Xytras, compositeur de Samael

A un peu plus d’un mois de la sortie de Lux Mundi, le nouvel album des suisses de Samael, le compositeur-claviériste-batteur du groupe Xytras s’est entretenu avec nous par téléphone. 4 mois après son frère Vorph avec qui nous avions conversé en novembre, l’ami Xy a ainsi pu revenir sur certains détails de l’album et compléter quelques réponses.

Ju de Melon : Bonsoir Xy, merci de répondre à nos questions. L’album sort fin avril-début mai, le groupe est actuellement en pleine promo… Comment abordes-tu cette période spéciale pour un groupe avant la sortie d’un album?

Xy : Disons que ça fait partie du processus d’un album et que ça permet au groupe d’être confronté aux premiers avis, donc c’est avant tout intéressant je trouve comme moment. Nous l’abordons en tout cas avec plaisir et beaucoup de curiosité.

Ju de Melon : Si tu avais une prédiction à faire sur l’accueil de Lux Mundi auprès des fans de Samael et des autres, laquelle ferais-tu ?

Xy : C’est jamais facile de se mettre dans cette optique et souvent on a plutôt essayé de ne pas trop avoir d’attente par rapport à cela, mais bon il y a eu cet EP Antigod sorti en fin d’année dernière ainsi que plusieurs storyboards et studio reports qui ont pu donner un avant goût aux fans. Et jusque là, les réactions ont été plutôt positives, on peut donc espérer le meilleur pour cet album.

Samael - Lux Mundi

Ju de Melon : Vous avez aussi joué deux nouvelles chansons en live je crois, « Antigod » et « Soul Invictus », avec de bons échos…

Xy : En effet, on pensait qu’elles se prêtaient pas mal au live et donc on les a vite intégrées comme avant-goût. ca s’est plutôt bien passé, et même pour « Soul Invictus » que personne n’avait jamais entendu on peut dire que les retours ont été positifs.

Ju de Melon : Parlons un peu du nom de l’album… Si on excepte Above, on dirait presque qu’il conclut une trilogie sur le thème de la lumière après Reign of Light et Solar Soul. Est-ce voulu ?

Xy : Non… C’est vrai que cela peut être vu comme ça mais si je devais parler de trilogie par rapport à Lux Mundi je la mettrais en relation avec des albums comme Ceremony of the Opposites et Passage. Pour moi, c’est un peu une question d’approche actuelle… Sur le dernier Live on a pas mal joué de vieux titres par exemple, on avait un peu pour but de reprendre l’esprit de cette époque car il s’agit pour moi de l’essence de Samael. Depuis, on a pas mal essayé d’expérimenter, Above c’était vraiment à part avec une certaine agressivité qui s’est révlée intéressante notamment en concert… On savait au moment où Above est sorti qu’on ne resterait pas dans cette direction, qu’il s’agissait d’une expérimentation en marge de notre discographie habituelle.

Ju de Melon : Les paroles de cet album sont très axées sur le côté anti-religion du groupe, ici renforcé un peu par « besoin » comme nous l’avait dit ton frère Vorph en novembre dernier… Quel est ton point de vue personnel sur ce « débat » ?

Xy : C’est bel et bien mon frère qui les a écrites dans cet optique-là. Il est évident qu’un morceau comme « Antigod » ne laisse planer aucun doute sur nos intentions ; la plupart des paroles est contre les religions en général, car pour nous elles sont sources de pas mal de problèmes partout dans le monde. Suffit de regarder un peu l’actualité. C’était pour nous quelque chose d’assez évident, on avait besoin de s’exprimer à nouveau là-dessus et peut-être plus clairement que par le passé… Enfin bon, je ne pense pas que notre position contre la religion était un secret pour les gens, mais il fallait ici l’affirmer de manière concrète, sans grande métaphore.

Ju de Melon : Niveau musique, la composition a-t-elle été collégiale ou t’es-tu occupé toi-même d’un maximum de chansons ?

Xy : Il y a toujours des décisions prises ensemble même si à la base je compose tous les titres. Après, chacun donne son opinion, et j’essaye toujours de faire des modifications ou des changements par rapport à cela. C’est à ce moment-là qu’on se rend compte aussi qu’il y a un bon esprit de groupe. Puis forcément, je parle pas mal avec mon frère, on bosse souvent ensemble même au niveau des textes et on adapte très bien ces paroles avec le côté musical.

Ju de Melon : Lux Mundi annoncerait-il pour toi clairement le début d’une nouvelle ère pour Samael ? C’est en tout cas ce que nous avait sous-entendu ton frère…

Xy : Ecoute, c’est possible, le fait est que nous avons pas mal d’albums à notre actif dans lesquels nous avons expérimenté pas mal de choses. On a même fait une pause à un moment dans notre carrière pendant laquelle nous n’avons pas fait grand chose, ça a duré presque 2 ans… Depuis quelques années, nous tournons aussi plus qu’avant, et cet album est un peu l’aboutissement de tout ça au final. Du coup oui on peut parler de quelque chose de « solide », d’un vrai nouveau départ en quelque sorte. Cet opus a des éléments du passé en lui mais c’est nous aujourd’hui.

