Septic Flesh – The Great Mass

SEPTICFLESH a une longue histoire derrière lui, et déjà un split à son actif. Ou presque. Sa première partie de carrière avait vu le combo grec accéder à la reconnaissance avec l'excellent Revolution DNA, ouvertement mélodique, qui le voyait dissocier les éléments constitutifs de sa personnalité (les aspects classiques et sombres devaient alors être réservés à CHAOSTAR, un nouveau projet). C'était avant d'opérer un virage à 180° pour sortir son opus le plus sombre et extrême jusqu'alors, Sumerian Daemons, toujours excellent, même si un peu surproduit. L'évolution était marquée et témoignait du mal qu'avait alors la formation à concilier ses différentes facettes.

Chris Antoniou, guitariste, est issu du conservatoire et symbolise l'affinité du groupe avec la musique classique. Sotiris, l'autre gratteux, est lui plus versé dans le heavy metal traditionnel et mélodique à la IRON MAIDEN (il était le maître d'oeuvre sur Revolution DNA), Spiros étant pour sa part plus attiré par les aspects les plus sombres de la musique. Après ce qui s'est avéré être une pause discographique de 5 ans, Communion avait prouvé à tous que la formation avait trouvé les réponses à ses questions. A la fois sombre, extrême et mélodique, tout en conservant ses influences classiques, le groupe avait trouvé son équilibre et apparaissait au sommet de son art. On se demandait donc logiquement quelle serait la prochaine étape ; qui allait allait s'avérer être l'orchestre philarmonique de Prague.

Enregistrer avec un orchestre en metal, la belle affaire ! A croire que c'est devenu une mode. Pourtant, rares sont les musiciens à réellement maîtriser l'écriture classique et à réussir à pleinement intégrer l'orchestre (ou tout du moins des parties orchestrales dignes de ce nom) dans ses compositions sans que cela sonne naïf. Comme la quasi totalité des groupes de Speed soi-disant "symphoniques", même si BLIND GUARDIAN s'en est plutôt bien sorti sur son dernier album, et à part bien sûr ceux qui comme RHAPSODY OF FIRE ne revendiquent pas cette étiquette (d'où le terme "Hollywood Metal" qui précise leur approche davantage tournée vers les bandes originales que la musique symphonique).

Dans le métal extrême, à part EMPEROR et DIMMU BORGIR, ils ne sont finalement pas légion non plus. Compte tenu du savoir faire des grecs en la matière et des prouesses de Chris avec son projet CHAOSTAR (à réserver aux plus curieux d'entre vous), on pouvait se douter que le résultat ne décevrait pas. Mais de là à imaginer un résultat aussi massif, il y avait un pas... que Spiros et ses copains ont franchi sans hésiter. C'est bien simple, cet album non seulement surpasse ses prédécesseurs de la tête et des épaules, mais il pourrait bien devenir le nouveau mètre étalon de la fusion entre Métal extrême et Classique.

Est-ce parce que Chris a d'abord composé des orchestrations à partir desquelles ses collègues ont composé leurs parties et ajouté leur grain de sel plutôt que d'habiller vulgairement des morceaux métal en rajoutant des orchestrations à la truelle ? Difficile à dire, mais le métal opératique des grecs atteint ici une présence, une force d'expression redoutable. A chaque morceau, ce sont tous les démons de l'antiquité qui vous tombent dessus ! Terriblement sombre, résolument extrême, et pourtant capable d'éclairs mélodiques emplis de désespoir ("A great Mass of Death" et ses voix féminines d'un autre monde), le tout réhaussé par la production impériale de Peter Tägtren, cet album impose le recueillement.

Les grecs ont atteint un sommet artistique. "Pyramid God", épique, "Five-Pointed Star", les mélancoliques "Oceans Of Grey" et "Apocalypse", "Rising", sur lequel on retrouve les mélodies de guitare imparables typiques de SEPTICFLESH depuis ses débuts (qui sont bien sûr habilement disséminées tout au long de l'album), l'ésotérique "The Undead keep Dreaming", "Mad Architect", parfois proche d'une bande originale qui permet à l'auditeur de voyager en plein temple babylonien, avant que "Theriantropy" ne conclue cet océan de noirceur magnifique sur une touche d'espoir.

Rarement groupe aura autant fait preuve d'abnégation, de courage et de réussite dans la quête de son expression artistique. Le résultat, à la croisée du black, du doom, de l'industriel, du symphonique avec des touches gothiques, laisse pantois. On était habitués depuis déjà plusieurs albums à se prendre des claques dès que SEPTICFLESH sortait de l'ombre. Mais depuis leur retour, ils sont sur un nuage, et on prie pour que ça ne s'arrête pas. Accourez en masse au temple, fidèles, la messe est dite, l'apocalypse est arrivé, suivez-nous vers un nouvel âge d'or ! Oubliez le monde dans lequel vous vivez, ouvrez votre esprit et vous atteindrez l'absolu ! Bordel mais qu'est-ce que je raconte moi ?

Ma note : 9/10

Sortie le 18 avril chez Season of Mist

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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