Sirenia – The Enigma of Life

Sur La Grosse Radio, les patrons sont cruels et tyranniques et demandent aux pauvres chroniqueurs des rapports complets et détaillés sur les albums, à un rythme digne du célèbre mineur russe Stakhanov, et ce dans un phrasé à la Molière. Enfin, j’exagère un peu, voir beaucoup, mais aujourd’hui, il est un rapport très détaillé qui passa de première importance, tant la renommée du groupe qui en fera l’objet est de nos jours non négligeable, et bon nombre d’entre vous auront bien sûr entendu parler de ce combo. Voici, en détail, la scène qui se produisit à ce moment :

 

Ju de Melon : « J’ai ici la promo du nouveau Sirenia, groupe de metal gothique très connu, ça tente quelqu’un ? » (regards vides parmi les chroniqueurs de La Grosse Radio)

 

Ju de Melon : « Vous me voyez contraint de tirer quelqu’un au sort »
(regard cruel, puis angoisse et stupeur du côté des sous-fifres).

 

Ju de Melon : « Et la victime du jour est … Sanguine_Sky ! Bingo, tu t’y colles ! Et pas de discussion ! »

 

Sanguine_Sky : « Mais… »

 

Ju de Melon : « Allez, au travail ! »

 

Or donc, faisons les présentations des norvégiens, groupe du désormais célèbre dans le milieu du metal à chanteuses Morten Veland, réputé pour ses longs cheveux blonds, son passé chez Tristania où il était le compositeur de leur âge d’or et sa montée en popularité fulgurante avec sa nouvelle formation, Sirenia, qui connut moult périples et, surtout, celui de ne pas savoir garder la même vocaliste sur un même brûlot. Ainsi, une française, une norvégienne et une danoise se sont enchainées avant que notre cher ami blond trouve la perle rare : Ailyn, ancienne candidate de l’émission X-Factor, une jeune espagnole. Le quatuor norvégien est également réputé pour être l’un des portes-étendards, depuis maintenant quelques années, de la vague pop-metal très aseptisé, aux côtés de formations comme UnSun, Delain ou Katra. Ce qui, parmi les fans, entraina la division, les uns favorables à cette évolution, les autres regrettant le vieux style. Il faut dire qu’à l’époque, de 2001 à 2004, Sirenia c’était un metal avec 70% de grunts pour 30% de voix féminine éthérée et angélique, ça change de ce qui est proposé actuellement. Et donc, après un The 13th Floor lorgnant plus vers les rivages d’Evanescence et de Within Temptation que de Paradise Lost ou de Flowing Tears, les scandinaves reviennent à la charge, 2 ans plus tard, avec un tout nouveau bébé, intitulé The Enigma of Life, tout un programme. Débarquant pour la fin du mois de Janvier 2011 sur le label Nuclear Blast, les amis du nord ont bien besoin de convaincre pour montrer qu’ils ont leur place en tant que leader de la scène metal symphonique/gothique si surchargée et que la relève des jeunes loups ne fait pas passer Morten pour un has-been.

Autant prévenir de suite, ceux qui n’aiment pas l’orientation plus easy-listening du combo norvégien vont devoir s’arrêter ici, car le style n’a pas changé et nous avons toujours la même recette (Morten a bien compris comment avoir du succès). Pour les autres, laissez-vous tentez, et résolvez dans ces quelques lignes ce mystère ? 2011 est-elle l’année de Sirenia, ou ne le sera-t-elle pas ? Pour ce faire, innovons un peu, avec les détails dans les parties suivantes :

 

1) Morten fait du Veland, et faut dire qu’il s’en tire bien le bougre …

 

