Mouss, chanteur de Mass Hysteria

Quelques heures avant le show de Mass Hysteria à Vauréal, en ce 1er avril printanier, c’est dans le « jardin backstage » du Forum que nous nous installons Mouss et moi pour une petite entrevue. Pas si petite que cela au final puisque s’étendant sur plus de 40 minutes, entre détente et anecdotes intéressantes plus ou moins liées à l’actualité du groupe…

Ju de Melon : Et bien voici, nous y sommes, à la veille de la fin de cette grande tournée Failles… Un peu d’émotion avant de refermer ce chapitre j’imagine ?

Mouss : Ouais quand même, car cette tournée a vraiment été bien pleine, bien remplie, avec de très grosses dates comme le Hellfest par exemple qui a été un grand moment. Tout se termine donc ce soir au Forum de Vauréal où nous allons jouer tout l’album Contraddiction, chose que nous n’avions jamais fait, et demain à la Maroquinerie de Paris avec 27 titres et plein d’invités surprises. Je peux t’en citer quelques uns : Reuno de Lofofora, Poun de Black Bomb A, Manu ex-chanteuse de Dolly, Nico de The Arrs (qui sera aussi là ce soir), les deux frangins de Bukowski, Etienne le batteur d’Aqme, Stéphane Buriez de Loudblast avec qui nous allons reprendre « Refuse/Resist » de Sepultura… Du gros donc ! Et bien sûr, n’oublions pas en juillet le Sonisphere… Voici une tournée qui se termine en beauté.

Ju de Melon : Ce soir, vous avez donc décidé de jouer en intégralité l’album Contraddiction. Pourquoi ce choix ?

Mouss : Un peu comme ça, sur un coup de tête, on l’avait déjà fait avec Une somme de détails au Nouveau Casino à Paris et en Bretagne aussi. Et là c’est la première fois qu’on fera ça avec Contraddiction, on finira le set avec une demi-heure de rappel… Plein de groupes font ça je pense, on n’a rien inventé, mais pour nous ce n’est pas trop courant. Ca nous permet de faire des morceaux que nous n’avons jamais joué en live, donc ce soir quelques uns auront leur première ou presque sur scène…

Ju de Melon : Un peu de pression peut-être alors ?

Mouss : Un petit peu, et là je t’avoue que cette semaine on a pas mal travaillé, avec de grosses répètes chaque jour pour bosser avec les invités prévus demain… ainsi que le set de ce soir ! 5 heures par jour, ma voix a d’ailleurs pas mal mangé (rires)… Mais bon pas plus de pression que ça car on a bien bossé, je suis donc confiant.

Mouss Hellfest 2010

Ju de Melon : Revenons donc sur ce petit bonus qu’est la participation au Sonisphere… Belle surprise ! Comment tout ceci s’est présenté ?

Mouss : Tout remonte à il y a un an et demi, nous avions joué en première partie de Metallica dans les Arènes de Nîmes. Du coup, on a laissé des traces positives auprès des personnes qui font jouer Metallica en France, les mêmes personnes qui s’occupent du Sonisphere… On a quand même été étonnés d’être appelés ainsi mais faut dire que ça s’était très bien passé pour nous à Nîmes, et donc Salomon de Nous Productions a de suite pensé à nous. Il trouve qu’on fait partie de ces groupes français qui représentent bien la scène metal… pourquoi exactement après je ne sais pas, c’est à lui de le dire.

Ju de Melon : Revenons sur l’album Failles, considéré par beaucoup comme la nouvelle pierre angulaire du groupe. Avec le recul de ces nombreux mois passés sur la route, quel regard portes-tu sur cet opus aujourd’hui ? Aucun regret j’imagine…

Mouss : Franchement, je ne changerais rien dans la construction, j’en suis très satisfait. Après bon, dans la structure du morceau « Failles », à un moment il y a une coupure… Il existe une version sans, comme d’autres morceaux d’ailleurs qui sur l’album Failles ont d’autres versions qui n’ont pas été retenues, avec différentes options. Perso j’aimerais bien les proposer gratos sur Internet afin que les gens puissent écouter des versions alternatives de chansons qu’ils connaissent déjà. Mais vraiment aucun regret sur cet album-là…

Ju de Melon : Ton opus préféré à ce jour tu penses ?

