NeraNature – Foresting Wounds

Avoir son projet solo, c'est quand même quelque chose de formidable. On se démarque un peu de son groupe pour voler de ses propres ailes, on compose au gré de ses envies, seul maître à bord d'une esquif où l'on embarque en solitaire pour une croisière en parallèle. On donne vie à ses désirs, on accouche de son propre bébé, plus besoin de compères autour pour partager la vedette. C'est ce qui fait toute la joie du projet solo et c'est bien sûr des raisons qui poussent beaucoup d'artistes dans le monde très peuplé du metal à faire de même. Par exemple, en prenant juste comme ça, on peut trouver Rob Halford, Liv Kristine, Vince Neil, Sarah Jezebel Deva, Bruce Dickinson, Kerstin Bischof, et encore des tonnes. Un beau panel donc, des artistes plus ou moins réputés, il y a de quoi se réjouir et se délecter.

Mais dans cette liste, il manque une jeune chanteuse originaire de Pologne. La belle Agnieszka Górecka, plus connue dans l'univers metal sous le nom de Nera (officiant dans le combo de black metal symphonique Darzamat) se jette à l'eau, et accouche d'une première livraison au nom plutôt évocateur, avec un projet baptisé pour l'occasion NeraNature. Foresting Wounds a donc vu le jour le 9 Mai 2011 sur le label Metal Mind Productions, et il est à se demander : comment est-il, cet album ?

Ici, pas question de violence, de grunts puissants comme on peut en trouver dans sa formation d'origine. Non, là, tout est calme, douceur et volupté, le tout étant bien sûr guidé par la voix chaude, sensuelle, délicate de la belle polonaise qui nous invite dans son monde, en plein dans son intimité, qui livre ses émotions à vif. La navigation est bien souvent en eau douce, dans un registre plutôt rock, très atmosphérique, où l'instrumentation est plutôt présente pour soutenir les belles cordes vocales de la demoiselle. On entre dans des terres qui ne sont pas loin de celles de Blackfield, pour donner une idée, en un peu plus metal par les riffs cependant, mais avec la même dimension de rêve et de proximité. Nera a décidé d'être tantôt une confidente, tantôt une guide, et c'est avec joie que, les yeux fermés, la plongée s'amorce. Parfois nous sommes bercés, parfois brusqués, mais rarement déçus des contrées que l'on explore, toujours en tenant la main de la ravissante polonaise. Dans le noir complet, on se guide à la voix, et lorsqu'une éclaircie approche, l'émotion devient vive, encore plus prenante, poignante, des mots qui conviennent parfaitement pour décrire cette galette tant les sensations sont à vif, deviennent le maître mot de la chanteuse. Et l'enchantement est aussi quelque chose de constamment présent, car il faut bien reconnaître qu'elle nous amène dans un vrai conte de fée. Mais pas retravaillé pour enfants, plutôt l'histoire originelle, celle qui est souvent tragique, et amène à la fois émerveillement et crainte, même si le premier aspect est nettement plus marqué que le second, en retrait.

Émotion, s'il fallait ne laisser qu'un mot pour décrire tout l'ensemble, alors c'est celui-ci qui viendrait en premier. Les pistes elles-mêmes sont basées autour de cette structure, pour nous éveiller à de doux sentiments. Le fait que le chant soit mis au centre peut parfois jouer des tours à la musique, car si, en grande partie, les instruments se révèlent un soutien indéfectible au bel organe féminin, qui transcende par sa beauté et sa simplicité, ils peuvent de temps à autre avoir un rôle un peu gênant de faire-valoir, et c'est dans ces moments-là que la musique de NeraNature est la moins efficace. Et quand le ton se fait plus metal, alors là, il est intéressant de remarquer que la réussite est tout aussi grande que dans les passages plus en douceur, en accalmie. Les gros riffs présents par endroits sur quelques pistes tranchent avec le reste de l'offrande, évitant de ce fait une certaine monotonie qui aurait pu s'installer si l'idée n'avait pas germée dans l'idée de notre chanteuse de l'Est. Et inversement, les morceaux plus légers sont un bon compromis entre puissance et fébrilité, de quoi toucher également un public beaucoup plus large, avec cette palette si étendue, laissant ainsi à l'auditeur le choix de l'écoute, selon son humeur du jour, s'il veut la tempête ou la marée basse, et quelques pistes sont tellement en douceur qu'elles pourraient même être un bon moyen d'initier quelques réticents à l'univers du metal. Après tout, comment résister à un timbre chaud et féminin comme celui de la belle ? A moins d'être allergique aux voix féminines, ce sera difficile.

La voix de Nera, c'est l'atout majeur de ce brûlot, ce qui permet à la musique d'atteindre des dimensions uniques, de rejoindre des sommets, d'être au plus profond des ambiances déployées ça et là. Son timbre est chaud, grave, avec quelque chose de sensuel et de froid à la fois, une « beauté froide » comme on pourrait l'appeler. Son interprétation regorge de sobriété, ce qui octroie à la polonaise un charme supplémentaire et non négligeable. Jamais elle n'en fait des caisses, restant toujours dans son registre, dans les notes qu'elle connaît et maîtrise, n'hésitant pas à varier, à jouer de sa voix, avec quelques effets également, entre doublages et échos. Proche d'une Cristina Scabbia, elle possède vraiment ce petit truc qui fait toute la différence, et impose donc la frontwoman comme une chanteuse majeure dans le metal. Espérons donc que cet album lui donnera quelques lettres de noblesse. Et la production limpide et impeccable apporte un petit plus dans la magie qui se dégage.

Les morceaux, eux, sont d'une qualité plutôt homogène, et il n'est nul besoin de s'épiloguer des heures à leur sujet pour en connaître la qualité, même si, néanmoins, on peut en trouver des plus marquants que d'autres. Les metal « Broken » et « Disappointed » sont des titres qui ont de quoi contenter les amateurs de guitares en avant, où la voix de la vocaliste de Darzamat fait mouche directement, notamment sur le second cité, bourré d'émotions et de sensibilité, les paroles collant également à ce thème de la douleur que l'on retrouve sur l'opus. « Shattered » est un excellent apéritif, qui amène dans l'ambiance de manière très agréable et permet de baliser le terrain, de faire connaissance avec la voix, et avec les subtilités de NeraNature. La reprise du groupe Garbage, « The World is Not Enough », est agréable, revisitée à la sauce polonaise, pour un goût agréable en bouche. Dans le genre émotionnel et intime, le single « Precious Now » ou des morceaux comme « A Woman Soul » ou « Scar » sont touchants. Parfois plutôt penchant rock, mais pouvant aussi être totalement metal (notamment « Scar »), il y en aura pour tous les goûts. Bon, s'il fallait déplorer un manque de qualité sur une piste ou une autre, « Before » et « Someone » sont un peu plus dispensables, la mayonnaise prenant nettement moins.

NeraNature frappe fort avec ce premier brûlot, possédant un charme certain, porté par le chant d'une talentueuse frontwoman. Foresting Wounds est une belle pièce dans le registre rock/metal atmosphérique, et même dans les sorties de l'année, et faisant même office, pour les fans du genre, et même pour les autres, d'un incontournable, d'une galette à ne pas rater sous peine de regrets. A moins que les voix féminines vous repoussent, voilà de quoi vous faire passer un moment dans le rêve, dans le songe, dans l'intimité de Nera. Mise en garde néanmoins sur les quelques pièces faisant penser à du remplissage, qui peuvent être évitées. En attendant, pour conclure sur une note positive : régalez-vous, et laissez vous emporter par la féérie.


 

Site officiel de NeraNature

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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