Dan Hawkins, guitariste de The Darkness

 

En 2012, Hot Cakes marquait le retour timide de The Darkness après quelques années de pause. Trois ans plus tard, le groupe revient avec Last of Our Kind, un nouvel album qui renoue avec les racines de la formation. À l’occasion d’une journée promo, nous avons rencontré Dan Hawkins pour parler de ce nouvel album, de l’arrivée d’un nouveau membre au sein du groupe, ainsi que de leur engagement avec Pledge
 

Bonjour Dan, merci de nous accorder cette interview. Comment te sens-tu à l’approche de la sortie de Last of Our Kind ? Es-tu confiant ?

Dan : Oui, je suis confiant, c’est très bien, surtout si tout le monde l’achète… Mais oui, on aime vraiment cet album et je sais que ça semble idiot à dire, les groupes disent toujours « Oh, c’est notre meilleur album ! ». Mais en ce qui concerne les deux derniers albums (One Way Ticket to Hell… and Back et Hot Cakes, ndlr), je crois qu’aucun de nous ne les a réécoutés depuis qu’on les a faits. Alors que celui-là, on l’écoute encore donc je pense que c’est plutôt bon signe.

D’ailleurs, sur votre page Plegde Music, Justin Hawkins a écrit que Last of Our Kind allait être le meilleur album qu’on pourrait écouter cette année…

Dan: Oui, je pense que c’est vrai! Non, en réalité je ne suis pas d’accord. Ce sera plutôt le meilleur album que vous pourrez écouter pour les deux prochaines années, le temps qu’on en fasse un autre ! (rires)

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce nouvel album ?

Dan: C’est un album essentiellement basé sur des riffs. Souvent pour les derniers albums on était dans une perspective différente pour l’écriture des morceaux. On prenait la guitare acoustique, on écrivait autour de ça, et on ajoutait un riff à la fin. Mais pour cet album c’est différent, tous les morceaux commencent avec un riff et je pense que c’est une différence importante par rapport à nos deux derniers albums. Le premier album était plus basé sur des riffs, mais Last of Our Kind l’est complètement.

On retrouve un peu de votre premier album, sur Last Of Our Kind

Dan: Oui, je pense aussi. Je ne nous ai pas autorisés à nous laisser emporter dans trop d’expérimentation. C’était plutôt du genre : Marshall, Les Paul, c’est tout ce à quoi vous avez le droit.

D’où vient l’idée de la pochette ? 

Dan: Un fan nous a envoyé la photo de son bébé avec une tétine dans la bouche, et il portait ces lunettes The Darkness qu’on avait faites à l’époque. Ça ressemblait à un bébé étrange qui pilote un avion et on a voulu partir là dessus en ajoutant un coté un peu plus science-fiction, donc on l’a envoyé à un ami à nous… Qui est en réalité un fan, et un dessinateur génial. Il l’a arrangée pour que ça ait un coté un peu plus science-fiction… En fait ça me fait penser à un album de Megadeth. Pour le pire ou le meilleur. (rires) Donc voilà, cette pochette a été créée essentiellement grâce à l’investissement de deux fans … Ou trois, si on compte le bébé.

Last of our kind, the darkness

D’où vous vient le coté médiéval des paroles de vos chansons ?

Dan: Quand ce groupe a commencé, on avait l’habitude de faire ça, très souvent. Comme «Black Shuck» sur le premier album, ou une chanson appelée «Curse Of The Tollund Man». Cette chanson est d’ailleurs une de nos chansons préférées dans le groupe, c’est une chanson très étrange à propos d’un homme d’un millier d’années parfaitement préservé dans de la boue. Ça c’est vraiment un truc qui nous plait et on écrit à propos de ça. Pour cet album on a renvoyé les gens qui ne devaient pas être là, qui nous tiraient vers le bas, et on est revenu à ce qu’on aimait. Et une des choses qu’on aime, c’est juste… réécrire l’histoire (rires).

Pourquoi avoir choisi la chanson « Last of Our Kind » pour le titre de l’album ?

Dan : Alors, pendant un bon moment ça a failli s’appeler Cliffhanger. Mais en fait on en est revenu, parce que ça n’avait strictement rien avoir avec l’album au final ! Je crois que c’était l’idée de Justin en réalité, et ça résume beaucoup de chose, comme l’état d’esprit dans lequel on était à ce moment là. Pas vraiment dans le sens où notre groupe est le dernier de notre genre, c’est plus général, enfin même si on est une espèce en voie de disparition…. On me demande souvent d’ailleurs, s’il y a des nouveaux groupes que je trouve bons, ou que j’aime bien. Enfin, il y a beaucoup de bons groupes, mais j’aime les groupes comme nous. C’est un peu dur pour moi, parce qu’il n’y en a plus trop…

Il n’y a vraiment aucun nouveau groupe que tu aimes, et avec lequel tu apprécierais de partir en tournée par exemple ?

Dan: Euh… non ! (rires)

Vous avez un nouveau membre au sein du groupe, une batteuse. Tu peux nous la présenter ?

