Arcturus – Arcturian

Re-révolution ?


Voici, après 10 ans sans nouveau contact musical microsillonné (NdA : le mot n’existe pas), le retour d’un monolithe métallique aussi mystérieux que celui présent dans 2001 érigé par d’étranges êtres sur une étoile lointaine que l’on croyait morte : Arcturus.”¨

Les mystères de l’univers font que les étoiles réapparaissent sans vraiment prévenir, maintenant reste à savoir quel est son éclat après tant de temps sans émettre de nouvelles ondes ?”¨”¨”¨”¨

 


Cette chronique ne peut échapper à la comparaison avec une autre pièce du groupe, un omni (objet musical non identifié), apparu sur terre le 27 octobre de l’an de grâce 1997, il s’agit bien sûr de La Masquerade Infernale. C’est inévitable lorsque l’on pose les bases d’un style totalement neuf ou que l’on sort un album unique, au genre si déroutant et aux sonorités presque inconnues jusque-là. Voyons ce qu’il en est de ce Arcturian récemment débarqué sur notre belle planète bleue, est-il de cet acabit ?”¨”¨

Soyons clairs dès le début, cette nouvelle mouture n’est pas une révolution puisque celle-ci a eu lieu il y a 18 ans avec le mètre étalon susnommé : La Masquerade Infernale. Il était donc difficile de surpasser une telle pierre angulaire qui en avait déboussolé bon nombre mais extasié tant d’autres en le rendant culte et intemporel presque immédiatement. Pourtant cela ne veut pas dire qu’Arcturian n’est pas intéressant ou surprenant bien au contraire. La preuve dès le début du premier acte « Arcturian Sign », dont on ressent l’atmosphère unique que savent si bien matérialiser nos Norvégiens avec la nette sensation que l’on va faire un beau voyage. Etonnemment sur « Crashland » on s’évade en orient grâce à la voix aux accents arabisants de Vortex, soutenue par un violon lui aussi empreint de soleil. Une touche du plus bel effet renforcée par un riff lourd et des passages de voix plus planants pour aérer l’ensemble du morceau. Un côté aérien aussi présent sur le très beau « The Journey » qui vient placer une pause presque atmosphérique dans l’album avec une sorte de trip spatial à base de violon, d’arpèges et d’une superbe voix aérienne et vaporeuse, qui donne encore un aperçu de l’immense talent du sieur Simen « ICS Vortex » Hestnaes. Il confirme, s’il en était encore besoin, qu’il est un très grand chanteur. c’est comme un aède aux variations multiples pleinement exploitées sur ce Arcturian en particulier. Mais, car il y a un mais, à l’exception qui confirme la règle « Demon ». Un morceau assez dispensable plus dans l’esprit d’un Slideshow Symphonies cassant un peu l’entrain du début et qui n’est pas aidé par le chant de Vortex qui, pour une fois, est assez peu travaillé sur ce qui est le titre le plus faible de ce disque.”¨”¨
 


Ce cinquième opus s’apprécie au fur et à mesure des écoutes et prend de l’ampleur à chacune d’elles en particulier cette première partie franchement exaltante formée par les cinq premières compositions. Une première partie pleine d’invention avec ses mélanges de sons s’amalgamant avec simplicité et fluidité malgré leur si grande diversité. « Angst » en est indiscutablement le point d’orgue, morceau le plus jouissif de l’album, d’une violence extrême, hystérique, faisant penser dans sa construction au « Alone » de LMI. Les blasts du maître Hellhammer y sont titanesques et rapides comme l’éclair. Il semble s’être donné à fond sur sa caisse claire qui claque en s’embarquant dans une course de vitesse démente. Des nappes de violon et le chant ultra furieux de Vortex accompagnent l’ensemble dans cette grandiloquente folie. Une perle qui vaut presque à elle seule l’achat de l’album.”¨”¨

« Archer » est un titre plus riche qu’il n’y parait possédant un final très intéressant avec ses claviers et ses blasts bien trouvés même si on peut lui reprocher un manque de folie pour atteindre excellence. Dommage car il en avait le potentiel. On lui préfère la version présente sur le CD bonus Rearcturianized, qui est mixée, arrangée et chantée par Mr Marcus « Empyrium » Stock en personne ! Sa version est plus avant-gardiste voir spatiale avec une tonalité presque martiale et un son de guitare plus brut. Un piano est subtilement de la partie ainsi que des petites sonorités dans le style film de science-fiction et que l’on croiraient sorties du Mars Attack! de Tim Burton.”¨”¨
 


Arcturian se referme sur « Bane » dernier acte commençant en douceur avec quelques sonorités électroniques grésillantes enchainant sur un gros riff couplé avec une batterie solide pour faire place, d’un coup, à des violons et une voix que l’on croirait échappés d’un cirque de monstres à la manière de ce qu’était « The Chaos Path » sur LMI. Une belle réussite pour clore cette nouvelle oeuvre théâtralo-spatiale.”¨”¨

Nous avons affaire à une musique de haut niveau, n’exigeant pas un niveau black +12 (expression de notre ami Lionel/Born 666), mais demandant un peu d’effort car tellement plus riche et fine que n’ont pas la plupart des sorties métal en général. Il faut donc savoir que l’on peut être bousculé lorsqu’on s’aventure dans l’avant-garde, par contre les surprises et les révélations peuvent être au-delà de notre imagination ! C’est ce que l’on retrouve dans des formations comme Arcturus et consorts (ils sont assez peu).”¨”¨”¨

Les références ou plutôt les similitudes dans l’écriture, la structure des morceaux et même certains passages et sons si particuliers à La Masquerade sont présents sans pour autant tomber dans l’auto-plagiat. Ici pas de tentative de faire une nouvelle galette avec de vieux ingrédients ayant bien marché par le passé, il s’agirait plus d’une suite directe de LMI 18 ans plus tard. C’est d’ailleurs cela que l’on retrouve dans l’ambiance parfois théâtrale de « Bane » par exemple et même jusque dans la magnifique pochette avec ce masque dessiné par l’excellent Costin Chioreanu (Paradise Lost, Grave, Vulture Industries, Falkenbach) évoquant presque celui d’un fou du roi du temps jadis. L’intérieur du superbe artbook (spécialité Prophecy Records) fait penser au programme d’une pièce de théâtre, le concept est poussé jusque dans les moindres détails ce qui est fort plaisant pour l’heureux acquéreur qui ne se sent pas pigeonné par un pur produit marketing et bas de gamme.
 

Complete box set 2CD hardcover book, gatefold vinyl, bonus LP remixes, poster and certificat


”¨”¨L’édition artbook comprend donc un second disque déjà évoqué plus haut : Rearcturianized. Il propose des réarrangements de la plupart des titres d’Arcturian, un exercice déjà réalisé en 1999 avec Disguised Masters quelques temps après la sortie de, vous avez deviné, La Masquerade Infernale. Une expérience qui, à l’époque, fût un peu mitigée. Cette fois-ci l’essai est plus concluant avec, par exemple la reprise de « Warp » par Encephalon très technoïde dans les beats et la voix avec des sonorités que l’ont croiraient sorties des meilleures musiques de jeux Amiga comme Alien Breed, Turrican 2 ou Battle Squadron. C’est assez surprenant, mais totalement réussi et, plaisir ultime, ravira les nostalgiques de la meilleure machine du monde, un choix stylistique que n’aurait pas renié les français de Pryapisme. Un CD apportant une lecture et un point de vue différent des pièces originales avec des re-mixeurs visiblement très inspirés. Outre les versions déjà évoquées, la plupart sont de grandes qualités comme par exemple le « Angst » de Fractured ou l’étonnant « Pale (Necro Deathmort) » de AJ Cookson et Matthew Rozeik.”¨”¨
 


Pour conclure, Arcturian peut très légitimement avoir le même effet qu’avait provoqué La Masquerade Infernale à sa sortie sur des auditeurs découvrant le groupe maintenant. Pour ceux qui connaissaient déjà leur carrière, et surtout les fans, la surprise n’est plus de mise mais renoue presque nostalgiquement à cet album hors convention et hors du temps créé par des génies visionnaires il y a presque 20 ans de cela. Encore un Arcturus à posséder sans hésiter comme tous les autres car ce retour est fait avec sincérité et grande classe. Arcturus est une étoile à des années lumières au niveau créatif de si nombreux groupes qui restent dans leurs styles bien confortables pour ne pas froisser le métalleux trop sectaire pour supporter le moindre écart. Des groupes sans un grain de génie comparé à ces troubadours qui sont parmi les seuls (on va éviter la liste subjective ou alors sur demande écrite uniquement) à vraiment pouvoir porter le qualificatif d’avant-gardistes. Prenez le temps de le savourer, de l’évaluer à votre juste valeur, petit à petit, car il mérite l’acuité toute particulière que l’on apporte aux œuvres créés par des artistes avec un grand A ! Très bonne écoute à tous.

Note :

8/10 pour l’édition simple

9/10 pour l’édition artbook 2 CD

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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