Morbid Angel – Illud Divinum Insanus

Mort-bide?…

par Le Boucher Slave

Voici donc enfin ce Illud Divinum Insanus, dernier opus des Anges Morbides qui nous arrive 8 ans après le dernier –moins inspiré, convenons-en – Heretic, qui lui-même faisait suite au monument de lourdeur apocalyptique qu’était Gateways to Annihilation (2000). Le titre et la pochette de cette nouvelle offrande promettent du costaud, mais en parallèle le groupe lors d’interviews a promis lui des changements notables… On appuie sur ‘PLAY’ non sans une certaine appréhension donc, mais confiant quand même…

… Comment décrire au bout du compte le foutoir qu’est cet album ???? Bon, soyons juste, il y a de grands moments dessus. Du très bon, même. A l’instar du brutal « Blades for Baal » qu’aurait pu écrire un DEICIDE. Plus classique, « Existo Vulgoré » remplit quand même correctement son office, tout comme ce « Nevermore ». Pour le reste, on passe du coq à l’âne (on aurait préféré du coq au vin par chez nous…) et, ce à quoi le groupe ne nous avait jamais habitué auparavant, sans grande cohérence entre les morceaux, ni de transitions savamment ménagées pour faire passer le tout.

Après une instrumentale d’introduction qui aurait quand même mérité d’être bien plus travaillée (telle qu’on la retrouve -bien trop tard- en conclusion du morceau ‘Radikult’ par exemple…) et qui a juste le mérite d’annoncer la teneur plus synthétique et artificielle de l’album, déboule le bien mal-nommé « Too Extreme » (quoique pour le coup, si, ils y sont allés un peu trop fort… sur la ‘fumette’ aussi ??…) : ainsi, sur fond de voix ‘traficotées’, de beats techno-hardcore (vous avez bien lu…), de samples de bruitages ridicules, de sons complètement datés et d’effets genre ‘disque rayé’, M.A. prend le parti de se faire le prédicateur d’une « new religion »…. faut-il y voir là une tentative vaguement ‘mégalo’ d’établir de nouveaux standards?? Et bien c’est raté… 🙁

On touche réellement le fond du fond avec des « Destructos vs. the Earth / Attack » (déjà ce titre laissait présager du pire…) et la conclusion de ce disque « Profundis – Mea Culpa » (est-ce là un aveu, les mecs??…).
– Pour le premier, il s’agit d’une pathétique incursion dans de l’indus’ à la touche ‘martiale’, qui n’impressionnera pas grand monde tant tout cela a déjà été fait auparavant et en bien mieux. Et ce mélange foireux entre des couplets ressemblant à du sous-RAMMSTEIN -voire du LAIBACH- et une section ‘refrain’ digne d’un ‘Dance Machine’ d’il y a 20 ans ne donnera pas vraiment envie de s’y attarder davantage.
– Pour le deuxième, on retrouve cette obsession initiale d’insérer une ‘vibe’ techno-trance dans du death rageur, qui tombe à plat dans le ‘ni fait ni à faire’, tant le résultat ne ‘colle’ pas et sonne comme une juxtaposition malencontreuse de sons mal choisis (dignes d’un jeu Amiga des années 80…) avec une compo déjà quant à elle partiellement inachevée.

Alors, c’est vrai, on savait que l’esprit enfumé d’un Azagthoth sous acides pouvait partir très loin, on connaissait son goût pour la musique industrielle, preuve en est les remixes -réussis- de morceaux de MORBID ANGEL par LAIBACH ou, pour ce dernier opus, par COMBICHRIST. Seulement, force est de constater qu’ici même les originales sonnent comme des ‘remixs’, qui auraient été  malheureusement hasardés par des débutants en la matière à qui l’on aurait remis un manuel « L’Indus’ pour les Nuls »!… En outre, si on retirait la puissance du ‘gros son’ insufflée par la prod’ du disque pour ne garder que la moelle de ces ‘compositions’, qu’en resterait-il exactement??
Mieux vaut laisser la question en suspens…

Morbid Angel (logo)

Restent les cas « I Am Morbid » et « Radikult » (malgré encore un choix de sons synthétiques, disons … curieux, pour ce dernier!…^^) qui voient un groupe le cul entre deux chaises et y trouvant pourtant un équilibre. Plus réussis, ‘heavy’ et entraînants en diable, ce MORBID ANGEL nouveau se veut bien plus convaincant, tant ses riffs sont inspirés et son attaque mid-tempo, son ‘groove’ imparables.

