont on n’a pas besoin. On nous vend 400$ quelque chose qui en vaut 20, et tout ça pour des saloperies matérielles qui tentent de remplacer notre bonheur, qui nous éloignent de notre nature humaine. Le titre de notre album résume ça : « Apex Predator » représente le système financier et « Easy Meat » représente les pauvres gens victimes de ce système. Ce concept n’était pas intentionnel au départ, mais il est devenu ainsi. Barney parle sous un angle différent, celui de l’esclavage. Les gens disent que ça n’existe plus, mais si. La chanson « Cesspits » parle des gens vivant dans des bidonvilles. Les publicités nous demandent de donner, mais les entreprises ont plus de monnaie que quiconque, du coup, il faudrait prendre l’argent pour l’utiliser à des fins plus saines. « What is Past is Prologue » (bonus track) est aussi une chanson que j’ai écrite qui parle de l’exploitation des femmes en Asie qui sont forcées de travailler pour rien, poussées par leur famille. Leur statut de femme là-bas fait qu’elles sont plus faciles à manipuler.

Napalm Death Apex Predator

La pochette va également dans le sens de ce concept.

Oui, l’image ressemble à une barquette de viande, mais c’est aussi une tablette tactile. Si tu regardes bien, il y a aussi des membres et des organes humains au milieu de cette viande pourrie. Cela renvoie encore à ces saloperies matérielles. On est gavé de ça. Tu achètes quelque chose et ça devient tout de suite obsolète. Ce sont des choses qui ne coûtent rien, fabriquées par des gens qui ont un salaire minable et les compagnies les vendent des milliers de dollars à des gens qui pensent en avoir besoin, plutôt que d’avoir une vie saine. La communication est changée. Les gens ne communiquent plus entre eux, ils ont une tablette qui remplace ça. Barney et moi avions quelques idées de pochette et les avons soumises à Frode Sylthe, qui s’est occupé d’Utilitarian (2012) et de certaines pochettes de The Haunted. C’était son idée de faire ressembler la barquette de viande à une tablette. Ça nous parle. Nous sommes d’ailleurs fans du groupe Swans, notamment leurs premiers albums, dont les pochettes sont très viscérales. Sur leur album Cop (1984), on voit juste un poing, qui te montre cet aspect. Cette démarche nous a fait penser à celle de Frode.

Vous avez fait 17 concerts en France l’année dernière, comment ça s’est passé ?

Je n’ai pas compté, mais je sais qu’il y en a eu beaucoup. 2014 était une année très remplie pour nous, nous avons énormément tourné et avons été très occupés avec l’enregistrement de l’album Apex Predator/Easy Meat.

Mitch n’a pas pu participer à la tournée de fin d’année, qu’est-ce que ça vous a fait ?

C’est un peu étrange. De toute évidence, on a joué ensemble pendant très longtemps, du coup, nous somms très proches. Mais il avait ses raisons pour prendre du temps pour lui, chacun doit faire ça à un moment dans sa vie, et pour lui c’était à ce moment-là que c’était nécessaire. Mais on est resté en contact avec lui. Mon ami John Cooke l’a remplacé à la guitare, c’est un ami qui a joué sur Venomous Concept avec moi. Ça fait quelques années qu’on se connaît avec le groupe. Il s’en sort bien, mais c’est forcément un peu différent. Sa voix change un peu de celle de Mitch, mais il a su s’améliorer au fil des dates.



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