Sleeping Sin – Engel

Sleeping Sin, vous n'en avez jamais entendu parler ? Ne serait-ce que brièvement, par le bouche à oreille ? Non, même pas ? Alors soit, faisons les présentations à partir de maintenant. Et faisons cela vite, mais bien. Venant tout droit de Hambourg, en Allemagne, et existant depuis 2006 (eh oui, 4 ans déjà, plus même qu'un groupe à succès comme Pythia), les germains, au nombre de 6, armés de leur instrument de prédilection, s'unissent pour donner vie à Engel, un premier méfait qui voit le jour en Septembre 2010. Et, comme tout jeune groupe underground, c'est une auto-production, mais vous l'avez déjà vu venir ! Alors, que nous réserve ce premier brûlot ? C'est ce que nous allons voir immédiatement.


Soyons francs dès le départ, si vous recherchez une formation qui utilise une chanteuse dans un registre heavy sur une musique qui envoie des briques, alors vous pouvez fuir de ce pas. Ou alors, vous pouvez rester ne serait-ce que pour la découverte. Annonçons clairement que notre sextette allemand ne bouleversera en rien l'ordre établi dans le metal gothique/symphonique, roulant dans les grands classiques et marchant dans les traces de certaines formations bien connues dans nos contrées et ayant percées. Mais il ressort de ce Engel des qualités non-négligeables et un grand plaisir à l'écoute du brûlot, pour ses ambiances générales, respirant mélancolie et joie à la fois, ses refrains plaisants et la langue de Goeth qui, si elle ne vous rebute pas, sonnera de manière délicate à votre oreille. A condition, bien évidemment, de ne pas avoir trop subit le traumatisme Tokio Hotel qui a contribué à la mauvaise vision de cette langue, mais passons.


Cet opus fera preuve dans ses mélodies, ses atmosphères et son rythme de beaucoup de dualité, diversifiant ainsi les plaisirs. Et l'une des facettes de Sleeping Sin s'annonce dès la piste d'ouverture, l'éponyme « Engel ». On ne peut pas dire que le titre soit spécialement accrocheur, la joie n'étant pas invitée au bal des sensations. Des relents doom s'immiscent même dans la danse au cour du morceau, de part la lourdeur et la lenteur des guitares, mais également par l'univers développé, sombre et froid. Pourtant, l'écoute se révèle extrêmement agréable, grâce à une dose d'émotion usée à bon escient. Il est également temps de faire connaissance avec la voix de notre demoiselle, la dénommée Steffi. Ni trop grave, ni opératique, sa voix se révèle très angélique, presque enlevée, éthérée, plutôt comparable à une Liv Kristine mais ne surjouant aucunement, et laissant de côté l'aspect mièvre et mielleux qui colle à la peau de la norvégienne. La jeune femme embellit le morceau de son timbre doux, et contribue au grand potentiel émotionnel déployé tout au long de la piste.


Le côté plus lent et plus mélancolique de la musique sera majoritairement cultivée par le combo, mais en y incluant beaucoup de percées de lumière. Le parfait exemple n'est autre qu'un morceau comme « Am Ende Der Welt », où le rythme est lourd, les instruments contribuant à dessiner un portrait sombre, mais pas complètement, laissant place à un clair-obscur fort divertissant. Le clavier et les vocaux féminins apportent cette touche d'espoir et de clarté au milieu de cette musique au croisement entre le metal gothique et le doom. Les solos de guitare viennent soutenir également cette tendance à dégager une zone de luminosité. De plus, le refrain est plutôt satisfaisant, quoiqu'ayant quelques légères difficultés à se démarquer. La chanteuse monte dans des tons plus lyriques où cette fois, sa voix se rapprocherait plus d'une Simone Simons.


Malheureusement, et cela semblait inévitable, il est impossible d'échapper à la ballade geignarde, gnan-gnan à souhait et qui n'arracherait même pas une larme à l'auditeur le plus émotif. Une mode popularisée dans les groupes à chant féminin depuis que « My Immortal » des américains d'Evanescence est passé par-là, causant au paysage musical plus de dégâts qu'autre chose. Or donc, constatons qu'en plus de nous sortir le piano, le sextette allemand vient en plus nous amener les violons sur un plateau d'argent, et nous garnir de leur long sanglot qui n'auront absolument aucun effet, bien que ce soit un instrument très beau à l'oreille. « Engelstraenen » apparaît donc comme insipide, plate, fade, et ce n'est pas quelques guitares et une batterie trop éloignée qui changeront quoi que ce soit à l'ensemble. Seul la chanteuse est sauvable, sa performance est même louable, semblant très à l'aise dans ces domaines. Le seul intérêt de la piste est donc de démontrer que Steffi est une chanteuse possédant du potentiel, un mal pour un bien, en quelque sorte.


Dans le registre des morceaux qui ne comportent qu'un pâle attrait, citons « Was Bleibt », qui se révèle assez ennuyeuse. Une mélodie assez linéaire, qui ne suscite pas l'enthousiasme à l'écoute. De plus, les lignes de chant sont trop répétitives et surtout, l'emploi du chant lyrique par rapport à la voix claire est clairement une erreur, qui annihilera tout espoir d'émotion quelconque. Les plans de guitare sont monotones et peu inspiré, la batterie manque tellement d'âme qu'on croirait entendre une boîte à rythme (c'est dire), et la basse est mise inaudible. Cette fois-ci, le contraste entre le chant lumineux et les ténèbres musicaux ne porte pas ses fruits, dommage.


