Hesgaroth, chanteur de Lutèce

Entre deux concerts au Cernunnos, une petite escapade pas très loin du Moulin Rouge pour s’entretenir avec Hesgaroth, chanteur de Lutèce et parler du nouvel album qui va sortir en mai…

Lionel / Born 666 : Le dernier album a deux ans, des concerts dont un très bon Motcultor de 2013. D’ailleurs pendant ce show et d’autres par la suite vous jouiez des titres qui n’étaient pas sur ...Our Ashes Blown Away. Seront-ils sur ce nouvel album ?

Hesgaroth : Oui bien sûr ! Ce sont « Melted Flesh », « The Venom Within » et « Living My Funeral » qui lui était déjà présent en 2011 mais l’album était déjà parti au mix et avait été composé juste après. Antoine (Denosdrakkh) quand tu lui mets une guitare entre les mains il compose. Ensuite ce sont des morceaux qui ont été réajustés pour le live et ensuite ils ont été retravaillés pour le studio en y changeant deux, trois accordages, on a rajouté des trucs, le public ne sera pas perdu et reconnaitra le morceau.

Lutèce


Lionel : Allons-nous retrouver un thème sur l’album ?

Hesgaroth : Non, il n’a pas été écrit comme un concept album, un 10 titres de 53 à 55 minutes et il sort courant mai via Swamp Records, une filiale de Dooweet, dédiée au metal extrême.

Lionel : Comment avez-vous rencontré les membres de Dooweet ?

Hesgaroth : En fait on en avait entendu parler. Ils avaient fait de belles opérations avec de nombreux concerts, les mecs sont très présents, beaucoup de bons échos en terme de promo, de management. Ils nous ont contacté via Facebook nous disant qu’ils aimaient bien ce qu’on faisait et qu’il serait intéressant de se mettre en contact. On a été aussi encouragé en ce sens par Cyril d’ Access Live Production qui organise l’événement Headbang Contest et qui ne nous a dit que du bien de Dooweet. On a pris contact, le courant est passé, on avait la même vision de ce qu’un groupe de metal de notre envergure peut faire, comment on voyait les choses, si ça matchait. Les ambitions étaient les mêmes donc ça s’est fait très rapidement.

Lionel : La qualité de Lutèce c’est ce côté black metal sans oublier de petites mélodies qui nous font penser tout de même à l’univers pagan qui donne cette aération sur des structures plus prononcées…

Hesgaroth : Bien sûr que l’on va retrouver cela sur le prochain album. Ça c’est la marque de Lutèce, et ce même si on est passé à 5 membres. La composition est uniquement faite par Antoine. Du coup quand il y a une seule personne à la composition, l’identité est très marquée, il évolue certes, il a ses plaisirs, des trucs qui le motive à certains moments, toutes ses expériences mais ça reste cantonné à une seule personne et ça garde une cohérence.
 

Lutèce


Lionel : Même les textes…

Hesgaroth : Non les textes c’est moi. Ainsi, on retrouve aussi une cohérence sur les textes sur tout l’album et pareil sur la musique. Le nouvel album sera quand même plus incisif, plus agressif, frontal d’une certaine façon, plus taillé sur le live parce qu’en opposition à ...Our Ashes Blown Away que je vois d’une certaine façon mélancolique quand on l’écoute en version studio. On voulait quelque chose de plus violent que ce côté insoumission, on voulait quelque chose de véhément à mettre en avant. Il ne faut pas oublier non plus que sur le nouvel album les nouveaux membres jouent dessus. Antoine compose mais pas comme sur ...Our Ashes Blown Away, nous ne sommes pas que deux. Tout le monde a participé à l’enregistrement donc on retrouve tous les musiciens qui font partis de Lutèce depuis maintenant 3 ans. Déjà que sur scène on était sur 7 ou 8 cordes alors qu’en studio on y était pas, donc sur l’album on est en 7 et 8, le son est donc plus lourd, avec une dimension plus moderne. Ceci étant on reste sur des riffs faits par Antoine et il y a donc une intensité évidente qui en ressort.