Car il faut bien reconnaître au compositeur norvégien d’être réellement un sacré bon compositeur, lorsqu’il le veut. Même dans les veines commercialo-pop tendance actuelle, la tête pensante du quatuor montre qu’il n’est pas démodé et qu’il sait comment ça marche, cette scène. Du coup, comment ne pas succomber à un morceau comme « Fallen Angel » ? Oui, d’accord, elle rappellera « Lost in Life », probablement l’un des plus gros gadins de Sirenia. Sauf qu’à la différence de la piste du précédent album, ce nouveau morceau a su redresser la barre, et fait de son influence très pop un véritable atout qui se montrera redoutable. Le refrain se démarque, rentrant en tête immédiatement, encore plus catchy et accrocheur que tout ce que Delain a pu faire. Et ça marche, véritablement, en insufflant un souffle de vitalité et d’énergie qui vous fera sourire au début, peut-être prendre le morceau d’un ton moqueur, puis vous laisser surprendre à vous trémousser dessus et accorder votre faveur capillaire avec un headbang, au risque même de paraître ridicule. Avec un ton visiblement plus rock que metal (malgré les guitares qui ne manquent pas de puissance sur le refrain), le norvégien fédère et signe sa première réussite, en annonçant bien sûr que d’autres sont à venir … Promesse tenue !

Et le succès, il continue avec la très convaincante « This Darkness » et ses lignes de chant plutôt douces et éthérées se superposant sur la force d’un morceau plus rentre-dedans que « Fallen Angel », mais toujours aussi diablement efficace. Riffs plus acérés, très reconnaissables du combo (les solos ne trompent pas, ce son est identifiable entre milles), grunts à l’appui pour donner une touche plus sombre et obscur au morceau (autant coller au nom, quand même), et bien sûr, les traditionnels ch?urs latins pour le pont après le refrain très réussi. Les grands classiques sont de sortie, mais ne donnent pourtant pas l’impression de répétition, l’une des principales forces de Sirenia, sans aucune hésitation. Sans avoir besoin de particulièrement se renouveler, la sauce prend et l’effet est garanti !

On continue sur la voie du « vu mais toujours aussi bon » avec la piste suivante, « The Twilight in Your Eyes », bien plus basée sur l’ambiance et sur les atmosphères que sur une force et une technicité hors du commun. Pour cela, guitares plus en retraits sur les couplets, laissant la part du lion à la belle Ailyn qui se fait plus cristalline et enchanteresse que jamais, remplie d’émotion et les partageant d’une belle manière. L’univers est plus lourd, plus sombre, chœurs de sortie une fois de plus. Au risque de tomber dans le cliché, Morten a décidé de miser sur ce qui a fait sa renommée, et force est de constater qu’encore une fois, il sait se montrer créatif et emporter l’adhésion. L’un des plus beaux morceaux des trois derniers albums du groupe.

Mais que serait un album sans ses tubes, ses bombes, ses parfaits singles que l’on verrait bien écouter dans sa voiture en allant au travail, à la radio pour moins s’ennuyer ? Dans le registre du divertissement et de la récréation pop-sucrée, laissez place aux très bons « Winter Land » et « This Lonely Lake ». Oui, certes, on pourra trouver beaucoup de similitudes entre les deux pistes, rien que la durée et la structure, ça ne trompe pas. Manque d’imagination, le compositeur ? Non, du tout, car encore une fois, voilà deux hymnes composés avec talent.

« Winter Land » est débordante de joie et de bonne humeur, de quoi vous requinquer après la tristesse et la mélancolie du titre qui précédait. Rien qui ne fout le cafard, ici, que ce soit un solo lancinant, quelques chants en latin pour donner un aspect solennel ou des lignes dans l’émotion totale. Le maître mot, c’est la simplicité, et même dans cet exercice les norvégiens prouvent leur talent. Qui ne retiendra pas un refrain aussi jouissif ? Même Issa n’aura pas fait mieux, d’autant plus que le chant de l’espagnole de Sirenia est bien plus intéressant que celui de la norvégienne. N’allez pas non plus chercher de structure définitivement prog, à la Dream Theater, ça casserait le côté tubesque. Un titre qui fait profiter de l’instant présent, en somme.