Mouss : Oui, dans un certains sens. Disons que, contrairement aux autres albums, celui-ci a vraiment été mûrement réfléchi dans un contexte pour le rock/metal assez délicat actuellement. Aujourd’hui tu ne fais plus les choses avec la même innocence, ou la même folie, cet album a été bâti pierre par pierre et chaque pierre a été pensée. On voulait faire un CD brut de décoffrage, j’ai essayé d’y apporter mes meilleurs textes et les porter à un autre niveau, un peu comme sur « Plus qu’aucune mer » qui est presque une chanson d’amour ; un vrai défi dans ce style il faut le dire. Failles est un album qui a notre âge : réflexion, puisance et envie. On a mis de la sueur, on y a mis notre rage, nos tripes… De toute façon on sait très bien qu’il n’y a plus de grosses radios nationales qui relayent notre musique, donc on s’en fout, on a fait un album sans concession, taillé pour la scène, pour les gens qui nous aiment… Même si on a toujours envie de grandir, de proposer plus et de voir encore plus de gens venir à nos concerts, on ne fait rien de calculé pour cela : nous ce qu’on veut c’est faire des albums live, sans chichi, et Failles est de ceux-là. Je vais même en dire plus, c’est pour moi l’album qui aurait dû venir après Contraddiction, mais bon on n’avait ni l’âge ni la maturité nécessaire à l’époque… Du coup avant d’arriver à Failles nous sommes passés par des périodes un peu space ou dark selon les opus, on s’est cherchés, on a changé de guitariste en route, mais depuis deux albums on a vraiment repris le contrôle des choses.

Ju de Melon : Avec une grande liberté laissée par la maison de disque…

Mouss : Oui c’est clair, de toute façon nous sommes sur un label indépendant, donc on fait notre truc tranquille sans rien demander à personne et ensuite on propose le résultat final. Après ils nous laissent créer mais ils nous donnent aussi leur avis, alors on bien sûr on prend en compte mais… quelque part non (rires) ! Ils nous disent ce qu’ils pensent et c’est déjà ça. C’est différent de l’époque où nous étions chez Sony ou Wagram, c’est pas qu’ils nous forçaient la main mais parfois ils nous poussaient un peu pour qu’on ait un morceau ou deux diffusables en radio. Aujourd’hui, ce n’est clairement pas notre but, certains peuvent peut-être se trouver taillés pour la radio mais on ne va pas en composer exprès…  Sur Failles, chaque morceau est aimé, a été voulu, donc à ce niveau-là il synthétise parfaitement 15 ans de carrière : c’est notre 6ème album, la fin d’une double trilogie…

Ju de Melon : C’est très Star Wars là… (rires)

Mouss : Oui c’est vrai (rires) ! Après, est-ce qu’il y en aura un 7ème… Je pense que oui, déjà là dans l’absolu il y a un DVD Live de prévu…

Ju de Melon : C’est justement ma prochaine question (rires) ! Ce DVD alors, où en êtes-vous au jour d’aujourd’hui ?

Mouss : Il faut savoir qu’il contiendra une date enregistrée live au Bikini de Toulouse… Un seul concert donc, et pas plusieurs avec une sélection possible… et quelque part je ne sais pas si ce n’est pas un peu dommage, je ne sais pas trop ! Car ce soir-là je ne suis pas certain que ce soit le concert le plus fou qu’on ait fait, le plus représentatif et où le public était le plus à bloc… C’était très bien, ça c’est clair, mais je pense que ça aurait pu être encore plus déjanté. Je ne sais pas si ça vient du fait qu’on était un peu stressés, car on avait vraiment droit qu’à une seule chance, on n’avait pas le budget pour en filmer un autre. J’espère que les gens ne vont pas croire qu’on manque de folie en regardant ce DVD, j’ai cette petite appréhension… Je l’ai vu et revu, il est super mais voilà quoi. Par exemple, le lendemain à Montpellier, il y avait une folie immédiate, on était sûrement plus décontractés car le DVD était enfin dans la boîte mais c’était vraiment intense… y compris au niveau du public ! Pourtant, nous avions déjà joué 5 ou 6 fois là-bas avant, ça a toujours été très dur avec des salles moyennement remplies, mais là… Je sais pas quoi, c’était dingue, le public faisait le show ! Peut-être que la veille les fans étaient aussi stressés quelque part en sachant que la captation du DVD se faisait… Les fans ne seront pas déçus tout de même, mais ils sauront aussi que les concerts de Mass Hysteria peuvent être encore plus fous que cela. En tout cas ce DVD sera carton, la pochette est géniale, du super travail de notre pote photographe Eric Canto. Ca me donne déjà envie d’en faire un autre, et cette-fois ci on n’attendra pas 15 ans…

Ju de Melon : Une date de sortie prévue pour ce DVD ?