En revanche, Sleeping Sin sait aussi jouer dans quelque chose de plus gai, où les guitares semblent bien plus affirmées et sur le devant de la scène, et le chant bien plus enjoué. Sans aller jusqu'aux ambiances légèrement taverne et à la présence d'un violon tzigane qui parfumerait de joie et d'une odeur de bière le morceau, un peu à l'instar d'un Coronatus, « Suendenfall », même si elle ne respire pas le bonheur et la joie de vivre à plein nez, est bien moins torturée que les autres morceaux. Le chant et les instruments forment une danse dans laquelle l'auditoire est chaleureusement invité à prendre place. Le refrain se démarque, très beau et mélodieux, faisant plaisir à entendre.


Dans la même veine, « Heirate Mich » se voit pourvu d'une rythmique bien plus rapide et efficace, au refrain plutôt réussi et accrochant l'auditeur à sa simple écoute. Le titre rappellera Dreams of Sanity à de nombreux aspects, notamment lorsque les guitares se font plus fortes et plus solides, ou encore Coronatus pour l'alternance chant clair/chant lyrique. Le clavier prend le rôle de diffusion de sonorités dans le fond, donnant un côté plus lumineux, la basse est audible et soutient l'ossature de la piste avec brio et les plans de batterie sont plus variés que ce que l'on entendait auparavant, pour apporter une belle touche de diversité.


Dans son ensemble, Engel est un disque où l'on se laisse aller, sans grosses guitares heavy prenant le pas sur le petit monde créé entre chaque morceau, où la synthèse entre metal gothique, symphonique et doom semble évidente. Une véritable osmose entre le ressenti et la musique touchante et agréable. « Spiegelbild » est un titre qui ne révolutionnera pas le monde du metal, d'ailleurs le sextette est très loin d'avoir réinventé la roue, les influences sur d'autres combo du genre se ressentent plutôt fortement (des groupes comme Elis ou Draconian sont surtout palpables en ce qui concerne la mise en place d'un théâtre de tristesse, même si nos allemands sont plus axés du côté doom que les premiers, et n'utilisant pas de chant death contrairement aux seconds). La piste place en valeur le chant de la frontwoman, mais n'hésite pas à instaurer un break instrumental un poil martial qui fait un bel effet. Pas original, mais plaisant.

« Zwielicht » est assez similaire, avec quelques différences cependant, donnant une plus grande part au chant lyrique, ou ne comportant aucun break. Mais la ressemblance permet aisément de comparer les deux morceaux et ainsi de pouvoir en conclure que si les deux sont fort sympathiques à entendre, le premier l'emporte sur le deuxième, par un refrain plus convaincant.


Enfin, dans toute cette masse, au même titre que l'excellent single « Engel », le titre « Liebeslied » parvient à s'extirper du lot et à susciter un vif intérêt. Refrain accrocheur, univers doux et rêveur, chanson d'amour comme l'indique le nom du titre, et une Steffi bien en voix, au timbre qui cette fois, plus posé, devient similaire à une Sandra Schleret (Elis, ex-Dreams of Sanity).


Le voyage s'achève sur « Erinnerung », morceau ne possédant pas grande originalité, les plans étant surtout de la redite, déjà vus mainte fois dans le reste de la galette. Mais notre piste n'est pas mauvaise pour autant, loin s'en faut, possédant la beauté des cordes d'une guitare dont on entend les délicieux accords dans le fond. Lorsque la vocaliste amorce des tons plus lyriques, son chant se voit plus similaire cette fois-ci à une Jay (Benighted Soul).


Au niveau de la production, c'est passable, audible, mais à améliorer tout de même. Les guitares sont bien trop en retrait par rapport au chant qui, lui, est trop en avant, ce qui nuit considérablement au bon équilibre de chaque élément et ainsi peut déstabiliser, et créer un flagrant manque de puissance et d'énergie parfois. Bon, les moyens n'ont peut-être pas été simple à trouver et pour un premier essai, le son est quand même très correct, mais un effort va devoir être fourni de ce côté-là, sinon nos allemands partiraient avec un sacré désavantage.


Heureusement, d'un point de vue vocal, Sleeping Sin est un combo qui peut compter sur Steffi, dont vous avez déjà entendu parler … bah si, elle a été cité à de nombreuses reprises plus haut (soyez attentifs, non mais !). Très polyvalente, la demoiselle sait alterner entre un chant lyrique plutôt agréable et maîtrisé malgré encore quelques erreurs de justesse, et un chant angélique, doux et calme qui est loin d'être plat et trop mou, mais au contraire, se drape de volupté, suave et délicat, presque fragile. Et dans ce registre, le timbre de notre chanteuse est d'une grande beauté, un brin de voix qui n'est finalement pas si courant que ça et qui embellit brillamment les compositions.


Un sensible manque de personnalité et une production pas toujours au top, qui sont fort heureusement contrebalancées par de grandes qualités vocales et des titres très agréables et réussis, c'est un peu de cette manière que l'on peut résumer Engel. Sans égaler les grands du genre, ce premier essai est transformé et fera le bonheur des fans du genre, mais également des autres. En tout cas, il serait dommage de passer à côté de ce brûlot de qualité, qui même s'il comporte encore quelques défauts et un petit manque de maturité, révèle un beau potentiel qui ne demande qu'à s'exprimer. Sleeping Sin est donc un groupe prometteur, seul l'avenir décidera maintenant de leur sort. Espérons qu'il soit positif !



Note finale : 7/10

Myspace de Sleeping Sin



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