Micky Waters, bassiste de The Answer

Quelques jours avant la sortie du cinquième album de The Answer, Micky Waters a accordé à la Grosse Radio une interview. Le bassiste du groupe irlandais nous parle de la genèse de ce nouvel effort studio, ainsi que du retour aux sources qu'il constitue pour la formation.

Salut Micky ! Tout d'abord, nous te remercions d'avoir accepté de passer un peu de temps avec nous pour parler entre autres du cinquième album de The Answer, Raise A Little Hell.

Tout le plaisir est pour moi !

Commençons si tu le veux bien par évoquer votre précédent album, New Horizon. Avec le recul, que penses-tu qu'il représente pour le groupe et pour les fans, et qu'avez-vous réalisé avec ce disque ?

Eh bien, New Horizon était un disque rock très direct, qui sonne exactement comme nous l'avions souhaité, pour être honnête. Quand nous étions arrivés au studio, nous avions chaque frappe de batterie, chaque motif de guitare en tête, tout avait été énormément répété. Nous avions fait jusqu'à 30 prises par piste, pour ensuite les exploiter dans ProTools et en tirer le meilleur. C'est un processus qui a demandé beaucoup d'énergie, comme tu peux t'en douter. Imagine James Heatley faire 30 prises pour un titre comme "Call Yourself A Friend", ou quelque chose de plus rapide comme "New Horizon"... Il terminait complètement épuisé à force de taper encore et encore sur son kit ! [Rires]
Je pense que cet album (Raise A Little Hell, ndlr) représente quelque chose de complètement différente : il représente l'essence de notre groupe, il est plus libre... Du genre un tel a une idée, la partage, on brode dessus en faisant confiance à chacun pour gérer sa partie, même en studio. C'était vraiment une philosophie différente.

Avant New Horizon, le groupe écrivait en jammant. Comme tu le rappelles, pour New Horizon, vous avez beaucoup plus réfléchi à votre travail en amont, pour mieux le structurer. Pourquoi être revenu à vos anciennes méthodes pour Raise A Little Hell ?

On a vraiment besoin de travailler comme ça, de faire ces jam-sessions, parce qu'on est une bande de musiciens et qu'on adore ce qu'on fait. Tout ça nous amuse, tu vois, boire une bière et faire un bœuf tous ensemble, c'est très créatif. "Oh il faut qu'on se souvienne de ce plan, je l'enregistre sur mon téléphone !" [Rires] C'est ce genre d'ambiance en permanence. Par exemple "I Am What I Am" est parti d'un simple soundcheck : James jouait, Paul a vite rajouté quelques plans dessus et tout est venu très vite. Avec cet album, on est pas vraiment entrés en studio avec une idée exacte de ce qu'on allait faire, la structure était là mais on a joué selon l'envie du moment, avec le cœur. Pendant l'enregistrement, on a souvent essayé de répondre honnêtement à ces questions : "Est-ce que ce qu'on enregistre est bon ? Est-ce qu'on peut être meilleurs ?"

Avant d'aborder le contenu musical de l'album, j'aimerais m'arrêter sur le titre du disque, Raise A Little Hell. Que signifie-t-il et comment a-t-il été choisi ?

Plusieurs choses, en fait. Tout d'abord, il y a la chanson éponyme, qui est arrivée assez tard dans le processus d'écriture, et qu'on a écrite en moins d'une demi-journée ! Elle a vraiment émergé très vite. Le texte parle en gros de la vie sur la route, de se réveiller chaque jour dans une ville différente, de jouer en face de gens, partager un bon moment pour oublier toutes les saloperies de la vie... Ériger un petit enfer (Raise A Little Hell en anglais, ndlr), et juste s'amuser, écouter du rock pendant une heure ou deux. C'est cette attitude que reflète le titre "Raise A Litle Hell".
Plus encore, il y a aussi le fait que l'imagerie des paroles de "Raise A Little Hell" a conduit au thème de l'illustration de l'album. Nous avions cette idée de monstres s'élevant depuis l'enfer, et jouant du rock. Tout se rejoignait en fait !

"Raise A Little Hell" a donc été écrit très rapidement, est-ce que ça a été le premier titre à être composé ?

En fait, non. Je crois bien que ça a été le dernier titre, pour être franc.

Dans ce cas, quel a été le premier titre écrit, et comment a-t-il influencé la direction prise par l'album ?

La première chanson était soit "I Am What I Am", soit "Aristocrat". Une de deux, je ne sais plus laquelle. Juste après nos derniers concerts, nous avions toujours cette énergie qui anime les musiciens en tournée, et on était très en phase les uns avec les autres, très inspirés, parce que ça a été six mois très intenses et pleins d'inspirations variées. Tout ça a mené à un premier lot d'idées, qu'on a laissé de côté un bon mois, le temps de tous prendre du repos. On s'est ensuite retrouvés en août, pour entrer en studio mi-septembre. Tout s'est bouclé en à peine deux mois et demi, au final.