Ju de Melon : Je qualifierais cet album de plus direct, plus massif, presque plus indus dans un sens… Le ressens-tu ainsi personnellement ?

Xy : Oui, je serais assez d’accord avec le côté direct et massif. Mais c’était aussi un but de notre part, on voulait quelque chose d’homogène avec un côté orchestral et puissant. Plus de la moitié des morceaux sont axés sur cet aspect en fait. On a quand même 2-3 morceaux un peu plus calmes et plus orientés guitare afin de créer une petite sensation de voyage, ce qui est important pour l’écoute d’un CD : il ne faut jamais oublier de créer quelques atmosphères différentes… Il faut avant tout éviter l’ennui.

Ju de Melon : Quelle(s) est ou sont le ou les chanson(s) qui t’ont donné le plus de fil à retrordre sur cet album au niveau composition ou arrangements ?

Xy : Il y en a quelques unes comme le titre d’ouverture « Luxferre » qui ont nécessité quelques discussions mais qui s’avère assez simple au final. Un qui nous a pris pas mal de temps, je dirais « Pagan Trance » qu’on avait déjà composé il y a quelques temps, la ligne de synthé était un peu restée dans les tiroirs depuis. En fait, je suis revenu sur ce titre à 3 reprises, avec beaucoup de travail au niveau des arrangements par exemple. A un moment, je pensais qu’il ne se retrouverait pas sur l’album, mais au final il a fini par coller. Je trouve que c’est un bon titre et qu’il saura trouver sa place parmi les fans.

Ju de Melon : Si tu ne devais en choisir qu’une, laquelle serait-ce et pour quelles raisons ?

Xy : J’avoue que j’aime bien « Luxferre », le premier titre, il n’est d’ailleurs pas placé là par hasard (rires) ! Je pense qu’il donne un peu le tempo et la couleur de l’album, c’est un bon mélange entre ce qu’était Samael à l’origine et ce qu’on a pu faire sur Reign of Light par exemple. Mais bon, un CD c’est quand même un tout avant toute chose, c’est donc pas facile de trouver un titre et l’isoler à part…

Ju de Melon : Une chanson retient vraiment mon attention personnellement, il s’agit de « The Shadow of the Sword »… Tu peux nous en dire quoi ?

Xy : Son texte se rapproche un peu de « Antigod », très axé contre les religions, il met l’accent sur l’importance de croire en soi-même plutôt qu’en d’autres choses. Le morceau est intéressant car différent et placé au milieu de l’album afin de donner une belle diversité au tout. Waldemar Sorychta, notre producteur, affirme que ça lui rappelle un peu la chanson « Rain »… c’est amusant car moi je ne trouve pas trop, mais c’est intéressant d’entendre comme ça un avis extérieur. Peut-être est-ce la touche orientale qui donne cette impression… Un morceau bien axé guitare, venu facilement mais qui a nécessité pas mal de travail en aval. Il a pris du temps sur la finalisation, un peu comme les autres titres d’ailleurs.

Xytras (Samael)

Ju de Melon : Niveau son et production, avez-vous tenté de nouvelles choses ou travaillé avec la même équipe que par le passé ?

Xy : On a pas mal gardé la même stratégie au final, on a donc retravaillé avec Waldemar et fait une post-prod bien huilée avec lui. C’est au moment de retravailler sur les morceaux qu’on s’est retrouvés pour discuter de certaines choses. Ses conseils et ses avis se sont avérés intéressants d’ailleurs. Il est important d’avoir une oreille externe avisée à ce moment-là parce que quand on a passé beaucoup de temps sur un titre on ne se rend plus forcément compte de certaines choses… Pour le mix, on est allé demander de l’aide à Russ Russell, un anglais spécialiste de l’extrême – il avait d’ailleurs travaillé avec Napalm Death sur pas mal d’albums. On a eu un bon feeling et le timing collait bien, il a bien capturé l’idée au niveau du son et a parfaitement rendu l’équilibre synthé/guitares. Il a passsé pas mal de temps sur les détails, c’est quelqu’un d’assez méticuleux qui ne laisse rien au hasard. Une superbe rencontre en tout cas.

Ju de Melon : Un mot sur la pochette assez… sobre, disons ! Qui en a eu l’idée et comment a-t-elle été réalisée ?