Lionel : Quels sont les thèmes abordés ?

Hesgaroth : Plus agressif, plus frontal, je le trouve plus dans une suite logique. Moins ancré sur le côté historique…

Lionel : A cause du nom qui peut devenir réducteur…

Hesgaroth : Le nom est intéressant. Il est réducteur mais il peut être très large. Avec le mot Lutèce on peut y voir des milliers de choses, du Parisien au Gaulois, mais dans le nouvel album c’est plus une réaction à la vie moderne, ce monde de l’éphémère, du buzz, de l’inconstance, avec aucun sous-jacent et aucun repère.

Lionel : Pas de thèmes d’actualité ?

Hesgaroth : On n’aime pas parler d’actualité parce que je pense que la musque c’est le moment où il faut s’évader. Je pense que c’est important de faire un abandon du concept et de passer sur quelque chose de ressenti. Ceci étant, on est des humains, on vit derrière du coup, on compense aux réactions de quelque chose du réel, de ce monde que je considère relativement médiocre. C’est un petit plaqué or et dès qu’on gratte il y a des trucs dégueulasses en dessous. Donc cette allégorie de Lutèce, ça renvoie vers un monde ancien, comme si il y avait des valeurs éternelles, un sous-jacent qui restait. Des racines qui sont toujours présentes et c’est ça qui m’intéresse. Et cette insoumission et ce cri de révolte qu’on peut aimer il passe par là. Ce n’est pas dire tout bêtement que « c’était mieux avant » mais plutôt de dire qu’aujourd’hui on est vers une course vers le progrès, mais le progrès pourquoi ? C’est une course vers nulle-part et c’est d’ailleurs le titre du nouvel album. From Glory Towards the Void. Ce que nous fûmes et ce vers quoi nous courons. Nous avons l’air heureux de courir mais ça mène vers rien. Une culture de la médiocrité. Une culture de l’éphémère. Plus c’est moche, plus c’est faussement malsain et plus ça marche ; il y a comme un faux consensuelle.
 

Lutèce


Lionel : Tu te documentes beaucoup ou ça vient de toi ?

Hesgaroth : Non comme il n’y a pas vraiment de thématique historique dans Lutèce, notre but n’est pas de faire un cours d’histoire, c’est seulement une réaction, utiliser cette facette de Lutèce qui représente le monde ancien et des valeurs de constance. Qui elles s’opposent justement à ce monde d’aujourd’hui sans but, sans objectif. Une course permanente vers nulle-part, comme le titre d’un très bon album de Necroplaspheme : Destination: Nulle Part (2008). (Rire) il y a un peu de ça dans l’idée. On ne se repose pas sur l’actualité mais on réagit par rapport à elle ; on voit qu’il y a des trucs énormes qui se passent, on en parle dans les médias, puis c’est oublié et on passe à l’actualité suivante. C’est assez étrange. Je ne pense pas que notre monde moderne hyper-progressiste soit vraiment libérateur.

Lionel : Vous avez encore travaillé seul ?

Hesgaroth : Non Antoine a tout fait de A à Z. il fait même les parties batteries. Et ensuite il m’envoie les compos. Et j’avoue que j’ai une place assez confortable puisque je suis le premier fan d’une certaine façon mais aussi le plus grand critique. Donc je lui dis ce que j’ai aimé et pas aimé, on en parle et on a même des rebuts qu’on a gardé depuis des années. (Rire) Je pense qu’on pourrait en sortir au moins quatre albums. En fait, au moment où on arrive à un certain nombre de titres qui nous plaisent et qui arrivent à un certain minutage intéressant, là j’ai déjà les thématiques qui commencent à naître. Ensuite je commence à écrire. Un moment donné on acte, on a assez de matériel, on se dit que c’est cohérent,…