Sur certains titres, la voix de Cormac et sa façon de chanter rappellent fortement Robert Plant, ou encore Neil Young. Sont-ils des influences majeures, et comment comprends-tu ce rapprochement ?

Eh bien Cormac adore Neil Young, c'est sans doute son artiste préféré ! [rires] Quand je lui dirai ça, ça va illuminer sa journée ! Mais, oui, Cormac est fondamentalement un chanteur de blues rock, il a naturellement ce timbre. Il n'a jamais besoin d'autotune par exemple... Mais il lui faut un bon compresseur parce qu'il a une voix assez puissante. Il a cette grande voix, il l'a toujours eue. Déjà lors de notre premier répétition ensemble, on avait 17 ou 18 ans, il a demandé ce qu'on voulait qu'il chante. On s'est lancés dans un titre de Free, et il l'a simplement chanté à la perfection : on s'est tous regardés en souriant et c'était le début d'une longue histoire. Il a cette voix naturelle, Robert Plant l'a aussi, Steve Marriott l'avait, comme Rod Stewart, Mick Jagger, Paul Rodgers, Steven Tyler... Il a ce genre de voix, il a ce don.

Certains titres de l'album sont parmi les plus sombres que le groupe a écrits. Je pense par exemple à "Last Days Of Summer", qui a une ambiance très brute, lourde et pesante.

"Last Days Of Summer" a beaucoup de groove et sonne comme une jam, c'est sûrement le point culminant de l'album, à mon avis. On a trouvé ce riff groovy, et ensuite... le morceau s'est quasiment écrit toi seul : pendant qu'on jouait, les accords sont venus d'eux-mêmes, Cormac s'est littéralement avancé vers le micro pour chanter ce qui lui passait par la tête... Toute une série de de coïncidences, tu vois ? C'est un peu le rêve, écrire de cette façon. Comme si la magie opérait et que le plus dur était fait sans effort !

Toujours sur "Last Days Of Summer", la voie légèrement saturée ainsi que les riffs m'ont rappelé des sonorités stoner. C'est un style qui vous est cher ?

Exactement ! Ça a toujours été notre truc, en plus du reste. Encore une fois, on est avant tout des musiciens, on aime la musique, on est des fans de musique en général. Il n'y a aucune raison de se cantonner au classic rock, au blues rock, quel que soit le nom qu'on veuille donner à ce style. On écoute même du nu metal parfois. Donc oui, le stoner est une influence importante pour nous.

Vous avez inclus quatre morceaux de "Raise A Little Hell" dans la setlist de vos derniers concerts de 2014. Comment ont-ils été choisis ?

C'est très simple : on a juste choisi les morceaux qui nous semblaient être les meilleurs ! [rires] On sortait tout juste de studio et des sessions de mix de l'album, et on a eu quelques événements personnels à gérer. J'ai eu un enfant, notre chanteur aussi... Après tout ça on s'est regroupés pour ces quatre concerts et on a choisi d'intégrer les morceaux qui tenaient le plus à cœur à chacun. On va maintenant retourner répéter et travailler d'autres morceaux pour notre tournée. On va intégrer sept morceaux du nouvel album dans notre nouveau set, simplement parce qu'on est très excités à l'idée de les jouer ! Se pointer sur scène et jouer de nouveaux titres, c'est vraiment très motivant ! Il me semble qu'on retrouve un peu cette attitude qu'on avait du temps de notre premier album, un peu plus punk rock ! Se foutre de tout, et simplement envoyer la sauce avec des morceaux qui reflètent ce que nous sommes, et qui déménagent sur scène. On est vraiment impatients et heureux de pouvoir jouer ce nouvel album.

Et comment ont fonctionné ces nouveaux morceaux avec le public ?

J'ai fait une interview un peu plus tôt avec quelqu'un qui était au concert [au Diamond Rock Club de Ballymena en Irlande, le 20 décembre dernier, ndlr], et il m'a dit que c'était le meilleur concert de The Answer qu'il ait vu depuis des années ! Principalement du fait des nouveaux titres. Des morceaux comme "Last Days Of Summer" ou "Raise A Little Hell" apportent vraiment quelque chose à notre set, et procurent une nouvelle dimension à nos prestations, qui n'existait pas auparavant et semble bien fonctionner.

Pour conclure à propos de ce nouvel album, quels seraient les trois mots qui selon toi le décriraient le mieux ?

Euh... "Hard As Rock" ! [rires] Ou mieux, "Well, Hard Rock", oublions le "As" ! [rires]

J'aimerais parler un peu de l'artwork de Raise A Little Hell. Le retour à un visuel peint représente-t-il le retour à vos racines des années 70, qui reviennent en force dans ces niveaux morceaux ? Le graphisme du titre de l'album rappelle par exemple Burn de Deep Purple, les MC5 ou encore certains visuels des Pink Floyd.

