Udo Dirkschneider (ex-Accept), chanteur du groupe U.D.O.

Udo Dirkschneider, ancien chanteur culte du groupe de heavy allemand Accept, fêtait ses 59 ans en ce mercredi 6 avril lorsque nous l'avons retrouvé à la table d'un grand hôtel parisien. 40 ans de carrière, presque 25 années dans son projet/groupe U.D.O., et un nouvel album prévu pour le 20 mai prochain. Avant la sortie de ce Rev-Raptor heavy sans concession, voici le compte rendu de la discussion que nous avons eu avec cette légende du metal...

Ju de Melon : Bonjour et tout d'abord nous te souhaitons au nom de toute l'équipe de La Grosse Radio un joyeux anniversaire !

Udo : Merci beaucoup !

Ju de Melon : Bienvenue à Paris en ce jour printanier, quelle est ton histoire personnelle avec cette ville et notre pays ?

Udo : Je suis venu ici à de très nombreuses reprises que ce soit avec U.D.O. ou plus anciennement avec Accept, mais cela fait bien deux ans que je n'étais point venu ici vu que l'actualité de U.D.O. s'était un peu calmée. Par contre nous avons fait le Hellfest en 2010, c'était bien sympa, et nous comptons bien faire d'autres dates en France cette année pour la tournée européenne.

U.D.O. 2011

Ju de Melon : Et en mai sort le 13ème album de ton groupe... Tiens donc, 13, de quoi te porter chance ?

Udo : Jusque là on dirait bien ! Les premières réactions et critiques sont plutôt positives... Mais bon, je ne suis pas supersticieux, donc ça ne change rien ! (rires)

Ju de Melon : Rev-Raptor est donc son titre, pourquoi ce choix ?

Udo : Un titre étrange, n'est-ce pas (rires) ? "Rev" pour le mot "revel" en anglais qui est lié à la notion de divertissement et de fun, et "raptor" qui à la base est un mot désignant un oiseau. Et quand tu cherches "Rev-raptor" sur Internet, tu tombes sur un personnage de bande déssinée portant ce nom... C'est avant tout un titre assez différent mais qui sonne bien à l'oreille, ce n'est pas un titre typique tel que "Burn in Hell" ou je ne sais pas quoi ! Dans les paroles de la chanson titre, le Rev-Raptor est une sorte de robot construit par la police et qui devient dangereux, incontrôlable. Voici en gros l'histoire qui a donc donné le titre de l'album.

Ju de Melon : Et les autres paroles de l'album, de quoi parlent-elles globalement ?

Udo : De différentes choses, il n'y a pas de véritable lien entre les chansons. Par exemple la ballade "I Give As Good As I Get" parle de ce sentiment humain qui est un peu le manque de reconnaissance, quand tu fais tout pour donner le meilleur de toi-même mais qu'au final tu n'as pas grand chose en retour. Ceci peut se vérifier dans plusieurs domaines parfois, que ce soit dans les affaires ou dans le domaine plus privé... Je me suis ici basé sur mon expérience personnelle, et je pense qu'on peut l'entendre dans mon chant car j'y mets plus d'émotion que d'habitude. A la fin de l'album, il y a le morceau "Days of Hope and Glory" qui parle d'un enfant qui devient un homme, assez touchante dans le fond. La chanson "Renegade" parle de ces organismes tels que le FBI ou la CIA qui payent quelqu'un pour tuer une personne, ce qui est souvent vrai en plus (rires) ! Le titre "Fairy Tales of Victory" parle des vainqueurs qui racontent leurs victoires, alors qu'on ne s'occupe que bien peu du point de vue des perdants... or la vérité n'émane pas toujours de ceux qui ont triomphé. Le single "Leatherhead" parle d'un gang de rue et de son leader. Sinon, terminons avec "Dr. Death", un serial killer qui a tué 15 personnes, cela fait un peu référence au film Saw d'ailleurs.

Ju de Melon : Parlons de la direction musicale de cet album... Il sonne très U.D.O. mais avec un côté de plus en plus moderne, tout en conservant le côté heavy old school.

Udo : On a démarré cette évolution avec l'album Mastercutor, puis nous sommes allés plus loin avec Dominator sorti en 2009. Il était pour nous important de conserver le côté classique du heavy metal tout en le faisant sonner de façon plus moderne. Quand les gens ont commencé à écouter Rev-Raptor, nous étions assez nerveux mais je pense que nous avons ici trouvé le parfait mix... Ceci est important de nos jours, nous sommes en 2011 et plus dans les années 80, il y a une nouvelle génération qui écoute ce genre de musique... dieu merci (rires)... et nous devons donc adapter notre son ! Du coup, nous avons fait quelques expérimentations, mais je pense que le résultat final est correct. Jusque là personne ne nous a fait de remarque négative à ce sujet, ce qui signifie qu'on peut continuer dans cette voie et qu'il ne sert à rien de chercher à revenir en arrière.

U.D.O. - Rev Raptor

Ju de Melon : Parlons rapidement de l'EP qui va sortir avant l'album, avec deux morceaux en avant-goût plus quelques morceaux inédits extraits d'un précédent DVD...

Udo : C'est une idée de notre label AFM Records, les bonus sont extraits du DVD Thundervision sorti en 2004. Nous n'étions pas très satisfaits de ce qui avait été fait sur le dernier EP Infected, où ils avaient décidé d'en faire une édition limitée à 2222 copies... Je n'ai jamais trop compris pourquoi d'ailleurs (rires) ! Cette fois-ci, l'EP sort partout, ce qui veut dire que les chansons qu'il contient ne seront pas perdues... Je n'aime pas ce système où certaines personnes ne peuvent accéder à certains morceaux bonus track pour des raisons commerciales, là au moins les choses sont claires et tout le monde pourra se procurer cet EP. D'ailleurs, il y aura aussi deux vidéos clips sur ce format, dont celui du single "Leatherhead". Bref, ce sera un bon apéritif avant l'album.

Ju de Melon : U.D.O. est avant tout un groupe même si certaines personnes pensent encore qu'il s'agit de ton projet solo... Comment s'est déroulé le processus d'écriture sur cet album ? Tout le monde sur le pont ?

Udo : Cela fait 2-3 albums désormais qu'on travaille vraiment beaucoup ensemble sur les compositions, auparavant déjà Igor Gianola s'occupait de tout ce qui était solo et les arrangeait lui-même. Sur cet album par exemple, Igor a composé "Pain Man" et "Fairy Tales of Victory" alors que Fitty Wienhold (bassiste) s'est occupé de "Rev-Raptor" et de la ballade "I Give As Good As I Get". Je trouve ça positif de voir chacun s'impliquer de plus en plus dans l'écriture, mais ce n'est pas facile pour eux car ils n'ont pas avec eux un "chanteur mélodique" typique (rires) ! Ce n'est pas évident de faire des chansons qui se marient parfaitement avec mon chant. Personnellement j'y arrive plus facilement, forcément... U.D.O. est vraiment devenu un groupe en tout cas, il est vrai qu'au départ nous avons eu quelques soucis de line-up, mais désormais il est stable depuis un bon bout de temps donc tout va bien. Nous sommes devenus une vraie famille même si nous ne vivons pas tous ensemble au même endroit, ce qui nous évite de trop s'user je pense... Tu as Igor qui vit en Suisse, Francesco Jovino (batterie) réside à Milan, je vis à Ibiza avec le bassiste mais on ne vit pas ensemble (rires), quant à Stefan Kaufmann il est le seul à vivre en Allemagne et je ne crois pas qu'il soit prêt à en bouger (rires).

U.D.O. (Live)

Ju de Melon : Et si, par malheur improbable ou malédiction jetée sur l'album, il ne devait plus rester qu'une seule chanson... Laquelle choisirais-tu ?

Udo : Wow... Disons que je suis très fier de la ballade, c'est la première fois que je chante de telles mélodies personnellement. C'est un morceau très important pour moi, à présent je sais ce que je peux faire avec ma voix au-delà de ce que je faisais d'habitude. Y compris au niveau de l'émotion personnelle, ce titre est définitivement à part...

Ju de Melon : Beaucoup de gens vont être surpris en l'écoutant.

Udo : C'est vrai, c'est déjà un peu le cas vu les premiers échos que je reçois ! Il s'agit d'une chanson aussi très spéciale pour Stefan qui me dit toujours que je peux faire plus, que je peux encore mieux chanter, et il s'avère qu'il n'a pas eu tort d'insister sur ce titre. Mon chant s'améliore dans les graves avec le temps, ce qui veut dire que pour l'avenir nous pouvons imaginer d'autres chansons dans le genre... avec plus de mélodies donc, et plus variées !