C’est à peu près la même soupe que l’on retrouve dans l’assiette de « This Lonely Lake », qui ouvre avec une jolie petite ligne de piano, criant certes aux canons du genre, mais mignonne quand même. Le reste de la piste suit ce chemin, avec beaucoup moins de gaieté que « Winter Land » et plus de tristesse, mais toujours un rythme et un refrain réussi, équilibré et qui rentreront dans le creux de votre mémoire. Car le quatuor se permet de réutiliser ce que tous utilisent déjà, et d’en faire du mieux. Ainsi, le titre évitera la qualification de pop pour ado dans laquelle tombe les polonais d’UnSun, en donnant un espace bien plus important aux guitares, un souci du détail bien plus travaillé et ne s’affichant pas clairement comme outrageusement comme un pur produit de consommation. Tout un art.

Cependant, parfois le bât blesse et malgré tout, il faut bien attendre quelques faux-pas …

2) Morten fait du Veland et… tout d’un coup, ça passe moins bien …


A vouloir trop jouer sur les clichés, les amis de Sirenia manquent parfois le coche et se mange méchamment l’échec. Il faut dire que si certaines pistes sont agréables et réussies, d’autres sont carrément dispensables, et ne tiennent vraiment pas la concurrence, parfois en étant sympathiques mais moins remarquables, parfois en étant carrément mauvais.

Pour attribuer ce second qualificatif, il faut se tourner vers le morceau qui introduit l’album, le très (trop) vu et déjà revu « The End of it All », qui montre juste que le groupe se repompe de brûlot en brûlot. Sur l’opus précédent, « The Path to Decay » était déjà un gros plagiat de « The Last Call », et désormais, voilà que « The End of it All » fait de la reprise sur « The Path to Decay », où va le monde ? Et bien évidemment, les trois étant aussi mauvaises les unes que les autres, il est difficile de trouver quelque chose à sauver. Et certainement pas le refrain de ce « The End of it All », tant il tourne en rond et termine en flop complet. Il est quasiment impossible d’en retenir une ligne de chant tant il est ennuyeux et déjà entendu. Et qu’est-ce que c’est long, interminable, soporifique et millésime d’attendre un rebondissement qui ne viendra jamais. Du coup, les 4 minutes paraissant d’une durée trois fois supérieure. Et ce n’est pas une très légère apparition des vocaux gruntés qui viendra sauver les meubles, tombant comme un chien dans un jeu de quille. Il faut croire que chez les norvégiens, c’est devenu une habitude d’ouvrir par le ratage de la galette.


La longue (presque 6 minutes) « A Seaside Serenade » possède au moins le mérite de se garnir d’un peu plus d’intérêt et ainsi de troquer la définition de mauvais contre celle de banale. Le clavier, au second rang certes, diffuse de jolies touches lors du refrain, pour l’aider à décoller un poil, pari à moitié gagné car il manque ce petit quelque chose qui fait toute la différence. Un bon riff, peut-être. D’ailleurs, les guitares passent carrément pour inaudibles et une touche de monotonie s’installe, heureusement brisée par un joli break de chœurs et de violon aux touches délicates qui chassent le spectre de l’ennui. Mais l’étirage de la piste devient pénible et la seule hâte est de passer à un autre titre, « Winter Land » par exemple.


Ne comptez pas sur « Fading Star » pour rehaussez le niveau. Dès l’intro, on sent que ce morceau pourrait bien se retrouver sur l’insipide Nine Destinies and a Downfall. Et l’instinct avait raison, la piste est tout aussi lassante que l’était le 3ème opus du combo en provenance de Scandinavie. Le refrain, sans la présence d’Ailyn, aurait pu être réussi s’il décollait un peu plus, les chœurs, bien que beaux, ont beaucoup de mal à capter totalement l’attention, écrasant la guitare sous le poids des chants trop mis en avant par rapport à la touche de puissance qui aurait été nettement préférable. Réintroduction réussie cependant en ce qui concerne les grunts de sieur Morten, qui se permet de prendre une durée un peu plus élevée pour s’accorder le plaisir de faire sortir un chant guttural de bonne qualité.


Sauf que notre talentueuse tête blonde, le train-train quotidien comme doucement à l’ennuyer, du moins c’est à supposer. Un semblant d’innovation se présentait déjà sur l’album précédent avec l’excellente « Sirens of the Seven Seas », l’un des meilleurs morceaux de Sirenia, où un magnifique chant masculin clair (celui d’un guest, Jan Kenneth Barkved, malheureusement décédé). Du coup, The Enigma of Life se permet des morceaux qui sortent du quotidien du quatuor.