Xy : Au départ, on avait l’idée du titre « lumière du monde » et on voulait une pochette relativement sombre. On a travaillé avec la même personne qui s’est occupée de la pochette de Above, à la base nous voulions simplement des rayons mais il a apporté ses idées afin de faire quelque chose de plus étoffé. Au final, on se retrouve avec un travail de noir sur noir, en contraste mat/brillant, qui sera mis en valeur sur le digipack. Pour le livret intérieur, il a bossé sur quelques peintures inspirées de 5 ou 6 titres globalement, avec une tonalité plus claire que la pochette. Ce sera comme un petit livre à découvrir…

Ju de Melon : Quelques infos sur la tournée à venir et de nouvelles dates en France ?

Xy : Disons qu’on vient de faire pas mal de dates et une grosse tournée à la fin de l’année passée donc je pense que nous allons attendre un petit peu. On ne tournera pas avant l’été, avec quelques festivals en Allemagne, en Roumanie, en Hollande ou en Pologne. Logiquement, on devrait lancer la prochaine tournée en septembre, on va essayer de booker tout ça avant la sortie de l’album.

Ju de Melon : Tiens, petit point que je fais avec les artistes à qui je parle en ce moment… Comment vois-tu l’avenir du metal avec la disparition plus ou moins programmée des gros monstres sacrés du genre ? La relève est-elle assurée sur ce point selon toi ?

Xy : C’est vrai que des groupes comme Metallica par exemple devraient disparaître d’ici 5-10 ans, quoique on sait jamais… Mais bon, il y a quand même une relève, ça c’est certain. Mais pas dans le même sens forcément, car quand j’étais plus jeune par exemple il y avait beaucoup moins de groupes donc l’attention se portait plus facilement sur ceux qui étaient mis en avant à l’époque. Du coup aujourd’hui la répartition se fait avec des groupes un peu moins grands mais assez conséquents et connus. Puis, en plus du nombre plus important, il y a aussi le phénomène de la baisse des ventes, toute cette polémique sur le téléchargement… Du coup, il y a plus de choix à faire, c’est moins évident car la scène metal s’est pas mal devéloppée.

Ju de Melon : Peut-être aussi par rapport aux media qui ne laissent aucune ou très peu de place au metal, notamment ici en France… même si vous aviez été invités sur Europe 2 par Arthur et son équipe en 2005 il me semble, mais bon je ne pense pas que vous en gardiez un grand souvenir vu qu’ils ne semblaient pas y connaître grand chose.

Xy : Ah oui, ça ils n’y connaissaient pas grand chose, en effet (rires)… Maintenant, je pense que le metal n’a jamais vraiment été accepté par les media, ce n’est pas un phénomène nouveau. Après, ça dépend des pays, la Finlande et la Suède par exemple on une culture plus rock que la nôtre ici en Europe. Peu de place pour notre style donc y compris dans les émissions musicales, pourtant je pense que si on regarde les ventes je suis persuadé que le metal apporte un certain pourcentage… Le metal a un public de passionnés, c’est tout ce qui compte, maintenant grâce à Internet certaines choses peuvent être faites donc c’est cool.

Ju de Melon : Personnellement, quel est ton trip musical actuel ? Quelques groupes, artistes ou albums qui ne sortent plus de ta chaîne hifi ou de ton ipod…

Xy : Pas grand chose à vrai dire, mais récemment j’ai été à un concert d’Electric Wizard, un groupe un peu stoner, c’était bien sympa. Après j’essaye d’écouter un peu de tout, il est important pour moi de rester éclectique, ça aide pour puiser un peu d’inspiration par ailleurs et de ne pas rester bloqué sur ce qu’on fait.

Xytras (Samael)

Ju de Melon : Et au niveau du projet Xytras que t’avais réalisé avec des instru extraits notamment de l’album Passage, penses-tu en faire une suite un jour ? Car depuis pas mal de compositions ont été faites…

Xy : C’est vrai que certaines chansons pourraient s’y prêter. Je me suis pas mal posé la question car un bon nombre de gens m’en parlent et me le demandent… En plus ce CD n’est plus disponible je crois, donc normalement on devrait faire une réédition à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine avec peut-être des bonus track. En tout cas je trouvais ça sympa, et les réactions à l’époque étaient plutôt positives donc pourquoi pas.

Ju de Melon : Merci bien pour cette discussion sympathique, as-tu quelques mots à rajouter ou un message perso à faire passer aux fans du groupe ?

Xy : J’en profite pour dire bonjour à tout le monde en espérant que les fans écouteront Lux Mundi et qu’ils apprécieront !

Une conversation bien conviviale au final. De quoi patienter en attendant l’album donc, prévu le 29 avril en Allemagne et 2 mai 2011 en France via le label Nuclear Blast.

Interview de Vorph, chanteur de Samael (novembre 2010)
Chronique de l’EP Antigod

Samael sur La Grosse Radio



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements