Tomi Joutsen, chanteur du groupe Amorphis

The Beginning of Times, 10ème album studio des metalleux (ou rockeurs mélancoliques) finlandais d’Amorphis, sortira dans un mois environ. Saura-t-il surpasser le brillantissime Skyforger élu ici-même album de l’année 2009 ? Ceci n’est pas (encore) la question… Laissons-donc le chanteur du groupe, Tomi Joutsen, nous parler de cet opus, dans une entrevue réalisée la semaine dernière.

Ju de Melon : Bonjour Tomi et merci de nous accorder cette entrevue. Question traditionnelle, comment te sens-tu environ un mois avant la sortie de cet album ? Attente sereine ?

Tomi Joutsen : On a de longues journées en ce moment (rires), avec pas mal d’entrevues, mais j’ai parlé à pas mal de gens intéressants et intéressés donc ça ne me dérange pas. En ce qui concerne cette attente, je ne la vis pas mal, je suis satisfait de ce qui a été fait ! Ce fut long à mettre en place, mais l’album est vraiment bon. Les premières réactions des journalistes sont très positives, beaucoup de gens l’ont trouvé assez complexe mais ne l’ont pas moins adoré…

Tomi Joutsen

Ju de Melon : Parlons directement du concept, puisque l’album parle de Väinämöinen, un des personnages du Kalevala (un poème épique finlandais traditionnel)… pourquoi ce choix en particulier et était-il prévu depuis longtemps ?

Tomi Joutsen : Väinämöinen est le personnage principal du Kalevala, les paroles de cette histoire ont d’ailleurs été écrites par le même gars qui a écrit les textes de Skyforger et Silent Waters. C’était donc son idée de se concentrer sur ce personnage en particulier, quelqu’un de puissant et de central dans l’histoire… Et nous nous sentions enfin prêts à raconter sa vie ! Avant c’était plus difficile, nous avions peur d’avoir à aborder son histoire avec trop de clichés, mais Pekka nous a aidé ici à trouver une approche plus humaine de ce héros et ainsi d’en tirer ses émotions personnelles.

Ju de Melon : Pekka Kainulainen s’est donc une nouvelle fois chargé des paroles… a-t-il vraiment tout écrit ou tout simplement donné un coup de main au groupe pour une meilleure transposition ?

Tomi Joutsen : Il a tout écrit, il est venu avec ses idées. C’est un gars qui connait cette histoire sur le bout des doigts, il sait écrire de très belles paroles pour la transposer plus « simplement » disons alors nous lui avons une nouvelle fois laissé quasi carte blanche.

Ju de Melon : Pourquoi ne pas choisir d’écrire des paroles en finnois sur un tel album concept afin de raconter au mieux ce poème épique finlandais ? Pour mieux le présenter et faire passer le message au monde entier ?

Tomi Joutsen : Ce n’est pas évident. Il y a pas mal de groupes ici qui écrivent en finnois, certaines s’en sortent d’ailleurs très bien… mais d’autres moins selon moi (rires) ! C’est amusant et intéressant de constater qu’il y a plus de 10 ans pratiquement aucun groupe ne faisait de chanson en finnois, et maintenant il y en a de plus en plus… une scène locale se développe avec cette particularité. Personnellement je pense que l’anglais sonne mieux pour la musique que nous faisons, même si Pekka écrit en finnois à la base ! Après, nous travaillons ensemble pour traduire et transposer, ça nous prend pas mal de temps mais je pense que ça vaut le coup.

Ju de Melon : Est-ce que le Kalevala joue ou a joué un rôle important dans ta vie d’homme ou d’artiste ?

Tomi Joutsen : Pour te dire la vérité, pas tant que ça. Bien sûr, à l’école nous avons lu et étudié le livre, nous connaissons donc tous plus ou moins ses personnages principaux et son histoire. Or je ne suis pas un spécialiste, je pourrais te le résumer mais je serais incapable de te répondre sur certaines questions pointues (rires). C’est un peu le cas pour chacun d’entre nous, d’où le choix de Pekka pour les paroles ! Cependant, sur le plan spirituel, ce poème est très inspirant pour notre musique et certaines mélodies, il se rapporte parfaitement à nos atmosphères…

Ju de Melon : Trouver un titre à un album n’est pas forcément chose évidente, est-ce que ce The Beginning of Times est venu facilement ou avez-vous hésité longuement ?