Bien plus discutable -pour le moins- est l’approche résolument ‘catchy’ justement de ces titres, et pour bien faire (!) le groupe n’hésite pas à cet effet à employer les grands moyens : refrain  simpliste et ‘repris’ en litanie par le sample d’un faux public (!!) sur le premier ; mélange improbable entre de l’indus’ vindicatif à la KILLING JOKE/ROB ZOMBIE/MINISTRY et la loufoquerie d’un DEVIN TOWNSEND période ‘Infinity’ ou ‘Ziltoid’ sur le deuxième…

Et l’on comprend alors un peu mieux l’esthétique nouvelle de la formation de Tampa, aussi bien visuellement que conceptuellement, sans pour autant parvenir à y adhérer. Le combo joue désormais davantage sur la provocation, une attitude ‘sauvagement’ fédératrice -qui doit pour cela aller chercher le public par la peau des fesses!-  une stature légèrement hautaine, tyrannique et directive (auront-ils là beaucoup appris de LAIBACH…), une posture grandiloquente jusqu’à la caricature, et une image plus décadente que foncièrement malsaine et … morbide!

Celui qui tire le plus son épingle du jeu au milieu de tout ce remue-ménage reste le grand Trey Azagthoth, dont le jeu est toujours aussi fin et bien ciselé, et dont l’évolution en tant que soliste est vraiment remarquable, depuis les débauches de notes incontrôlées des débuts du groupe jusqu’à la fluidité inspirée de l’excellent ‘shredder’ qu’il est devenu aujourd’hui : chacune des ses interventions est un vrai régal et fait incroyablement mouche (sauf peut-être sur les déjà pas franchement transcendantes « 10 More Dead » et « Beauty Meets Beast », ce qui n’est peut-être pas le fruit du hasard… Ni inspirées, ni inspirantes, Monsieur Trey???…). Nouvelle recrue des plus efficaces également que ce Destructhor (ex-MYRKSKOG, ex-ZYKLON) à la deuxième guitare, en remplacement d’un Erik Rutan aujourd’hui reclus à l’un des postes d’ingé-son.

Mention très bien aussi pour Tim Yeung, dont la frappe reste adéquate de puissance et de vélocité, dans la continuité respectueuse donc de Pete Sandoval (même s’il ne parvient pas tout à fait à le faire oublier)… Enfin, quand sa batterie sonne comme une batterie et qu’il ne se restreint pas dans son jeu pour ‘coller’ (??) aux morceaux plus ‘électro’ et ‘expérimentaux’ (leur enlevant au passage le peu de relief qu’ils auraient pu avoir, mais bon…).

Le cas ‘David Vincent’, de retour au bercail depuis 2004 après une escapade ‘glam-goth-indus’ de 8 ans au sein des GENITORTURERS exclusivement (facette qu’il aurait pu s’abstenir de ramener avec lui…), reste plus délicat à aborder. Si en tant que tel, il n’y a pas grand-chose à reprocher au ‘growler’, dont l’organe est toujours aussi grave, rugueux, profond, et qui –c’est certain- se donne à fond et avec un plaisir non dissimulé, on est en droit de se demander aujourd’hui ce qui le motive, tant on le sent dans un « rôle », dans le « sur-joué », pire dans de la tentative de « séduction »! Alors, certes, toute autre formation, notamment de ‘néo’ ou de ‘power’ métal (US), serait fière d’avoir un vocaliste aussi convaincant dans ses rangs, mais là on parle quand même de MORBID ANGEL, et cela fait très mal aux seins de sentir de la part du bonhomme autant de calcul, entre des syllabes volontairement sur-accentuées par endroits, un rire qui vient ponctuer une autre de ses interventions, et une approche délibérément ‘accrocheuse’ et faussement spontanée sur l’ensemble du disque -en témoignent ces nombreuses interjections et onomatopées appelées à être reprises en ‘live’- qui ne tromperont ici personne : est-ce bien là le même le même Vincent qui, menaçant et plein de conviction, nous mettait en garde il y a 15 ans de cela en déclamant des « we will dominaaaaaaaaate!!!!!! » ??? Non, l’instinct d’antan n’est clairement plus là, bienvenue au consensuel, à l’aguicheur, à de bonnes vieilles recettes qui ont fait leurs preuves…chez d’autres groupes et il y a 10 ans!!