Mouss : Ce sera pour le mois de juin, pas encore de date précise mais ce sera dans ces eaux-là.

Ju de Melon : On ne peut pas s’empêcher d’imaginer désormais le successeur de Failles… Déjà des idées ou quelques plans ?

Mouss : Pas de planning précis encore, mais on va sûrement commencer après le concert de La Maroquinerie en avril-mai-juin. On va un peu prendre quelques vacances aussi, il faut bien… En tout cas on va essayer de poser des bases avant le show du Sonisphere, et dès août-septembre on va accélerer avec quelques maquettes, des répétitions. Ce serait bien que l’album sorte début 2012.

Ju de Melon : Avant la fin du monde (rires)…

Mouss : Oui ce serait bien (rires) !

Ju de Melon : Difficile d’imaginer cependant quelle en sera l’orientation musicale…

Mouss : C’est vrai qu’après Failles ce ne sera pas forcément évidemment, mais je peux déjà te dire que Yann et Nico ont énormément d’idées de riffs. Depuis 3 ou 4 albums, nous n’avions jamais été aussi prolifères… c’est ça qu’on dit, j’ai un doute ?

Ju de Melon : Prolifiques (rires) !

Mouss : Oui c’est mieux (rires) ! Les deux ont un stock de riffs assez énorme, donc je ne suis pas inquiet au niveau du contenu, mais il va falloir choisir les meilleurs et on aura vraiment l’embarras du choix. On a pas encore trop écouté ce qu’ils ont fait, ils enregistrent vite fait sur leur iPhone dès qu’ils ont des idées donc c’est assez perso pour le moment. De toute façon, on écoutera tous ça avant de peaufiner en répète. On essayera de faire plus gros que Failles, en tout cas c’est notre but.

Mouss Mass Hysteria

Ju de Melon : Sinon, je ne sais pas si t’as vu, mais la nouvelle est tombée en début d’après-midi… Le chanteur corse qui devait représenter la France à l’Eurovision a dû annuler sa présence, et ce sera donc le groupe Dagoba qui portera nos couleurs ! Du metal français à l’Eurovision, étonnant non ?

Mouss : Non, c’est pas possible… *hésitation* … C’est un poisson d’avril non ?

Ju de Melon : Bon ok, il aura duré à peine 10 secondes ! Désolé, fallait bien que j’en fasse un (rires)…

Mouss : J’ai failli y croire, je t’avoue !

Ju de Melon : C’est déjà arrivé en plus, du metal à l’Eurovision, avec même une victoire pour les Finlandais de Lordi… Tiens d’ailleurs, si on te proposait de représenter la France à l’Eurovision avec Mass Hysteria ?

Mouss : Hmmm, je ne sais pas, des groupes commes Les Wampas avaient voulu le faire mais bon ils sont plein d’auto-dérision, à fond dans l’humour, donc ça collait bien au truc. Y avait eu Les Fatals Picards sinon, mais ça a été un véritable désastre… normal en même temps, car c’est quand même pas terrible ce qu’ils font, et surtout c’est pas ça qui représente le mieux la France. L’Eurovision, c’est quand même spécial et kitsch, alors y aller pour rigoler ok mais… Certains réussissent en restant fidèles à eux-même, les finlandais par exemple ont gagné sans pour autant changer leur image, depuis ils font toujours la même chose sans se poser de questions. Les Fatals Picards y sont allés avec une chanson vraiment pourrie et pas drôle en plus, bref… Je crois qu’on le ferait mais uniquement pour rigoler, pour se marrer, il faudrait donc faire un morceau spécialement pour. Or faire celà ce serait un peu tricher, et ça ne nous irait pas je pense… Les Fatals Picards ça leur va bien l’Eurovision, mais nous pas vraiment. Après évidemment c’est un truc politique, un peu comme le patinage artistique tu vois, puis ça n’a jamais vraiment fait décoller une carrière, à part peut-être France Gall dans les années 60… Donc non, je ne pense pas que Mass Hysteria accepterait, car si on le fait de façon sérieuse avec un vrai morceau ça sera vraiment étrange vu le contexte.