Tomi Joutsen : Il a été en effet ici très difficile de trouver le bon titre à cet album, nous voulions qu’il y ait un rapport avec la création du monde car quelques chansons traitent de ce sujet sur l’opus. Au final nous avons je pense réussi à trouver un titre génial et assez simple, mais ce ne fut pas une formalité.

Ju de Melon : Parlons du processus plus musical… Cet album est peut-être le plus progressif et complexe du groupe, a-t-il demandé une composition plus minutieuse ?

Tomi Joutsen : En un sens, nous avons de la chance dans Amorphis car nous sommes facilement 3 ou 4 à être capables d’écrire et de composer des chansons. C’est pour cette raison je pense par exemple que nous pouvons sortir des albums aussi fréquemment. Evidemment, il y a toujours des discussions, il y a quelques petits débats houleux concernant certaines structures de morceaux proposés ou sur le nombre de couplets, etc… Mais au final nous arrivons toujours à un compromis démocratique entre nous. Ainsi, il est assez simple pour nous de composer un album, nous restons tous très motivés et nous sommes tous très détendus à l’idée de proposer des titres ou d’écouter ceux de nos camarades.

Tomi Joutsen

Ju de Melon : Est-ce que chaque membre a apporté son idée précise musicalement ou bien quelques morceaux ont été composés à plusieurs ? Sur Skyforger chaque morceau était l’oeuvre d’un seul membre par exemple…

Tomi Joutsen : Nous avons gardé cette façon d’écrire pour le nouvel album. Chacun a son idée et fait sa petite démo à la maison, ensuite on se réunit et on voit ce qui est bien ou pas. Donc chaque chanson a son auteur, ensuite on discute ensemble pour les arrangements ou quelques changements à apporter. Je pense qu’il est mieux de fonctionner ainsi quand nous sommes plusieurs à écrire dans un groupe.

Ju de Melon : As-tu d’ailleurs composé des chansons sur cet album ? Sur le précédent tu avais écrit « From Earth I Rose » par exemple.

Tomi Joutsen : J’avais quelques idées mais… au final je crois qu’elles n’étaient pas si bonnes que ça (rires) ! Il n’y a donc aucune de mes chansons sur cet album. Ce n’est pas facile de composer, dès fois j’y arrive mais pas toujours, ici mes collègues ont eu de meilleurs idées de toute façon. Et franchement je suis satisfait par ce qu’ils ont fait.

Ju de Melon : Le choix du single s’est-il portée d’emblée sur « You I Need » ou y a-t-il et quelques hésitations sur ce point ?

Tomi Joutsen : Nous avons décidé ensemble et d’un commun accord. C’est clairement la chanson la plus simple et accrocheuse du CD, elle fait un bon résumé de ce qui va se passer dans l’album tout en gardant pas mal de mystères sur son contenu. Puis c’est avant tout un bon morceau radio par exemple, il faut penser à cela quand tu dois choisir un single. Nous allons aussi tourner le vidéo clip de cette chanson fin avril, ce sera en Allemagne.

Ju de Melon : Apprécies-tu de tourner dans un clip ? Car pas mal d’artistes n’aiment pas trop ça…

Tomi Joutsen : En fait… ça dépend. Parfois c’est très long, on passe plus son temps à attendre qu’à vraiment tourner. D’autres fois c’est plus fun, on prend cela comme on jeu et tout va donc plus vite. Apparemment là nous allons tourner dans une forêt, ce qui constitue un peu mon élément de prédilection, donc ça devrait aller…

Ju de Melon : Une chanson sonne très folk sur cet album, le morceau « Song of the Sage »… sorte de Jethro Tull dark metal, partages-tu mon analyse ?

Tomi Joutsen : Je ne sais pas trop mais la référence est intéressante. Je pense qu’il s’agit clairement du morceau qui a les plus forts accents folk sur cet album. Quand nous avons enregistré le chant, il était très difficile d’aboutir au résultat final que tu entends là, cela a demandé pas mal de travail. On a fini par trouver le meilleur son et la meilleure tonalité afin de donner à cette chanson une touche épique collant parfaitement à l’histoire. Au final « Song of the Sage » correspondrait presque à la bande son d’un film… Clairement la plus compliquée à enregistrer, mais elle représente l’essence même de notre album.