 


3) Morten innove ! (champagne !)


Décidément, le signe de la surprise n’est pas très loin et voilà que l’innovation pointe le bout de son nez. Elle commence avec « All My Dreams » et ses sonorités indus, légèrement influencée Nine Inch Nails. Mais c’est avec un grand bonheur que l’on constate que dans ce domaine, le groupe s’en sort bien et parvient à créer un tube rafraichissant. Que du bonheur, même les chœurs sont intégrés, et le chant de la jeune vocaliste sait s’adapter, en prenant des tons plus froids.


« Darkened Days to Come » et « Coming Down » sont toutes deux dans la même veine, c’est à dire un registre jouant sur le tubesque et l’accrocheur. Mais cette fois-ci, la prédominance est au chant masculin, Ailyn n’étant présente que sur les refrains. Plus besoin de guest, c’est Morten qui assure les vocaux et il faut avouer que là aussi, il s’en sort bien.

Le premier morceau, « Darkened Days to Come », est un peu trop longue sur les couplets cependant, qui n’apportent pas grand chose, alors que le refrain, lui, est carrément tubesque et contraste parfaitement entre la voix sombre du frontman et le chant à la Sharon den Adel de la frontwoman, qui excelle sur le pont.

Classique en innovant, c’est ce qui résume « Coming Down », possédant l’un des refrains les plus efficaces de l’ensemble du disque, sans conteste. L’alternance des chants est un succès, les deux compères s’évertuant à livrer la meilleure prestation possible dans leur registre respectif. Et la réussite est au rendez-vous, les deux sachant se faire touchant et apporter leur lot d’ambiance et d’émotion. Et encore une fois, le retour des grunts est une joie qui n’est pas à cacher. Les chœurs, tout comme sur le reste de l’opus, sont bien plus discrets qu’ils ne l’étaient auparavant chez Sirenia, relégués dès à présent dans une position plus secondaire.

Et même dans le renouveau, l’ami Veland se casse la figure avec l’éponyme « The Enigma of Life », longue ballade de plus de 6 minutes. Pourtant malgré qu’elle soit classique, violon, piano et guitare acoustique de sortie, ça commence bien, mais lorsque la jeune espagnole tente d’en faire trop et pousse sur sa voix, le résultat fait saigner les oreilles et crispera. On regrettera presque le fait qu’elle chante, c’est dire. Dommage car sa voix était de qualité sur les pistes précédentes. De plus, à force de s’éterniser, le morceau est trop long et fade.

Au niveau de la production, c’est toujours la même, extrêmement clean, carrée, et avec un son très clair. On regrettera que dans le mixage, la place de la guitare ne soit pas plus en avant, ce qui aurait pu apporter de la pêche et du charisme au tout. Mais tout est audible pour le plaisir de l’auditeur.

Ailyn, première chanteuse à rester pour deux albums de suite dans le combo (miracle) ne fait pas des prouesses extraordinaires, mais montre qu’elle a fait des progrès et qu’elle peut être considérée comme étant une bonne chanteuse. Son timbre, très pop, doux et acidulé, évoquera par instants celui de Sharon den Adel, dans une version plus femme-enfant cependant. La belle est capable de moduler son chant, d’insuffler de la puissance ou de l’émotion, c’est selon. Attention cependant à certaines montées qui ne pardonnent pas.

 

En conclusion, Morten et son équipe ont bien réussis leur coup. The Enigma of Life se révèle comme bien moins insipide et fade que les fournées servies auparavant par le combo norvégien, prouvant un certain progrès de leur part. Les morceaux sont plus prenants et diversifiés, la recette du chœur omniprésent (et envahissant) s’éclipse, et quelques pistes montrent une dose de renouvellement. Si l’on excepte le léger remplissage, on peut aisément dire qu’il s’agit d’un album efficace, le meilleur depuis la nouvelle période de Sirenia. Les fans se régaleront, les autres pourront tenter l’expérience. La suite se fait attendre !

 


Note finale : 7/10


Myspace de Sirenia

Interview de Morten Veland

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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