Lionel : Dès le départ il y a déjà les structures complexes avec les breaks…

Hesgaroth : Il y a 6 versions différentes et parfois il y a des morceaux qui ont un côté patchwork, nous on le sait mais ça ne se ressent pas. Ça vient de différentes versions, on en a fait des tests. Et en fait, une fois qu’on a tout on contacte Lasse Lammert, qui a aussi produit Svartsot, Alestorm aussi. On prend un créneau avec lui pour le mix et le mastering. Autrement on enregistre tout nous-mêmes. On lui envoie tout il fait le mix et le mastering, il réamp’... Mais pour cet album on lui a envoyé zéro deadline, seulement les premixs pour donner l’orientation, il ne les a pas écouté, il y est allé à sa sauce. Certaines sauces matchaient, d’autres moins, d’autres nous ont surpris et c’est là que l’intervention d’une personne extérieure est importante ; et c’est à ce moment là que c’est important pour un groupe d’abandonner son son car on a une vision un peu trop renfermée, la tête dans le guidon. Que quelqu’un apporte une fraicheur, sur un son de guitare, sur une coupe à un endroit précis où il te dira qu’à ce moment là, ça ne sert à rien il faut le virer c’est là où c’est intéressant.  

Lionel : Maintenant qu’on a parlé de l’intérieur, peux tu nous parler de l’artwork, la pochette de l’album ?

Hesgaroth : C’est Mestastasis, Valnoir qui a fait cette pochette, il a fait aussi Peste Noire, la mise en page du dernier Behemoth, il a fait Watain, comme quoi on a des artistes de talent en France. Ce qui est important sur cette partie là, d’ailleurs c’est Antoine qui en parlerait le mieux concernant le graphique artistique car c’est lui qui avait la main. Ceci étant la logique était plutôt de « on aime bien garder le bébé jusqu’au moment où on estime qu’il est à maturité » pour ce qu’on peut en faire et ensuite de le libérer, pour voir l’interprétation que peuvent en faire d’autres personnes. Encore une fois, lui c’est un artiste qui refuse les deadlines et qui va en proposer son interprétation.
 

Lutèce
 


Lionel : Mais est-ce qu’il a écouté la musique ?

Hesgaroth : Non ! Justement c’est très intéressant, on lui avait envoyé des sons et il nous a répondu qu’il s’en foutait mais qu’il préférait les textes. Et il a donc travaillé sur les textes et on ne sait même pas s’il a écouté la musique par la suite. Je trouve cela intéressant comme approche car généralement la musique c’est ce que tu écoutes le plus facilement en live, à la radio, n’importe où, en streaming, c’est facile à chopper. Le texte et surtout dans le black metal avec une voix bien black ou death ce n’est pas forcément le truc qui va te sauter à l’oreille et donc le fait qu’il s’appuie là-dessus pour faire le visuel, je trouvais que c’était un rappel intéressant, ramener la dimension de la thématique en avant. Il nous a fait des propositions auxquelles on ne s’attendait pas du tout !

Lionel : Il a même fait le livret ?

Hesgaroth : Il fait tout. Il y aura même un slipcase car on y est très attaché, on n’est pas très fan de la version digipack pour la simple et bonne raison que ça veillit mal je trouve, ça s’use, ça s’abime et je trouve ça dommage. On garde la version cristal parce que c’est là que tu peux entrer des livrets facilement. Aujourd’hui c’est dur de vendre des CDs donc il faut autre chose, il faut qu’il y ait un visuel et c’est bête de gagner une marge de 2 cm car tu agrandis l’image donc la slipcase n’aura pas le même design qu’à l’intérieur. Il a donc fait tout le boulot, l’inlay, la quatrième de couverture, le livret…il s’occupe de tout de A à Z et s’est même occupé des photos. On trouvait absurde de le faire avec quelqu’un d’autre. Il fallait que son boulot soit complet, cohérent avec sa vision et c’est intéressant de travailler avec lui car il est intransigeant, il a sa vison des choses. Nous on voyait parfois les choses différemment et même si on pouvait être force de proposition ce n’était pas nous qui décidions. Et c’est aussi intéressant d’abandonner une partie de la création comme ça.