Dan: Emily Dolan Davies ! Elle a 27 ans, c’est une batteuse fantastique, elle vient de Londres. Elle est maintenant, officiellement, un membre de The Darkness. J’ai vraiment hâte que les gens la voit jouer en live ! On a fait une tournée d’échauffement en Irlande récemment, et on a joué avec elle pour la première fois. Sur l’album c’est facile, mais vraiment c’est une bonne batteuse. Et c’est vraiment quand tu joues en live que tu peux te rendre compte si ça va fonctionner sur le long terme. Il y avait vraiment des choses que j’avais besoin d’entendre pour que ça fonctionne pour moi. Je suis par exemple un grand fan de Phil Rudd, de batteurs qui jouent avec simplicité, parce que c’est vraiment ce qui sonne le mieux. Et certains batteurs ne savent juste pas faire ça, ils ne peuvent pas juste poser un rythme, mais elle, c’est vraiment la meilleure pour ça. Je pense qu’elle va se faire remarquer. Je pense qu’il n’y a jamais vraiment eu de femme douée à la batterie dans le hard rock. Maintenant si.
(L’interview s’est déroulée peu de temps avant qu’Emily Dolan Davis ne quitte le groupe, elle ne sera donc pas présente lors des prochains concerts , ndlr)

Pour en revenir à l’album, généralement, comment vous écrivez les chansons ? Vous avez des rôles prédéfinis ?

Dan: Durant une journée typique de travail tous ensemble pour écrire un morceau, voilà ce qu’il se passe: Je me lève, et j’ai mon petit studio où il y a un petit kit de batterie, des guitares, basse, et tout. Je vais commencer par trouver un riff, et le jouer. Les autres ne sont jamais trop loin donc ils me disent s’ils aiment bien, ils lèvent le pouce. Ensuite je continue et je termine le tout en demandant constamment aux autres si ça leur plaît. Donc je commence à écrire la musique à partir de 10h et jusqu’à 15/16h, ensuite c’est terminé. Mais je ne peux pas écrire et tout terminer sans demander aux autres « Vous aimez ça ? Et ça, qu’est-ce que vous en pensez ? ». Tous le monde doit s’impliquer dans l’écriture. Après ça, je me tourne vers Justin. Pendant que j’écris lui il forme des idées sur ce que pourrait être le morceau, ce que ça déclenche en lui, en essayant de trouver peut-être un titre. Il me dit à quoi ça lui fait penser, parfois c’est juste des mots ou une mélodie. Ça nous fait un point de départ, on se réunit tous pour en discuter. Ensuite on pose le truc, on essaye de poser une rythmique, et normalement vers 20h on a terminé. On a tout le morceau à disposition pour le réécouter et là, le travail de nuit commence, c’est la qu’on fait les solos de guitare. On peut dire qu’à minuit c’est complètement terminé. Ensuite on le laisse de coté jusqu’à ce qu’on répète pour l’enregistrement de l’album. Voilà, après je ne peux pas expliquer réellement d’où vient l’inspiration. C’est marrant mais je ne sais pas pourquoi les choses sont comme elles sont. Pourquoi ce riff m’est venu, pourquoi cette chanson est à propos de ça… Dieu seul le sait (rires).

Certains morceaux sonnent un peu différemment sur cet album, par exemple sur «Roaring Waters», le riff fait beaucoup penser à Aerosmith…

Dan: Oui, je suis d’accord avec ça. «Mudslide» aussi a un petit coté Aerosmith. Mais c’est étrange, car je n’ai pas tellement écouté Aerosmith à ce moment-là.

Ça ne t’a pas réellement influencé ?

Dan: Si, dans ma vie je suppose que si, bien évidemment. Ils ont juste les meilleurs riffs de tous les temps. Mais oui effectivement… peut-être bien! On adore Aerosmith. Pump par exemple est un album que Justin et moi adorons. Il est vraiment très fan d’Aerosmith, d’ailleurs. Et j’aime beaucoup ce groupe aussi.

Donc quelles étaient vos influences pour l’album ?

Dan: Juste des riffs, vraiment. Ça paraît bête, mais il n’y a pas de groupes en particulier qui nous aient influencés pour cet album. Je pense qu’on voulait simplement être un peu plus libre, comme Led Zeppelin, Rush, Aerosmith, des groupes qui se permettent d’avoir des solos trop longs, différentes rythmiques, des monologues, tout ce qu’ils veulent. Juste ne pas avoir des morceaux qui sonnent comme s’ils pouvaient tous être des singles. Ces groupes font complètement ce qu’ils veulent.

last of our kind, the darkness, 2015

Qui chante sur le morceau « Conquerors » ?

Dan: Oh, c’est Frankie, le bassiste.

Pourquoi ?