Oui, complètement ! On adore les vinyles, les belles pochettes, et ce genre de choses. L'album a donc été une très bonne excuse pour sortir un beau vinyle et de beaux packagings... Des choses faites pour les fans, parce que de nos jours, c'est difficile de vendre des CD qui ne sortent pas visuellement du lot. On veut offrir à nos fans quelque chose qui paraît spécial. On a donc essayer de mettre en place un bel artwork, de beaux T-shirts... Ça nous représente, vraiment : ces monstres qui sortent des enfers en jouant du rock'n'roll, qui en mettent plein les oreilles des gens et essayent de faire passer un bon moment à tout le monde... Tout ça est très honnête au final. On essaie pas d'être quelqu'un d'autre, juste de mettre en musique et en images ce que nous sommes. J'espère qu'on a réussi, mais c'est aux gens comme toi de nous le dire ! [rires]

Sur la jaquette de l'album, on peut apercevoir la célèbre Chaussée des Géants irlandaise. Est-ce important pour vous d'afficher vos origines et les couleurs de votre pays ?

Oui, l'identité est sans aucun doute importante à nos yeux. On aime toujours avoir un détail qui rappelle d'où on vient, parce que, pour être franc, on est assez fiers de nos origines : l'Irlande est un très bel endroit du globe, on a vraiment de la chance d'avoir grandi là-bas. Il y a beaucoup de belles choses liées à l'Irlande que l'on veut représenter.

Plus généralement, le bon vieux rock des années 70 semble remonter en puissance, avec plein de bons groupes comme Rival Sons ou encore Blues Pills. Que penses-tu de ce retour en force ?

C'est vrai qu'il y a beaucoup de groupes géniaux en ce moment : Rival Sons, Blues Pills, Blackstone Cherry, les gars d'Airbourne... Il y en a vraiment d'excellents ! Évidemment, ils ne percent pas autant que la musique mainstream, mais c'est une question de temps je pense. Le rock'n'roll est toujours aussi pertinent et percutant que ce qu'il a toujours été. Bien sûr, personne ne vend des centaines de millions d'albums, mais qui y arrive de nos jours ? Kate Perry ou Taylor Swift, c'est tout. Il y a plein de gosses partout qui veulent entendre et voir du rock. Je sais que quand j'étais jeune, j'adorais aller voir Rage Against The Machine, Pearl Jam ou Soundgarden par exemple. Et les groupes d'aujourd'hui sont tout aussi pertinents dans leur démarche.

Pour en revenir à The Answer, quels sont les projets du groupe, à part la tournée qui arrive ?

Tourner, tourner, tourner en gros ! C'est comme ça que l'on fait passer le mot, le bouche à oreille, et c'est comme ça que l'on gagne notre vie. On est vraiment impatients d'y être, on a environ 70 concerts prévus au moment où l'on parle, ça va être très intense !

Il est donc trop tôt pour penser à votre prochain album.

Dès qu'on va prendre la route, on va commencer à y penser ! [rires] Pour l'instant on se concentre sur cette tournée, pour que vous viviez la meilleure expérience possible depuis le public !

Nous aurons le plaisir de vous voir jouer à Paris dans quelques semaines. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce qu'on peut attendre de ce concert, par exemple quels groupes ouvriront pour vous ?

On a hâte d'y être ! On adore Paris, c'est toujours excellent là-bas ! Les concerts qu'on a joués à Bercy avec AC/DC sont deux soirées que je n'oublierai jamais, c'était vraiment incroyable.
L'un des groupes qui joueront avec nous sera The Picturebooks, qui sont vraiment un très bon petit groupe, un duo. Je crois que c'est tout ce dont je suis au courant ! Pour le reste, comme je l'ai dit, le set sera tout frais, il comportera au moins sept nouveaux titres... Attendez-vous simplement à passer un très bon moment !

Vous allez aussi monter sur l'une des Mainstages du Hellfest en juin...

Hellfeeeeest ! Le meilleur festival d'Europe !

Comment c'était la première fois en 2011, et qu'attendez-vous pour cette année ?

Je ne sais pas combien de festivals tu fais chaque année, mais celui-là est vraiment l'un des meilleurs du monde ! C'est vraiment un festival exceptionnel ! Nous sommes vraiment impatients à l'idée d'y retourner ! On en parle depuis que ça a été signé, je me rappelle qu'on a réagi avec beaucoup d'enthousiasme : "Yes ! On retourne au Hellfest !" [rires]

Le mot de la fin pour nos lecteurs de La Grosse Radio ?

Eh bien, n'hésitez pas à venir nous voir à Paris ou au Hellfest ! Avant ça, récupérez une copie de Raise A Little Hell, ça balance bien, c'est groovy... Jetez-y une oreille !

Merci encore pour cette intéressante interview Micky, et je te souhaite ainsi qu'à tout le groupe le meilleur pour la suite, et notamment votre tournée imminente !

Merci à toi, c'était un plaisir !



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