Ju de Melon : Une chanteuse invitée apparait sur plusieurs morceaux dont le très ennivrant « Mermaid »… Pourquoi ce choix et qui tient ce rôle ?

Tomi Joutsen : Il faut savoir que cette fille est la petite amie du propriétaire de notre studio, là où nous avons enregistré les instruments. C’était une idée collégiale, nous voulions rajouter quelques touches de chant féminin car notre musique au final commençait un peu à être trop « masculine », surtout sur cet album. D’autant plus avec la présence plus assidue de growls. Elle a vraiment beaucoup de talent, une belle voix… Je crois qu’elle voudra d’ailleurs jouer avec nous sur quelques dates, ce sera intéressant ! Elle n’est pas dans un autre groupe sinon, elle chante plus en solo et commence à avoir une certaine popularité en Finlande.

Ju de Melon : « Crack in a Stone » a une intro qui rappelle un peu des influences à la Draconian Times de Paradise Lost, est-ce un album qui a joué un rôle important dans la vie du groupe ou dans ton approche musicale personnelle ?

Tomi Joutsen : Je connais bien ce groupe, ils ont marqué l’histoire du metal et pas seulement avec cet album. Mais je ne me sens pas personnellement plus ou moins influencé par eux pour être honnête (rires). Notre musique, y compris ma voix, est parfois en effet très mélancolique, on peut donc nous rapprocher de ce groupe. Mais nous sommes finlandais, il y a beaucoup d’obscurité dans notre pays notamment l’hiver, cela nous influence forcément dans notre atmosphère musicale… Pour en revenir à ce titre, il est assez complexe tout en restant accrocheur, un vrai défi.

Ju de Melon : On t’entend presque en mode « black metal » sur la fin de cette chanson…

Tomi Joutsen : Pour moi c’est plus une sorte de death modifié mais c’est vrai qu’on en est pas loin, j’y mets toutes mes tripes sur ce passage ! (rires)

Tomi Joutsen

Ju de Melon : Plus généralement, on sent que chaque instrument sur cet album a son rôle bien précis et renforce le côté « dark progressive metal » du groupe en le portant à un autre niveau… Es-tu d’accord pour dire que The Beginning of Times va au-delà de la trilogie EclipseSilent WatersSkyforger, démarrant ainsi une sorte de nouvelle ère ?

Tomi Joutsen : Disons que ce n’est pas forcément notre but. Pour nous ce n’est pas obligatoirement un pas majeur en avant, mais pas mal de chroniques le soulignent… Evidemment il y a de nouvelles atmosphères, des éléments ajoutés, et cela fait plaisir de lire tout ça car cela prouve qu’on a su évoluer en tant que groupe, et que j’ai pu parfaitement m’y adapter en tant que chanteur. Donc personnellement je prends cela comme un compliment.

Ju de Melon : Un mot sur le chant, on ne pouvait évidemment pas l’occulter… Ta voix semble avoir gagné en profondeur notamment sur les parties extrêmes, as-tu tenté quelques nouvelles approches et quelques challenges personnels sur cet opus en travaillant (une nouvelle fois) avec Marco Hietala (Nightwish, Tarot) ?

Tomi Joutsen : Marco et moi commençons à bien nous connaître désormais, nous sommes devenus amis. Il connait parfaitement mes capacités et mes limites. Marco est avant tout un excellent chanteur qui connait bien son « métier », il est aussi parfaitement bilingue et m’aide donc au maximum sur la prononciation des mots en anglais. Les parties chantées nous ont pris 15 jours d’enregistrement au home studio de Marco, c’était vraiment sympa même si chaque jour fut différent. Chaque matin, nous nous donnions comme objectif de travailler une chanson par jour, mais on ne savait pas forcément ce qui allait se passer dans la journée. Parfois nous avons eu quelques idées nouvelles en cours de route et donc nous n’arrivions pas forcément au résultat final espéré au départ.

Ju de Melon : En tout cas tu as l’air au meilleur de ta forme sur cet album…

Tomi Joutsen : Merci beaucoup ! Je pense que c’est dû au fait que je ne m’étais jamais senti aussi détendu lors d’un enregistrement… C’était très intense niveau travail, mais je n’ai jamais ressenti de pression, Marco est quelqu’un digne de confiance à ce niveau-là. Il sait parfaitement te mettre à l’aise.