Ju de Melon : En ce qui concerne la tournée, déjà des dates de prévues ?

Udo : Oui, nous démarrons fin avril par quelques shows en Amérique du Sud, ce qui lancera une longue tournée promo. Nous ferons aussi quelques festivals, avant de démarrer la tournée européenne au milieu du mois de septembre, nous ferons certainement quelques shows en France également. Paris et Marseille si tout va bien. Nous serons sur la route jusqu'à Noël... ça promet (rires) ! C'est toujours un moment sympa de toute façon, on voit du beau monde...

Ju de Melon : Tout le monde le sait, Accept est de retour mais sans toi... As-tu cependant écouté leur nouvel album Blood of the Nations ?

Udo : Disons que je m'attendais à un bon album de leur part, c'est un peu la moindre des choses lorsque tu travailles pendant plus de 10 ans sur des chansons... le résultat se doit d'être très bon dans un tel contexte (rires) ! J'aurais aimé avoir 10 ans pour composer moi aussi... Bref, ils ont une excellente production et on fait le bon choix à ce niveau, Andy Sneap est un grand fan du groupe et il savait très bien ce que les gars voulaient je pense : un album 100% Accept. Tu sais, je connaissais pas mal de chansons déjà, certaines étaient prêtes depuis des années, et elles ont très bien évolué en studio. Que dire d'autre sinon... Oui, Mark Tornillo, le nouveau chanteur, est très bon, et ils ont eu un bon succès en tournée. Bref je ne peux en dire que du bien. La seule chose qui me chagrine à vrai dire sont les propos récents de Wolf Hoffmann... Il a dit certaines choses plutôt méchantes à mon sujet, et je ne sais même pas pourquoi.

Ju de Melon : Quel genre de choses ?

Udo : Je ne peux pas forcément tout dire, peut-être que bientôt je le pourrai mais j'attends un peu de voir comment les choses évoluent.

Petite interruption due à un coup de fil du fils d'Udo qui voulait lui parler rapidement... A peine une minute plus tard, reprenons le fil de notre conversation.

Udo

Udo : Désolé, c'était mon fils !

Ju de Melon : Il fait de la musique lui aussi ?

Udo : Oui, c'est un bon batteur... mais ça c'est une autre histoire ! (rires)

Ju de Melon : On en était à Wolf donc...

Udo : Tout ce qu'il dit sur la réunion d'Accept est un peu bizarre. Il m'a appelé, oui c'est vrai, mais il prétend désormais que je n'étais pas intéressé par une reformation : ce qui n'est pas du tout la vérité. Nous en avons parlé pendant des mois durant, j'étais même parvenu à un accord de principe avec le groupe mais j'ai dit à Wolf que sans Stefan Kauffmann cela ne pourrait pas se faire. Je voulais donc qu'il nous reprenne tous les deux afin que la reformation soit complète. Cependant, Wolf a eu quelques soucis avec Stefan... Du coup il était impossible que je revienne parce qu'il ne voulait plus de Stefan dans Accept, tout simplement. J'étais pourtant presque prêt à sacrifier U.D.O. comme il me le demandait si et seulement si toutes les conditions étaient réunies, mais sans Stefan je ne pouvais accepter sa proposition, trop risqué de mon côté. Du coup j'ai continué avec U.D.O. et je lui ai souhaité bonne chance.

Ju de Melon : Logique au final...

Udo : Mais ce n'est pas tout ! 14 jours après ma réponse négative, Wolf a présenté à la presse le nouveau line-up d'Accept ! En 14 jours ? Trouver un nouveau chanteur etc ? Voyons, comment cela aurait-il pu être possible ? ... En fait je pense que Wolf ne voulait faire aucun compromis et savait très bien que je n'allais pas accepter, et pourtant je n'étais pas contre l'idée... Bref, c'était terminé, mais depuis il dit des choses en interview qui me blessent vraiment. A un moment, un journaliste lui a demandé qu'elle était sa chanson préférée d'Accept jusque là, et il a répondu qu'il n'en avait pas car il n'avait jamais entendu une chanson d'Accept avec un vrai chanteur. C'est vraiment... dur, cela va trop loin. Je ne sais pas pourquoi il fait cela, on dirait qu'il veut faire de Stefan et moi les méchants dans l'histoire. Il semble vouloir nous faire passer pour des connards, je ne sais pas pourquoi, pourtant lorsque nous avions tourné ensemble pour une reformation live les choses s'étaient plutôt bien passées... Peut-être a-t-il peur du succès de U.D.O. ? Ou est-il fatigué du passé ? Pourtant je n'ai jamais eu de problèmes avec lui, je trouvais même cette idée de reformation intéressante... Il prétend même que je n'aime pas le fait qu'ils aient du succès sans moi, mais ceci est absolument faux. Je ne tiendrai pas de tels propos avec toi si c'était le cas...