Lionel : Vous avez un projet de partir en tournée après ?

Hesgaroth : Alors pour les festivals je pense que l’album va arriver un peu tard mais ce n’est pas un objectif en soi mais un grand plaisir ; notre objectif était de sortir l’album quand il est prêt et non de le sortit afin de faire une date à tel endroit. Mais grâce à Access Live on a des trucs dans les tuyaux et ce même pour des gros plateaux internationaux à des conditions qui sont vraiment bien. Le seul souci c’est qu’on en vit pas de Lutèce, on a tous un boulot à côté et il faut matcher tout le boulot, ta femme, ta vie, la musique. Et Lutèce c’est très chronophage, c’est une passion qui est dévorante et qui prend de l’espace. On a très envie de partir à l’international. Je pense que ça va être compliqué de faire des tournées de trois semaines en support d’un gros groupe mais je pense qu’on a eu des bons contacts pour l’Europe de l’est, l’Allemagne aussi et on va essayer de se placer sur des formats de 5, 6 jours. On aimerait aussi sortir un clip pour cet album.

Lionel : Vous avez ouvert pour le Cernunnos Pagan Fest VIII cette année. Comment avez-vous vécu cela, comment le public a reçu certains des nouveaux morceaux ?

Hesgaroth : Ça c’est bien passé, on a mis deux nouveaux morceaux en début de set (« Let the Carnyx Sound Again » et « The Last Standing Flag ») et deux nouveaux morceaux à la fin en partant du principe que comme on ouvrait forcément tout le monde n’allait pas être là forcément à l’heure afin de séquencer les exclus. Les deux premiers morceaux s’intégraient parfaitement avec la thématique païenne et une compo un peu moins moderne ou tranchante de ce qu’on faisait avant donc ça passe mieux. Mais les deux derniers morceaux avec un petit risque avec l’avant dernière « Architects of Doom » qui possède cette approche moderne avec beaucoup de coupures dans le rythme, beaucoup plus lourd, on sent vraiment tout l’impacte des 7 ou 8 cordes. C’est ni black metal traditionnel ni païen. On s’est dit qu’il fallait le mettre au Cernunnos et qu’il ne fallait pas le planquer et qu’on n’allait pas faire semblant que rien ne vient. Et je trouve ça intéressant, je me souviens de certaines éditions du Cernunnos qui étaient plus black metal mais cette année c’est plus folk et ça change mais la logique est la même. On n’a jamais été dans une approche pagan en terme musical pur donc pour nous s’il y a du pagan c’est dans les paroles, la thématique ou le nom du groupe. Après nous on se considère comme un groupe de metal extrême, ni du folk, ni du pagan, ni du black metal orthodoxe. Juste du Lutece. Donc il y a toujours l’appréhension de se dire qu’il y a un public qui est venu pour voir des instruments traditionnels et de savoir si notre approche ne va pas les déranger. Je n’ai pas senti de mauvaises réactions, peut-être des surprises de ceux qui nous connaissaient d’avant car on a enchainé des morceaux anciens avec des nouveaux. Mais j’aime bien ce contraste et puis au final on fait de la musique pour nous. Ce qu’on veut c’est monter ce qu’on fait et ce qui va arriver. Je pense que ça a plu mais sur cette affiche on était le groupe le plus « bourrin » mais il en faut un. On a allumé la mèche et maintenant ça explose bien. C’est un festival important, un évènement parisien et l’année où il n’avait pas eu lieu on avait serré les fesses. C’est un vrai festival, complet il faut rendre hommage aux Acteurs de l’Ombre et à Battle’S Beer qui font un gros boulot. Il ne faut absolument pas que le Cernunnos disparaisse. Il faut garder des jalons comme ça, garder des dates importantes dans l’année. C’est ça qui maintient la scène. 

Photos : © 2015 Lionel /Born 666
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.



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