Dan: J’en sais rien… On n’a pas pu l’arrêter ! (rires) Non mais, c’est vrai. On a un micro dans la pièce et on a cette technique parfois, quand on tient la majeure partie du morceau. Donc moi je commence à jouer et parfois Justin n’a pas encore d’idée, donc je démarre la musique mais n’importe qui peut se mettre au micro. Je le fais parfois, mais pas souvent, ça ne donne jamais rien de bon en fait… Mais cette fois-ci Frankie l’a fait. On avait fait quelque chose de très heavy toute la journée, donc je me suis dit qu’on pourrait plutôt bosser sur une ballade. Justin s’est mis à la batterie, j’ai commencé la guitare et Frankie a juste commencé à chanter comme ça. Et au final, tout l’arrangement est exactement comme la première fois où on l’a joué ensemble. Donc il a chanté, mais pas ces paroles-là, mais dans ce sens, et quand on a réécouté on s’est dit que c’était vraiment bien et qu’il devait chanter cette chanson. Au début il ne voulait pas vraiment le faire, mais finalement on l’a convaincu et Justin l’a aidé à terminer les paroles. Maintenant on aimerait bien terminer les concerts avec ça, ça pourrait être vraiment cool. Frankie reviendrait avec une énorme cape, Justin jouerait sur une basse sans tête et tout… Ce serait énorme.

Vous avez financé votre album avec Pledge, pourquoi ? Est-ce que c’est plus compliqué de financer un album de nos jours ?

Dan: C’est marrant, on nous demande souvent ça mais notre engagement avec Pledge est vraiment différent de la façon dont les gens le perçoivent. J’ai toujours pensé que oui, ça permettait de récolter de l’argent pour faire des vidéos, des albums, de l’art ou autre, mais Pledge c’est aussi un échange. Beaucoup de groupes utilisent Pledge pour mobiliser leurs fans et leur offrir des choses qu’ils veulent, leur permettre de discuter autour de ce nouvel album, et ça permet aussi d’en faire la promotion. C’est comme ça que ça fonctionne avec nous. On paye pour l’album nous-mêmes et ça va très bien et on a un label, Kobalt, avec lequel on a réalisé l’album, mais on utilise aussi Plegde pour donner aux fans des choses qu’ils demandent et qu’ils soient excités par la sortie de l’album. Ce n’est pas juste vendre des trucs aux fans pour générer de l’argent, c’est plus important. Par exemple on va faire des concerts secrets pour les fans et les tickets ne seront en vente que sur Pledge, parce qu’on sait que c’est là que les fans peuvent aller et on sait que ça les intéressera. Ça fonctionne à plusieurs niveau.

Du coup, ça ne te dérange pas de te séparer de quelques guitares ?

Dan: Non, c’est sympa de pouvoir donner quelque chose en retour. Les gens veulent ces choses ! Des guitares, des pédales, plein de choses signées. Les fans veulent des trucs signés… Ils veulent des choses spéciales qui viennent de nous ! Voilà un exemple, souvent on rencontre les fans après les concerts, on sort, ils sont dehors, ils ont froid, ils veulent rencontrer le groupes et faire des photos. Là, on les fait entrer, ils sont certains d’avoir quelque chose, ils sont contents de payer pour avoir des tickets pour rencontrer le groupe et au moins, ils ne tombent pas malades (rires). Et nous non-plus… c’est ça le plus important au final (rires)!

C’est votre deuxième album depuis que vous êtes de nouveau ensemble. Est-ce qu’on peut dire que The Darkness va mieux et repart sur des bases plus solides ?

Dan: À 100%. La promotion pour le dernier album était un peu ennuyeuse, parce qu’il fallait parler de plein d’autres choses mais pas de l’album, et l’album était O.K, mais ce n’était pas notre meilleur. Alors que ce nouvel album est certainement un de nos meilleurs. On va plus de l’avant maintenant, c’est bien de pouvoir passer un peu outre cet album qui marque notre retour, et recommencer à faire des albums sans ce soucier de cette question.

Vous allez partir en tournée après la sortie de Last of Our Kind ?

Dan: Oui, on va faire des festivals cet été. Parce qu’on ne peut pas trop faire de tournée pendant la période des festivals, les gens dépensent leur argent là-dedans et du coup c’est compliqué à organiser. De septembre à décembre je pense qu’on va faire Australie, Japon, Amérique du Sud, Amérique, et après on viendra en Europe faire une très grosse tournée, qui finira en décembre à Londres.

Nos lecteurs sont impatients de découvrir Last of Our Kind, as-tu un dernier message pour eux ?

Dan: Oui. Achetez tout l’album, et pas juste la chanson que vous aimez. Sinon les groupes vont arrêter de faire des albums. Ça paraît simple, non ? Même les gens qui ont d’énormes collections de vinyles, qui sont fans de rock, souvent ils n’achètent plus qu’un morceau. Je ne sais pas pourquoi… Pourquoi est-ce qu’ils n’achètent pas tout l’album ? Certainement parce qu’ils ne sont pas obligés. Alors qu’écouter tout un album c’est vraiment important, mais bon, les gens ne le font plus… Enfin, c’est certainement parce que la plupart des albums sont pourris de nos jours.

 



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