Ju de Melon : C'est un peu triste comme situation.

Udo : Oui, on dirait qu'il essaye de ternir notre légende, je ne sais pas pourquoi. Bref, je ne veux pas en rajouter pour l'instant, je ne veux en aucun cas déclarer la guerre à Wolf loin de là. Je voulais juste réagir à ses propos et donner une version claire des faits, j'espère que les gens sauront faire la part des choses. On verra bien...

Udo

Ju de Melon : Tu es très bien placé pour en parler je pense, que penses-tu de l'évolution de la scène metal actuelle par rapport aux années 70-80 quand tu as commencé ta carrière ?

Udo : Beaucoup de journalistes posent cette question désormais, il y a en effet une grosse évolution. Il y a beaucoup de bons jeunes groupes mais je trouve qu'il n'y a plus autant de personnalité et de charisme aujourd'hui par rapport aux groupes plus anciens. Il n'y a plus de Lemmy ou de Ozzy de nos jours... La plupart des jeunes ne voit plus le côté simple du metal qui est avant tout de divertir les gens, surtout sur scène ! Certains jouent sans regarder le public pendant plus d'une heure et ne savent plus communiquer. On perd un peu de ça je trouve. Des groupes comme Rammstein ont su développer un bon côté visuel par exemple, mais désormais... Tu vois, il n'y a plus de groupes comme Kiss qui mettent avant tout le show en avant ! Bon eux c'est vrai qu'ils sont un peu à part : ils veulent faire toujours plus gros, peut-être donneront-ils leur dernier concert sur la lune qui sait ? (rires)

Ju de Melon : Ils en seraient capables si on leur en donne les moyens ! (rires)

Udo : (rires) ! En attendant il y a aussi un grand manque de soutien de la part des labels, il ne faut pas le nier. L'argent ne vient plus, les groupes doivent payer leur présence sur certaines tournées, il n'y a plus ou peu de sponsoring et du coup certains restent sur le carreau. Il y en a même certains qui jouent à crédit et ne peuvent faire aucune promo supplémentaire ! C'est dommage... D'autant plus que les ventes de CD s'écroulent, désormais tu as besoin d'un album pour promouvoir une tournée alors qu'avant c'était l'inverse. Pratiquement plus aucun jeune groupe ne peut désormais vivre de sa musique, c'est triste... La seule alternative est de mettre sa musique disponible en téléchargement payant sur des plateformes légales et gagner un peu d'argent ainsi. Peut-être ceci se développera dans les prochaines années et certains n'auront plus besoin des maisons de disque, qui sait ? Il faudra suivre cela de près. Il y a un autre souci d'ailleurs quand on y pense, certains labels signent trop de groupes et ne concentrent donc pas assez sur 2-3 formations qu'ils pourraient mieux promouvoir et mettre en avant. La plupart de ces labels n'ont d'ailleurs aucune idée de ce qu'est la musique, ils pensent que signer des "clones" de gros groupes suffira à assurer un certain succès, on a vu ça à une époque avec la renommée des Guns n' Roses ou plus récemment de Dimmu Borgir par exemple... Suivre la mode n'est pas la solution, il faut selon moi privilégier l'originalité et la versatilité.

Udo

Ju de Melon : Merci bien pour ces points de vue intéressants. As-tu quelques derniers mots à dire aux fans pour conclure cet entretien ?

Udo : Je serai heureux de revenir ici pour quelques shows, j'attends de vous revoir avec impatience et j'espère que vous apprécierez notre nouvel album. A bientôt.

Toujours la pêche le père Udo ! Entre malice et professionalisme, ce sont 30 minutes bien pleines que nous avons pu passer en sa compagnie. Nul doute que les purs fans de heavy seront d'ailleurs comblé par l'album à venir...

U.D.O. sur La Grosse Radio



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