Devin Townsend à  la Maroquinerie (12.06.2010)

Après l'incendie de l'élysée-montmartre qui a chamboulé la programmation de concerts sur Paris, c'est finalement à la Maroquinerie que l'on retrouve Devin Townsend. Seul à l'affiche, absent de nos vertes contrées depuis plusieurs années, on peut comprendre que les promoteurs n'aient pas voulu prendre de risques et se contentent des 500 places disponibles ici. Cela étant, le choix du lieu ne sera pas sans incidence sur le résultat final. La salle est bondée et se transforme rapidement en étuve, fort heureusement notre canadien ne tarde pas à pointer le bout de son nez, déclenchant un tonnerre d'acclamations. Avec un public pareil, totalement acquis à sa cause et bien décidé à manifester bruyamment son enthousiasme, Devin pourrait faire pratiquement n'importe quoi (faut dire qu'à part avec Strapping Young Lad, en tête d'affiche ça doit bien faire 10 ans qu'on attend). Mais tant qu'à être là, autant faire un peu de musique.

Pour cela, pas besoin de grand chose : après avoir balancé un flot de conneries en tous genres comme s'il discutait avec des potes autour d'une binouze (l'incendie de l'élysée-montmartre, la longue absence, des excuses pour le retard du soir, le tout avec beaucoup d'humour), le voilà qui annonce que vu que les premières parties tout le monde s'en fout mais que c'est quand même mieux quand il y en a une, il s'en chargera lui-même. S'emparant de sa guitare acoustique, il nous envoie des versions magnifiques de "Coast" et "Terminal", issues de Ki, dans une ambiance attentive. Ce qui n'empêche pas le boute en train de continuer à balancer des vannes, notamment quand il se plante en oubliant quelques paroles, déclenchant l'hilarité d'un public totalement sous le charme. Il faut dire que Devin a l'air en grande forme. Très décontracté et capable de faire corps avec sa musique en un claquement de doigts, il poursuit sa démonstration tout en se faisant pédagogue ("normalement là y a un orchestre symphonique"). Moment d'émotion sur l'inévitable "Sister" du non moins inévitable Ocean Machine.

Setlist de l'apéritif acoustique :

- Coast
- Terminal
- Fall
- Solar Winds
- Sister
- Ih-Ah!

 



30 minutes et puis s'en va, pas de doutes, notre homme est ravi de se retrouver sur scène. Volontiers joueur quand des fans se manifestent, il répond régulièrement aux invectives amicales du public et finit par laisser la place aux techniciens pour les derniers réglages. Durant cet entracte, la voix de Ziltoïd envahit la sono : Ziltoïd FM dans la place, pour un mix de hits dance tous plus atroces les uns que les autres. N'étant pas un connaisseur, j'ai quand même reconnu Barbie Girl d'Aqua, c'est vous dire le niveau ! Deux avantages à ça : déjà, personne ne s'y attendait, et c'est l'hilarité générale. Ensuite, quand le groupe débarque finalement sur scène, on est ravis de passer à autre chose, en l'occurence les choses sérieuses.

"Supercrush!" et "Kingdom" constituent une entrée en matière efficace, l'occasion de constater que le son est très fort et franchement mauvais. Gros point noir de la soirée, car tout l'intérêt de la musique de Devin réside dans des détails mélodiques  qui donnent vie au mur de son érigé en amont. Si on n'a que le mur en question, forcément... Sans compter que la voix est noyée dans ce maelström sonore et que la batterie sonne comme un vulgaire assemblage de boîtes de conserves. La poisse !!! Niveau musicos, pas grand chose à redire, les guitaristes et bassiste, sans être des monstres de charisme, ont fait le boulot. De toutes façons, tous les yeux sont braqués sur le héros du soir, qui s'éclate comme un gosse, va au contact du public, affiche un large sourire du début à la fin, s'amuse à prendre des têtes de débile profond devant les photographes, quand il n'affiche pas une mine littéralement hallucinée.

Toujours très proche du public, n'hésitant jamais à lâcher des vannes ("ça sent la sueur de couilles par ici !") ou à faire des clins d'oeil dans tous les sens, Devin n'a jamais paru aussi à l'aise. C'est simple, il se rapproche désormais pas mal d'Angelo Moore (Fishbone), le roi des allumés en personne ! En moins énergique, mais il a une gratte. Deux morceaux issus de Deconstruction prennent le relais. Difficile d'être objectif avec un son pareil, mais on ne peut pas dire qu'ils auront marqué les esprits. Ceux qui s'attendaient à un retour du Devin super agressif en seront pour leurs frais, mais encore une fois il faudra attendre l'album pour s'en assurer. Fort heureusement, la suite est bien plus intéressante puisque la sublime "Deadhead" issue d'Accelerated Evolution jouit d'une légère amélioration du son (à moins que ce ne soit qu'une impression du fait que l'instrumentation du morceau est moins chargée ?) et met tout le monde d'accord. Histoire de battre le fer tant qu'il ets chaud, c'est ensuite Infinity qui est mis à l'honneur avec "Truth" et "Om", qui nous rappellent que le combo jouit d'une grosse puissance de feu dès lors qu'on entend ce qu'il se passe.



Après un petit détour par Ziltoïd the Omniscient, "Life", toujours aussi chaleureux et énergique, achève de débrider la fosse. Le temps d'un détour par Synchestra qui fait retomber la pression, "Bad Devil", véritable hymne à la folie ambiante, met le feu comme jamais. Il est déjà l'heure des rappels, l'occasion pour Devin de continuer son numéro en expliquant qu'ils vont faire semblant de partir, et que même si tout le monde sait qu'ils vont revenir, ce serait sympa de jouer le jeu. Et le groupe de revenir en jouant la surprise ("mais c'est exceptionnel, parce qu'on est sympas").Le temps de refaire un détour par Ziltoïd, décidément mis à l'honneur ce soir, via "Color your world" et "The Greys", il est temps de calmer tout le monde avec le splendide "Deep Peace", qui fait une fin de concert idéale. Un peu trop même, une fin de concert pareille ne reflète pas une seconde la folie du canadien, qui revient avec ses troupes, et commence à faire monter quelques personnes du public sur scène avec pour mission "d'avoir l'air plus idiots que moi en dansant", et accessoirement, de tenir le micro sur un "Bender" des familles. Alors que d'autres personnes s'invitent sur scène, c'est dans le plus joyeux bordel que ce concert s'achèvera, Devin restant longtemps sur scène à échanger quelques mots et serrer des mains dans tous les sens.

Un sentiment un peu mitigé donc, car si voir Devin aussi en forme, généreux et proche du public, radieux et décontracté, fait assurément plaisir, le son pourri (un peu mieux en deuxième partie de set), une setlist parfois discutable (plutôt qu'un extrait de Synchestra, un petit "bastard" d'Ocean Machine ?) et des lights indignes ont empêché la soirée d'atteindre les sommets d'émotion auxquels elle pouvait prétendre. Les histoires de setlist c'est du chipotage, mais croisons les doigts pour que lors de leur prochain passage (si possible dans moins de 10 ans ?), Devin et ses troupes puissent jouer dans une salle plus appropriée à leur statut et à leur musique qui nous permettra d'apprécier à sa juste valeur cet artiste hors normes, un des rares à mériter le qualificatif de génie.

Setlist:

- Supercrush!
- Kingdom
- Stand
- Juular
- Deadhead
- Truth/Om
- By Your Command
- Life
- Gaia
- Bad Devil

- Color Your World
- The Greys
- Deep Peace
- Bend It Like Bender!

 



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