Ju de Melon : Gardons le sourire avec le retour triomphal de notre député metal Patrick Roy à l’Assemblée Nationale, le revoir ainsi actif nous rassure tous…

Mouss : C’est clair, c’était vraiment émouvant, c’est quand même un député de gauche qui dit à tout le monde « je vous aime », à ses ennemis comme amis politiques. Ca te donne des frissons quoi, c’est un homme qui revient de loin et qui met de côté toutes les oppositions ou engueulades pour mettre la seule chose qui importe en avant : la vie. J’ai trouvé ça super fort, en plus c’est quelqu’un qu’on aime bien et qui nous aime bien, avec qui on a eu de très beaux échanges musicaux ou autres, avant tout humains. On s’appelle de temps en temps, on garde un contact fréquent, puis bon a déjà vécu pas mal de belles choses ensemble entre son invitation à l’Assemblée Nationale et le jour où il a joué « Furia » sur scène avec nous au festival de sa ville Denain. Quand il est tombé malade, c’était vraiment le choc, en plus il faisait une émission pour France 2, il était venu en répète avec nous… on sentait qu’il allait de moins en moins bien, jusqu’à son changement de traitement qui l’a sauvé. Nous avons avec lui une amitié sans failles, et le fait que ce soit un député-maire qui défend le metal… Fou non ? Il en écoute dans sa voiture quoi ! Sa femme ça la saoule un peu (rires), mais elle en rigole !

Ju de Melon : Il ferait un excellent ministre de la culture en tout cas…

Mouss : Oh putain oui ! D’autant plus que c’est le seul député qui soutient ce mouvement, alors il peut compter sur nous pour qu’on lui donne un maximum de crédit. Nous le soutiendrons jusqu’au bout, car si un jour il a des responsabilités plus grandes, ce sera vraiment très bon pour nous tous car il connait la musique et le monde de la culture et saura défendre nos « couleurs » dignement. Après tout, pourquoi aucun groupe de metal français ne passe à Taratata ? C’est pourtant le service public ! Peu importe si c’est nous ou un autre, je m’en fiche… Mais pourquoi pas une fois tous les 6 mois une scène ouverte pour des groupes français qui ne passent jamais à la télé ? Ce serait louable de leur part. Nagui a déjà fait venir Metallica et Motörhead, des groupes cultes, mais après il n’y a pas que ça… il faut aussi penser à ces formations qui triment mais qui font la scène française. On s’est posé ce genre de question avec Patrick, sur le fait qu’aucune TV ou radio nationale ne passe du metal, et qu’on ne soit même pas représenté aux Victoires de la Musique. Tu vois, l’album rock de l’année là c’est Gaëtan Roussel… alors bon, j’aime bien ce mec, humainement c’est un super gars, mais voilà quoi ! L’année d’avant c’était la fille de Jacques Higelin je crois…

Ju de Melon : Sans oublier Kyo à l’époque…

Mouss : Oui bref faisons une vraie catégorie rock/metal, et à côté tu laisses une catégorie pop rock FM. Il faut bien distinguer quoi ! Avec Mass on joue une variante du rock, c’est vrai, mais rien à voir avec ce qui est primé dans ces remises de prix… Nous avons un problème au niveau de la vision du rock ici en France, faut remettre un peu les pendules à leurs places comme le dirait Johnny Hallyday.

Ju de Melon : Qui est de retour lui aussi d’ailleurs, et qui représente le « rock » pour la France profonde…

Mouss : Il fait du « rock rock », c’est « Rocky » ce qu’il fait (rires)… Mais bon après, moi les icones… « espèce d’icone »… (rires)

Ju de Melon : Prolongons donc cette discussion sur la scène rock/metal française et son évolution actuelle, tu dois avoir quelques jeunes (ou moins jeunes) groupes en tête à conseiller aux gens…

Mouss : Bah il y a ceux qui jouent en première partie ce soir, les petits jeunes de Khaorah. Je connaissais que de nom, j’ai un peu écouté tout à l’heure et franchement c’est pas mal. J’ai quelques potes qui m’ont appelé en me disant les connaître, ils ont déjà une bonne petite popularité apparemment… Après, dans d’autres styles, t’as plein de groupes… Arf, j’ai toujours du mal à retenir les noms, j’ai une vraie mémoire de poisson rouge (rires), pourtant je me dis que ce serait bien que j’en parle dans diverses interviews…

Ju de Melon : Dreadful Silence tiens par exemple qui avait fait votre première partie à Andrésy en novembre dernier…

Mouss : Ah oui, c’était pas mal ça ! Je m’en souviens.

Mouss Hellfest 2010

Ju de Melon : Puis il y a pas mal de petits groupes qui commencent à émerger…

Mouss : Oui, une bonne petite scène est en train de se former, mais tu sais c’est pas forcément évidemment pour moi qui tourne beaucoup et qui suis un peu déconnecté de la réalité parfois, heureusement qu’on en croise certains dans des concerts et que je reçois quelques CD. J’ai ouvert un studio d’enregistrement récemment sur Paris, avec 2-3 potes, mais bon pour le moment on enregistre plus des groupes dans le style rock calme actuel, à la BB Brunes mais en plus péchu quand même… ça reste gentil quoi ! En même temps on ne choisit pas trop pour l’instant… Sinon, pour en revenir à ta question, j’en ai un sur le bout de la langue mais je ne me souviens plus de son nom, ils viennent de Lille en tout cas…

Ju de Melon : Hmm… Désolé de ne pas pouvoir t’aider. Sur Paris ou sa région on en a quelques uns d’intéressants qui poussent bien comme Memories of a Dead Man, Seed from the Geisha

Mouss : Je ne connais pas, mais c’est intéressant…

Ju de Melon : N’oublions pas Bukowski évidemment !

Mouss : Bah oui, eux par exemple, même si ça fait un moment qu’on les connait et que ce ne sont plus tout à fait des petits nouveaux. Ils ont fait un nouvel album assez fantastique…

Ju de Melon : Parlons aussi de Furykane qui sort un album là…

Mouss : Ah oui, j’ai entendu parler de ce groupe !

Ju de Melon : Puis bon autour de Vauréal tu as plein de jeunes groupes qui débutent leur carrière, petit coucou à Dangerous Drop qui a justement fait un tremplin avec Furykane récemment et qui semble bien parti… J’ai un ancien élève et le frère d’un ancien élève dans ce groupe.

Mouss : Cool, ça commence de plus en plus tôt maintenant, c’est vraiment sympa.

Ju de Melon : Le metal devient assez populaire chez les jeunes dans le coin, on sent que la relève est assurée…

Mouss : Puis bon les jeunes groupes qui commencent aujourd’hui ont vraiment beaucoup de mérite, car c’est de plus en plus dur de percer et de se faire un nom. Aujourd’hui tu ne fais plus trop ça dans l’optique d’en vivre plus tard, c’est uniquement par passion, vu l’industrie de la musique qui se casse la gueule et les trucs asceptisés qu’on nous sert à la télé et à la radio… Aujourd’hui, il n’y a plus rien de dérangeant qui passe niveau musique dans les media, bref c’est d’autant plus sympa de voir des jeunes lancer des groupes un peu « énervés » dans le contexte actuel. Ils le font par conviction, ils feront donc de la musique authentique… et c’est ce qui manque à ce qui passe à la télé ! Dire qu’il n’y a même plus de chanteur engagé médiatisé aujourd’hui… Quand j’écoute Grand Corps Malade, j’ai envie de me pendre perso ! Après t’as Abd Al Malik mais bon, bof quoi…

Ju de Melon : Peut-être que ça reviendra, on sent qu’il y a un petit vent de révolte qui se lève quand même…

Mouss : Je l’espère… à l’époque t’avait un groupe comme les Bérurier Noir qui ne faisait rien pour être médiatisé mais dont le message a dépassé toute imagination au final. Mais je pense que t’as raison, ça va se faire et on retrouvera cette révolte, car pour moi le rock est une musique sociale, de la rue… Tu vois, un gars comme a pu l’être Renaud à l’époque, Renaud Séchan hein pas Renau de Lofofora (rires), quelqu’un avec du texte et de la finesse, engagé et politisé…

Ju de Melon : Trust aussi… bon là ils ont essayé de revenir mais ça sent le fiasco…

Mouss : Ils ne pourront plus jamais faire un « Antisocial », c’est fini pour eux. Tu le fais à un âge particulier, mais bon ils ont changé… à l’époque, ils vivaient pleinement leurs textes, ils étaient aussi importants qu’aurait pu être un Georges Brassens par exemple, des chansons comme « Le mitard » ou « Mesrine » ont des textes monstrueux. Ils étaient carrément aller voir Jacques Mesrine en prison, bref ils étaient préoccupés par plein de choses profondes. Un gars comme Bernie Bonvoisin était hyper actif à l’époque…

Ju de Melon : Il y avait aussi Bernard Lavilliers un peu, Serge Gainsbourg

Mouss : Surtout Gainsbourg, c’était un vrai keupon dans l’âme ce mec !

Ju de Melon : Certains font encore de la résistance comme Hubert-Félix Thiéfaine

Mouss : Respect total pour ce mec, vraiment ! Il ne fait de courbettes à personne, il ne suce la bite de personne, il poursuit son chemin et fait toujours ses trucs sans sourciller. Et lui, sans promo, un peu à la Mylène Farmer même si ça n’a rien à voir, il garde son public. Tout ce qu’il fait est très textuel, pas loin de la poésie noire, il fait partie de ces artistes avec une âme… comme Bertrand Cantat aussi, même si voilà il a fait des conneries. Ca arrive aux plus grands…

Ju de Melon : Il y en a un qui a gueulé contre les gros media et les majors récemment, un certain Charlélie Couture

Mouss : Je n’ai jamais trop aimé ce qu’il a fait. En même temps lui il a changé de vie entre temps, il est parti vivre à New York, il est devenu peintre, il gagne bien sa vie et il revient faire son truc… Bon, tu ne peux pas trop en vouloir aux maisons de disque non plus là, si sa musique ne plait plus c’est comme ça. Après, il a assez d’argent pour s’auto-produire, donc pas de souci pour lui… Puis les labels indépendants ça existe, et si le public te boude bah tant pis, faut savoir faire son auto-critique.

Ju de Melon : Eh bien voici qui met à fin à une conversation qui fut ma foi fort passionnante cher Mouss. Un dernier mot à rajouter ?

Mouss : Dans l’absolu, soutenez la scène française car elle est vraiment… « prolifique » … (rires) !

Ju de Melon : Elle prolifère donc ! (rires)

Mouss : Bah voilà, tout se recoupe, elle prolifère donc elle est prolifique ! Et rien à voir avec pétrolifère (rires)… Bref, continuez à faire de la musique, de la peinture, peu importe quel art. Engagez-vous dans des associations de quartiers, allez dans les lieux culturels de votre ville. Et si vous trouvez que les choses ne bougent pas assez autour de vous, faites bouger les choses.

Ju de Melon : Merci pour ce très beau mot de fin.

Ju de Melon / Mouss Mass Hysteria

De quoi ponctuer une discussion riche en profondeur et en refléxion au-delà d’une atmosphère bonne enfant. Un chanteur à l’image de ce qu’on voit de lui sur scène : sympathique, cool, un peu plaisantin, mais avant tout engagé et avec des idées intéressantes. Ou comment résumer en quelques minutes, en quelques mots, l’âme même d’un groupe qui mérite un avenir encore plus fructueux : Mass Hysteria.

D’autant plus que la soirée ayant suivi cette entrevue s’est parfaitement déroulé avec un show… sans failles, bien épaulé par Khaorah en première partie. Et ce malgré les problèmes de genou d’un Mouss fatigué mais qui donnera tout jusqu’au bout devant un public de jeunes déchaîné comme jamais, entre pogos, circle pits et braveheart endiablés. Un concert dans la bonne humeur et dans la sueur qui restera dans les coeurs.

Interview de Yann et Nico au Hellfest (Podcast)

Mass Hysteria sur La Grosse Radio



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