Karyn Crisis’ Gospel of the Witches – Salem’s Wounds

Karyn Crisis et Davide Tiso ne sont pas des inconnus dans le milieu du metal. Leurs forces se sont même réunies pendant trois ans au sein d’Ephel Duath, avant le décès de la formation italienne en 2014. Pour autant, les tourtereaux n’ont pas baissé les bras et se sont attelés à la composition de ce nouveau projet, Karyn Crisis’ Gospel of the Witches, ayant pour but de retranscrire en musique la rencontre de la chanteuse avec le fantôme d’Aradia, sorcière du dix-neuvième siècle. Pour ce faire, des pointures ont été appelées en renfort par la présence à la seconde guitare de Bob Vigna (Immolation), de son compère bassiste Ross Dolan (également d’Immolation) et du batteur Charlie Schmid (Tombs, Vaura). De cette union des forces naît Salem’s Wounds, une livraison aussi étrange que son concept.

Cerner la musique façonnée par le couple est d’autant plus difficile que la formation pioche dans de nombreux styles. La décoction possède un goût étonnant, où les saveurs death, gothique et doom prédominent mais ne remplissent jamais réellement l’espace. L’ensemble évolue dans un registre mid-tempo, articulé avant tout autour de la voix. C’est cette dernière qui se retrouve mise en avant, et les pistes semblent composées en premier lieu pour soutenir le travail du chant. Aucune volonté de dissimuler une qualité d’écriture pauvre toutefois. Les morceaux parviennent à captiver grâce à plus d’un atout, ne se cachant pas uniquement derrière la frontwoman. On ne peut qu’apprécier les efforts abattus par les musiciens pour construire une atmosphère cohérente au sein de l’opus. Une ambiance occulte qui retranscrit à merveille la volonté des têtes pensantes du projet. Seulement, l’opus fait ressortir les défauts de ses qualités : en dépit d’une écriture soignée et professionnelle, quelques redondances se ressentent. Qui plus est, difficile d’écouter Salem’s Wounds d’une traite, tant il est dense et demande des efforts d’appréhension de part sa complexité mais aussi sa durée.

La vedette de ce show, c’est bien évidemment Karyn Crisis. Et cette position avantageuse n’a rien d’étonnant, tant la palette déployée par la chanteuse est impressionnante. Karyn possède plus d’une corde à son arc, et c’est bien peu dire. Capable aussi bien d’évoluer dans de nombreuses nuances de voix hurlées ou criées, que d’envoûter son auditoire de son timbre chaleureux et grave sur la mystérieuse « Goddess of Light », ou encore de susurrer, rien ne semble hors de portée pour l’Américaine. C’est avec cet éventail large que les morceaux se voient souvent diversifiés. Les nombreuses facettes incarnées par la frontwoman fascinent. Comme si l’opus était composé d’histoires contées par cette narratrice possédée. Rehaussant la qualité de Salem’s Wounds, la prestation derrière le micro est de loin le plus bel atout à la disposition du combo.

Karyn Crisis' Gospel of the Witches

Devenant le centre d’intérêt principal, le chant subjugue. Mais les pistes tiennent la route. Repoussante au premier abord, l’œuvre se dévoile grâce à la persévérance qu’elle demande. Les écoutes gagnent en charme et en intensité. L’auditeur se prend à être envoûté par l’univers mystique du duo. Qu’il s’agisse de moments plus sombres et glaçants à l’instar de l’opener « Omphalos » où Karyn montre de quoi elle est capable, d’instants berçants où l’ensemble est adouci comme sur « The Pillar », ou à l’inverse, d’une agressivité plus exacerbée démontrée sur « Aradia », chaque pièce délivre le message souhaité. Quelques titres moins captivants, tels « The Secret » et « The Sword + The Stone » trahissent une inspiration parfois en berne. Plus généralement, l’album souffre d’être bancal, la seconde partie étant plus difficile d’accès que le début de course. Si bien qu’il faut apprivoiser Salem’s Wounds afin de pleinement succomber aux superbes « Howl at the Moon » et au final « The Ascent », qui tutoient « Mother » au rang de pièces maîtresses du disque.

Du temps, de la patience, de la sueur. L’immersion est compliquée, mais en vaut la peine. Au-delà de quelques erreurs facilement rectifiables, Salem’s Wounds s’impose comme une réussite pour le duo Davide Tiso et Karyn Crisis. Difficilement abordable, le disque ne fera pas le bonheur de tous mais le travail abattu par les amoureux est le fruit d’un travail acharné, fait avec passion. La suite de ce projet singulier est attendue avec impatience.

Note finale : 7,5/10

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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