Jonne Järvelä, chanteur de Korpiklaani

Korpiklaani, ce groupe finlandais boulimique de folk metal, est déjà de retour. A peine deux ans après leur précédent opus (ce qui est déjà beaucoup pour eux), ils nous reviennent le 4 février prochain chez Nuclear Blast avec un Ukon Wacka qui devrait en surprendre plus d’un. En attendant, le chanteur/guitariste/compositeur Jonne Järvelä s’est entretenu avec nous pour en parler, dans la bonne humeur qui le caractérise…

Ju de Melon : Bonjour Jonne et merci à toi de répondre à nos questions, tout d’abord nous te souhaitons tous une excellente année 2011 ! Comment te sens-tu à quelques semaines de la sortie du nouveau Korpiklaani intitulé Ukon Wacka ?

Jonne Järvelä : Bonjour et bonne année à toi aussi ! Je le sens très bien ce nouvel album, vraiment. Il a une véritable force, donc je ne m’inquiète pas trop pour sa réception. Il saura trouver ses amis, j’en suis certain.

Ju de Melon : Il s’agit du 7ème abum studio en 8 années pour le groupe. Comment trouvez-vous toute cette énergie et cette inspiration pour ne jamais cesser d’écrire ?

Jonne Järvelä : C’est quelque chose de sympa à faire et j’adore écrire des chansons. Je l’ai tellement fait pendant des années que c’est devenu comme un « besoin » pour moi. Jouer, enregistrer et écrire de la musique me rend heureux. En fait, c’est la musique elle-même qui donne cette énergie et inspiration, du coup en écrire devient très simple. Parfois c’est comme si les chansons s’écrivaient elles-même.

Jonne Järvelä - Korpiklaani

Ju de Melon : Y a t-il un concept derrière le titre de ce CD ou entre quelques unes de ses chansons ?

Jonne Järvelä : Pas vraiment. Il y a quelques morceaux qui traitent de Ukko, ce qui lie certaines chansons entre elles, mais un concept en tant que tel je ne dirais pas ça. Ukko est le dieu ancestral finlandais du tonnerre, de la fertilité, de la bière et de plein d’autres aspects naturels. « Ukon Wacka » est le nom qu’on donnait à cette fête religieuse qui se tenait dans les villages. Une célébration qui avait parfois lieu dans la forêt. On y apportait de la nourriture mais également de la bière sacrée pour parfaitement se mettre dans l’ambiance, on y effectuait quelques danses rituelles ou autres réunions en cercle. Chacun portait un toast et buvait en l’honneur du dieu Ukko, il fallait être suffisamment éméché pour bien lui rendre hommage. Ces réunions sacrées se tenait la plupart du temps en plein été.

Ju de Melon : Est-ce que les processus d’écriture/composition ou enregistrement ont été modifiés par rapport aux albums précédents ?

Jonne Järvelä : Nous n’avons rien changé au niveau de l’écriture. Les paroles ont été essentiellement écrites par Juha Jyrkäs, ce qui est une habitude depuis quatre albums maintenant. D’autres paroles ont été écrites par moi et nous avons également enregistré une reprise. J’ai moi-même composé toutes les autres chansons. Une différence cependant au niveau de la production : nous avons utilisé un producteur à part entière pour les instruments folk, c’est la première fois que nous faisons appel à lui. Tero Hyväluoma s’est ainsi occupé des arrangements et a proposé quelques parties de fiddle (sorte de violon) ainsi que d’accordéon avant les enregistrements. Tout ceci nous a largement facilité la tâche une fois en studio ! Tout reposait auparavant sur mes épaules à ce niveau, ça fait du bien de pouvoir compter sur une telle aide extérieure…

Ju de Melon : Vous avez demandé à Tuomari Nurmio, un célèbre chanteur rock finlandais, de faire une apparition sur le single « Ukon Wacka ». Comment vous est venue cette idée et comment l’avez-vous contacté ?

Jonne Järvelä : Tuomari Nurmio a une carrière riche de plus de 30 ans dans le métier, c’est une véritable légende ici. Je l’ai découvert étant enfant, ses chansons me rappellent de longs trajets en voiture. Depuis, sa musique ne nous a jamais vraiment quitté, on en écoute toujours beaucoup lorsqu’on est sur la route en tournée. Ce n’est pas du metal mais ça ne nous empêche pas d’écouter en boucle ! Tu sais, on écoute beaucoup de vieille musique finlandaise, un groupe comme Agents par exemple… En fait, tout est venu de Paukku Jääskeläinen, notre ingénieur du son, qui s’est occupé du mixage du DVD live de Tuomari Nurmio. Du coup je lui ai demandé, par son intermédiaire, s’il serait d’accord pour venir chanter un peu sur notre album. La chanson « Ukon Wacka » était déjà écrite mais nous n’avions pas encore enregistré ne serait-ce qu’une démo, je me suis donc attelé à quelques arrangements en pensant à ce qu’il pourrait interpréter avant de l’enregistrer et de lui envoyer par e-mail. Il a répondu qu’il était intéressé par cette idée assez « nouvelle » et il a donc accepté. Voilà comment tout s’est passé, simple non ? Le résultat final est en tout cas très satisfaisant, Tuomari Nurmio a un pouvoir shamanique incroyable dans sa voix, et cela s’entend sur ce morceau.

Ju de Melon : La chanson « Tequila » est une première pour le groupe avec quelques paroles en espagnol… Un hommage aux fans sud américains du groupe ?

Jonne Järvelä : J’ai écrit cette chanson après notre grande tournée en Amérique du Sud et au Mexique. Mon esprit était encore là-bas et un côté « latino » s’est accroché à cette composition… Elle parle de notre voyage en ces terres ainsi que de la vie accompagnée de tequila et caipirnha. Sinon, la chanson est écrite en finnois avec quelques « el viva » incorporés un peu pour l’anecdote, car à chaque fois que quelque chose de cool se passait lors de notre tournée là-bas nous criions « el viva! » (rires) !

Ju de Melon : Avez-vous pris du plaisir à réaliser le support vidéo de cette chanson ?

Jonne Järvelä : Franchement ? Pas du tout. Nous détestons jouer la comédie devant les caméras. Nous sommes nés pour jouer devant de vrais gens. De plus, il faisait quelque chose comme -12°C, et ça nous a pris deux jours de tournage dans le froid total.

Ju de Melon : Malgré le fait que vous sortez un album presque chaque année, on constate une évolution constante, notamment avec cet album. On ressent parfois un grand mélange entre plusieurs éléments folk issus de différentes cultures, es-tu d’accord sur ce point ?

Jonne Järvelä : Oui, absolument. Je suis très « ouvert » musicalement et j’ai tendance à aspirer toutes les influences que je rencontre un peu partout dans le monde.

Jonne Järvelä - Korpiklaani

Ju de Melon : “Koivu ja tähti” est probablement mon morceau préféré de ce nouvel opus, avec cette mélodie hypnotisante et sa grande inspiration shamanique. Quelle est son histoire ?

Jonne Järvelä : « Koivu ja tähti », « The Birch and the Star » en anglais (NDLR : « Le bouleau et l’étoile » en français), est basé sur un conte de fée du même nom écrit par le conteur finlandais Sakari Topelius (1818-1898). Le récit parle d’une Finlande en guerre dans laquelle un garçon et une fille prisonniers sont sur le chemin du retour pendant l’occupation russe de la Grande Guerre du Nord (1700-1721). Ils n’ont qu’un seul vrai souvenir de leur maison : un bouleau et ses branches sur lesquelles les oiseaux chantaient chaque matin à l’aube, au devant des étoiles encore scintillantes. Malgré les difficultés, les enfants ont pu regagner leur maison après un voyage d’un an, guidés par deux petits oiseaux. Au plus grand bonheur des parents qui les pensaient morts. Les enfants comprirent au passage que les deux oiseaux étaient la réincarnation angélique de deux de leurs ancêtres.

Ju de Melon : Quelles sont les chansons dont tu es le plus fier sur cet album ?

Jonne Järvelä : Je pense que je suis véritablement très fier de la chanson éponyme « Ukon Wacka ». Elle a un côté heavy et puissant redoutable. Evidemment aussi grâce au chant de Tuomari Nurmio ! A part ça, j’aime beaucoup « Korvesta liha » (The Flesh from the Wilds), une chanson qui parle de chasse mais qui a aussi un double sens. On peut la voir comme le récit d’un sacrifice financier total, sachant que nous n’apportons pas notre argent dans la tombe et que nous mourrons tous égaux, riches et pauvres logés à la même enseigne. Ainsi les gens ne se souviendront de vous qu’en « nature », en bien ou en mal. Une morale peut également ressortir de cette chanson : « The forest needs no hunter but the hunter does need the forest » (la forêt n’a point besoin de chasseur mais le chasseur lui a besoin de la forêt), à mettre en pratique dans notre propre vie…

Ju de Melon : Question un peu bête en vue… Vous avez fait des chansons sur la bière, la vodka, maintenant la tequila… seriez-vous prêts à en faire une sur la culture française ? Avec un titre comme « Champagne » ou « Red Wine » par exemple…

Jonne Järvelä : Bien sûr. Tu sais, nous aurons fini d’écumer toutes les sortes d’alcool largement avant d’avoir terminé la carrière de Korpiklaani (rires) !

Ju de Melon : Vous ne faites pas qu’enregistrer des albums, vous vous produisez également beaucoup en live, y compris ici en France ! Quels sont les prochains concerts de prévus pour le groupe ?

Jonne Järvelä : Comme je te l’ai dit tout à l’heure, nous sommes nés pour jouer de la musique et nous sommes heureux d’avoir la chance de pouvoir le faire partout dans le monde. C’est pour cette raison que nous accordons énormément de valeur aux gens qui viennent nous voir jouer et écouter notre musique. Sans eux nous ne sommes rien. D’ailleurs dès que nous avons l’occasion nous n’hésitons pas à faire la fête avec nos fans ! Notre tournée européenne débutera par le Paganfest 2011, nous serons d’ailleurs en tête d’affiche au Trabendo (Paris) le 14 mars prochain. Puis viendra le temps des festivals d’été (dont le Hellfest), avant d’enchaîner un automne aux Etats-Unis et au Canada avant de retourner en Amérique du Sud et probablement au Japon. Le calendrier est d’ores et déjà bien rempli !

Ju de Melon : Avez-vous un fort lien avec d’autres groupes finlandais (ou d’autres pays) ?

Jonne Järvelä : La Finlande est un pays si petit quand on pense à sa population… Dans le genre musical que nous jouons, on se connaît tous et nous sommes amis avec beaucoup de groupes, nous appartenons presque à la même famille. C’est toujours un plaisir de partir en tournée avec Moonsorrow ou Ensiferum par exemple. Nous sommes aussi très amis avec les suisses d’Eluveitie, des gens super sympas !

Ju de Melon : Connais-tu et apprécies-tu certains artistes ou groupes français ?

Jonne Järvelä : Les groupes que je connais et apprécie sont Motörhead et Black Sabbath, et ils ne sont pas français (rires) !

Ju de Melon : 2010 fait désormais partie du passé, quels sont tes meilleurs/pires moments de cette année ?

Jonne Järvelä : C’était une année très chargée mais sympa et positive en ce qui me concerne. Le meilleur souvenir reste le moment où nous avons fini l’album, le résultat final nous a véritablement ravi. Je n’ai aucun mauvais souvenir concernant le groupe l’an passé !

Jonne Järvelä Korpiklaani

Ju de Melon : Merci Jonne, quelques derniers mots pour les fans français ?

Jonne Järvelä : Merci beaucoup à tous pour le soutien et vivement qu’on se retrouve sur nos concerts ! On s’amusera bien tous ensemble ! « Merci bien »  [en français dans le texte]…

Que retenir de cette interview en plus de riches informations culturelles sur l’album ? Vive le folk, vive la bière et vive la Finlande. Je crois qu’après ça, beaucoup d’entre vous vont attendre l’album avec impatience…

Korpiklaani sur La Grosse Radio



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :
Advertisements