Bref, là où le bât blesse, plus que dans l’exécution des morceaux en elle-même on l’aura compris, qui elle demeure toujours aussi ‘carrée’ et rigoureuse, c’est clairement dans l’écriture et la ‘direction artistique’ de cet album, ou plutôt les lacunes de celle-ci.

MORBID ANGEL tombe bien malgré lui dans de la parodie de styles qu’il ne maîtrise clairement pas totalement, et, comble du comble, sombre même parfois dans des clichés dignes de plus médiocres disciples qu’eux-mêmes ont engendré! Se voulant délibérément ‘modernes’, accrocheurs, formatés, aseptisés (quand ils se préféreraient novateurs!…), les musiciens, s’ils ne sont pas pour autant devenus des « Anges », n’ont en tout cas plus rien de « Morbide »! Plus d’une fois au cours de cet album, on a l’impression d’écouter quelque chose davantage dans l’esprit d’un SEPULTURA, d’un SOULFLY ou d’un SLIPKNOT! Et il est lassant d’entendre trop souvent Vincent éructer à l’envi le titre d’un morceau en guise de refrain, renforçant encore cette impression de « déjà-entendu-100-fois ».

Morbid Angel 2011

A compter d’aujourd’hui, il est à craindre que le nom de MORBID ANGEL n’ait plus le même impact, ne suscite plus vocation, passion ou émulation comme naguère. Un groupe qui n’a plus faim, si ce n’est d’une reconnaissance nouvelle, totalement malvenue pour ce fer de lance qui n’avait eu de cesse, tout au long de sa carrière, album après album, de rallier de nouveaux fervents à ses côtés par la seule force de son style, de son identité, de sa signature unique, même quand celle-ci se déclinait en plusieurs écritures.

En être ainsi réduit à proposer des recettes faussement alléchantes pour tenter pathétiquement (et vainement) de rajeunir son image, comme autant de sucreries jetées à la gueule de jeunes (et moins jeunes…) affamés -mais pas pour autant prêts à avaler n’importe quoi, et même les plus boutonneux d’entre nous ne sont déjà plus en âge de digérer une telle guimauve d’un autre temps… Ou plus exactement, ce caramel dur et acidulé qui se révèle plutôt mou et amer une fois en bouche.

Aujourd’hui, en 2011, à moult renforts d’artifices éculés et qui sont tout autant de pétards mouillés, ce groupe jadis conquérant et redoutable en est réduit à s’amuser à essayer de nous faire peur.
C’est raté… 🙁

C’est la ‘mort’ dans l’âme que l’on peut le dire : « Formulas fatal to the death »… Et gros foutage de gueule pour un nouvel album d’une part attendu si longtemps et ‘livré’ inachevé (pour moitié des ‘expérimentations’ qui auraient au mieux mérité leur place sur un EP ou dans un ‘side-project’ plus confidentiel…), et d’autre part annoncé à grands renforts de ‘teasers’ par le groupe dans une fanfaronnade faussement ‘artistique’ qui ne trompera personne, si ce n’est certains malheureux acheteurs qui se laisseront abuser par cette propagande commerciale mal déguisée.


LeBoucherSlave

Note : 4.5/10

NOTE DE L'AUTEUR : 5 / 10



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