Ju de Melon : Est-ce que réengistrer d’anciennes chansons du groupe dans la compilation Magic & Mayhem t’a aidé niveau chant sur et album ?

Tomi Joutsen : Pas forcément, disons que l’enregistrement de cette compilation s’est avéré très simple pour moi, je connaissais parfaitement chaque morceau pour les avoir déjà interprétés plus d’une fois en live avec le groupe. J’étais encore plus détendu que je ne l’étais pour The Beginning of Times en fait (rires), mais bon c’est plus facile quand tu n’as pas à mémoriser et répéter de nouvelles chansons avant de les enregistrer en studio…

Ju de Melon : Globalement, comment entraînes-tu ta voix au quotidien ?

Tomi Joutsen : Je ne l’entraîne pas suffisamment je pense, je sais que je devrais (rires)… Mais bon, dès que j’ai du temps de libre, j’aime rester tranquille avec mes enfants. Du coup je n’ai pas trop le temps de prendre des cours ou autre, je sais que je devrais en trouver mais bon… Peut-être que je suis un peu trop paresseux (rires) ! Je sais qu’en tournée il m’arrive souvent d’avoir quelques soucis avec ma voix, il serait peut-être donc sage que je m’y mette un peu… (rires)

Ju de Melon : Des plans sur la prochaine tournée ? On espère vous revoir vite en France…

Tomi Joutsen : On va jouer quelques shows dans les festival d’été dont le Metalfest, ensuite nous enchaînerons sur quelques concerts en Finlande. Je pense que nous débuterons la tournée européenne à l’automne, et j’espère que la France fera partie des pays visités.

Ju de Melon : Question amusante, on te voit poser avec un t-shirt de Ghost sur la nouvelle photo promo. Serais-tu un des membres masqués de ce groupe ou en connaîtrais-tu personnellement ? (rires)

Tomi Joutsen : Non je ne les connais pas (rires), je les ai vus en concert il y a deux mois environ et c’était vraiment sympa. J’aime beaucoup leur album, mais je ne sais pas qui se cache derrière ! (rires)

Amorphis 2011

Ju de Melon : Quelle musique écoutes-tu le plus en ce moment ? Artises, groupes, albums…

Tomi Joutsen : Je suis dans une période metal, j’en écoute beaucoup en ce moment même si d’habitude j’essaye d’être le plus éclectique possible. Il m’arrive par exemple d’écouter PJ Harvey ou Nick Cave assez souvent. En ce moment, j’écoute pas mal de groupes metal tels que Graveyard, Rotten Sound, Ghost aussi évidemment, Winterwolf, Black Breath, Vomitory… Bref pas mal d’extrême. Il y a deux jours j’ai vu Obituary et Grave en concert ici en Finlande, c’était excellent. Je suis vraiment à fond metal en ce moment ! (rires)

Ju de Melon : Dernière question au sujet de l’industrie du disque qui connait de plus en plus de difficulté…

Tomi Joutsen : Forcément cela m’inquiète un peu car je vis de la musique, on vend des CD et fait des shows pour le fun mais c’est aussi notre gagne pain, il ne faut pas le nier. Cependant, je ne m’en fais pas plus que ça, et au final cela ne m’affecte pas vraiment car la seule chose qui importe pour moi c’est de passer du temps avec ma famille et mes enfants. Je ne veux pas devenir riche, je veux juste continuer à jouer du metal et à passer du temps avec les gens que j’aime. Puis rencontrer des nouveaux gens aussi ! Tout cela me suffit.

Ju de Melon : Merci bien pour toutes ces précisions, quelques derniers mots à ajouter ?

Tomi Joutsen : Je souhaite avant tout que l’été arrive vite (rires) ! L’hiver a été très long et très sombre ici, cela commence à être pesant… Les beaux jours arrivent, heureusement. Bien sûr j’aime l’hiver, mais bon quand ça dure trop longtemps cela devient un peu déprimant… Bref ! En tout cas merci à toi et à bientôt.

La chaleur finlandaise, sobre et passionnée, n’est donc pas une légende. Il est évident que nous sommes ici loin de l’excentricité démesurée de certains, mais l’efficacité est là… à l’image du nouvel opus du groupe, prévu pour le 27 mai prochain chez Nuclear Blast.

Amorphis sur La Grosse Radio



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