Bukowski – On the Rocks

Cocktail survitaminé et sa rondelle de citron

On avait quitté Bukowski avec un très probant troisième album, Hazardous Creatures, qui marquait la venue dans le trio d'un quatrième homme très influent car aussi producteur : Fred Duquesne. Un peu moins de trois ans et un nouveau changement de batteur plus tard, le combo francilien revient avec un On the Rocks aux petits oignons prévu le 30 mars chez Verycords.

Si certains considèrent, un peu à tort, Bukowski comme un groupe de stoner, voici que la formation tente un léger pied de nez aux puristes en démarrant l'album par un morceau pas loin de l'être, même si on pourrait plus taxer ce "The Smoky Room" au titre évocateur de "heavy blues", un peu comme les paroles l'indiquent. Stoner oui et non donc, mais si certaines influences de ce courant gravitaient autour de Buko jusque là, on peut affirmer qu'on en est ici plus proche que jamais le temps d'un morceau très gras à l'américaine qui sent bon la Route 66. Mais après, les choses changent, et les Franciliens varient leur jeu en diversifiant leur approche.

Bukowski 2015 Timon

Julien (basse/chant), Fred (guitare), Mat (guitare/chant), Timon (batterie)

Le quatuor sort ainsi un peu de son carcan personnel en allant lorgner vers des sonorités souvent plus modernes, plus actuelles, plus poussées aussi. Prenons par exemple ce "Condor" très aérien pas loin du post-rock/hardcore. Un titre assez binaire et très noisy dans son break, un vrai wall of sound pas loin d'être intersidéral pour quelques minutes qui devraient surprendre le fan de base. Mais que dire alors de ce "Scarecrow" venu d'ailleurs qui montre le visage plus extrême d'un groupe aux envies de surprises ? Plus vindicatif que jamais avec ce refrain imparable que Mastodon n'aurait pas renié (voir "Aunt Lisa" de l'album sorti l'an passé), nous entrons dans un monde plus maléfique voire cryptique où Buko se permet même un énorme clin d'oeil à Ghost avec un pont rappelant "Year Zero". Osé et totalement réussi, cet épouvantail est certainement le meilleur titre de l'album, incontournable et jouissif. Relevons ensuite "One More Shade of Grey", pas dans sa composition très propre à cet univers que nous connaissions déjà, mais par son utilisation de l'autotune plutôt étonnante le temps d'un break mené par le clavier. Clavier ? Car oui, Bukowski impose plus d'arrangements dans sa musique, usant de cet instrument certes avec parcimonie mais bien plus qu'à l'accoutumée notamment sur quelques refrains.

Sûrement le travail réfléchi d'un producteur-guitariste désormais totalement impliqué et intégré dans la formation. Il y a en effet fort à parier que Fred Duquesne ait su plus imposer certaines idées, le jeu des guitares souvent doublées voire triplées et harmonisées avec finesse le prouvent très certainement. Bukowski gagne ici en profondeur et en créativité, on sent que chaque titre a été longuement réfléchi notamment lors de la production et du mixage. La marque de mastodontes en devenir, cette approche très huilée à l'américaine déjà bien maîtisée par les Foo Fighters ou autres Metallica période Black Album.

Cependant, Bukowski ne fait pas que du neuf, on reste également en terrain connu avec des tubes qui restent en tête et des morceaux très typés Hazardous Creatures, en continuité logique donc avec l'opus précédent. Si l'on peut regretter que "White Line" (et son solo hommage évident à Rage Against the Machine) soit justement trop proche de cette mouvance, idem pour "One More Shade of Grey" qui manque d'un petit quelque chose, on ne va pas bouder notre plaisir sur le reste. Exemple avec le splendide "Hearing Voices", un nouvel hymne imparable, qui s'enchaîne de façon intelligente avec "Vampire" et "Winter's Masters" qui ne manqueront pas de devenir des incontournables lors de futurs concerts. Citons également la très prenante ballade "Birth" tout en émotion qui sonne juste et ne tombe jamais dans le mélodramatique mièvre. Pour finir après un "1.3.3 (Artificial Heartbeat)" sexy groovy, le CD se conclut avec une chanson plutôt singulière, proche d'un stadium rock modernisé et axée sur des voix chorales qui semblent faire le bilan et saluer les fans. Façon intéressante de conclure un disque aux différentes facettes.

"White Line"

Au-delà de l'aspect composition, saluons également l'accent plus que jamais mis sur la dualité des voix de Mat et Julien, fort bien équilibrées dans leurs interventions. Le doux et la brute, en quelque sorte, le bassiste hurleur se permettant encore plus de folie tirant presque vers l'extrême à plus d'un moment tandis que son frangin guitariste charme toujours autant l'auditoire par son timbre plus posé. Ce duel rythme efficacement un disque au son parfaitement dosé, puissant et rond, où chaque instrument se taille la part du lion dans une clarté étonnante. Derrière les fûts, on ignore si les parties ont été enregistrées par le nouveau venu Timon, par le précédent Thibaut, ou l'ancien mais toujours ami du groupe Niko, mais on peut noter quelques instants créatifs plus que respectables.

Avec ce On the Rocks plutôt ambitieux, les Bukowski osent et prennent quelques risques tout en gardant leur personnalité, en cela ils s'installent définitivement parmi les grands noms actuels du genre avec toute une maturité naissante qui ne demande qu'à être accrue lors d'une prochaine sortie qu'on attend déjà avec impatience. Que c'est beau, quand même, quand un groupe grandit... Alors si tout n'est pas encore parfait, les jalons sont posés, et Buko peut continuer à rêver.
 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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