Jens Ludwig, guitariste du groupe Edguy

Age of the Joker est le titre du neuvième album studio du groupe de power metal allemand Edguy, dont la sortie est prévue le 26 août 2011 chez Nuclear Blast. Pour l’occasion, Tobias Sammet et Jens Ludwig étaient présents à Paris le 6 juillet dernier pour une journée promo. L’occasion de s’entretenir, une fois n’est pas coutûme, avec le guitariste lead du groupe.

Ju de Melon : Bonjour Jens et bienvenue à Paris… une habitude pour toi et le groupe désormais !

Jens Ludwig : Il est vrai, mais c’est rare que nous n’y restions qu’aussi peu de temps. Nous sommes arrivés vers 12h et nous repartons demain à 9h donc… à peine 21 heures à Paris, c’est court.

Alors, un mois et demi à attendre l’album encore, comment vis-tu cette attente alors que t’es en pleine promo avec le groupe ?

Une longue attente, j’ai très hâte d’arriver au jour de sa sortie parce que c’est la réaction du public qui importe, c’est un peu l’aboutissement d’un travail de plusieurs mois. Nous avons passé pas mal de temps dans notre sous-sol, au studio, et nous avons pu réaliser ce que nous pensons être un bon album. Il est désormais temps de le présenter aux fans, un moment toujours excitant ! Mais là il nous reste encore du travail, on prépare la tournée à venir et on gère plusieurs interviews, bref on a de quoi se tenir occupés d’ici là.

Interview Edguy (Jens Ludwig), Paris 2011

Cet album semble être assez fourni et a pas mal de contenu, y compris quelques chansons en bonus je crois bien…

Nous avions 13 chansons de prêtes pour cet album mais nous ne voulions pas présenter un album de 70 ou 80 minutes, à mon avis cela aurait été un peu trop long et nous étions tous d’accord à ce sujet dans le groupe. Au départ, l’album ne devait comporter que 9 titres, mais il nous était impossible de décider lesquelles ne pas prendre… Du coup on les a gardé mais sur un second CD qui apparaîtra dans la version limitée, même si ce n’est pas certain qu’elle se vende aussi bien que l’album « normal » (rires) ! Après, c’est le label qui gère tout ce qui est contenu et différentes versions… Juste ici nous avions 13 chansons, pas suffisamment pour un double album, du coup il y a ce disque bonus avec des versions edit de deux titres que nous allons illustrer avec des clips videos sans oublier une reprise.

Parlons du titre de l’album, Age of the Joker… Pourquoi ce choix, tout simplement ? Y a-t-il une référence ou une plaisanterie derrière ?

Il n’y a aucune plaisanterie (no joke), mais bel et bien un joker (rires) ! Depuis l’album Mandrake, le joker est devenu en quelque sorte la mascotte d’Edguy. Après, trouver un titre à un album reste un moment difficile, car il doit refléter son contenu tout en restant proche du groupe… Ici, nous avons ressenti la possibilité d’inclure à nouveau cette mascotte sur la pochette, de part les chansons qui composent cet opus, ainsi nous avons décidé de relier tout cela au titre du CD. Une approche très différente de Tinnitus Sanctus qui n’a rien à voir avec cette nouvelle galette. En 3 ans, pas mal de choses se sont passées, Edguy a donc un peu changé et ici le titre ainsi que la pochette sont radicalement différents du précédent disque.

Il y a clairement une certaine évolution entre Tinnitus Sanctus et Age of the Joker, comment la décrirais-tu ? Plus vers un retour aux sources ou une nouvelle avancée ?

Je pense qu’il y a un peu des deux. Tinnitus Sanctus était plus sombre, c’était la direction globale de l’album qui le voulait. Après, tout est très lié à nos pochettes, qui reflètent souvent la « couleur » de chacun de nos CD. Tinnitus Sanctus était notre « Grey Album » en quelque sorte, quant au nouveau il s’avère plus varié et certainement plus proche d’un Rocket Ride par exemple. Il contient également quelques morceaux un peu plus complexes, rien de progressif au demeurant mais plus au niveau des harmonies, pas forcément le genre de truc que tu réalises dès la première écoute mais qui prend tout son sens à la longue. Alors oui, un disque très accrocheur, mais avec quelques originalités ici et là. Parfois à certains moments on se demandait si on n’allait pas trop loin avec tel ou tel arrangement ou une idée disons « surprenante », mais au final tout se goupille bien. Tant qu’on trouve ça cool, tant qu’on pense que ça rend l’album plus intéressant, il n’y a aucune raison de s’en priver.

Revenons sur Tinnitus Sanctus qui a été accueilli plutôt fraîchement par certaines personnes… Es-tu un peu déçu avec le recul ?

Bah, tu sais il aurait pu avoir un meilleur acceuil, c’est certain. Mais entre nous dans le groupe nous aimons cet album, nous en sommes satisfaits et cela n’a pas changé aujourd’hui. Il était très différent c’est vrai, avec beaucoup de guitares assez sombres, les gens ne s’attendaient certainement pas à cela. C’est toujours un peu la même chose, plus les personnes sont prises à contre pied et plus le risque est grand de décevoir. Ce sera sûrement aussi le cas avec le nouvel album, si certains attendent une sorte de Theater of Salvation Part II ils seront forcément déçus. Il faut prendre chaque album à part et ne pas en attendre trop par rapport aux précédents. Celui qui écoutera Age of the Joker sans attendre de ce CD qu’il soit comme tel ou tel de ses prédécesseurs devrait pouvoir l’apprécier sans problème.

Parlons de la chanson « Robin Hood » qui ouvre l’album et qui sera l’un des supports vidéo, est-ce un hommage à la légende ou à l’un des films consacré à ce personnage ?

C’est clairement un hommage au film de 1938 avec Errol Flynn dans le rôle principal. Le titre de cette chanson est presque… bête, mais dans le bon sens du terme (rires) ! Quand Nuclear Blast a vu la tracklist, il était clair que nous devrions prévoir un clip sur cette chanson… En tout cas ce nom de chanson restera dans la tête des gens, je crois d’ailleurs qu’aucun morceau traitant de ce personnage n’a été fait dans l’histoire du metal. Bien sûr Iron Maiden a fait un titre sur « Alexander the Great », ou encore sur un certain Benjamin Breeg qui reste un mystère pour moi (rires)… Enfin bref, cette chanson a quelque chose de spécial jusque dans son appelation.

Et on peut s’attendre à un clip haut en couleurs j’imagine…

Oh ça oui, il collera vraiment à l’histoire, on aura de beaux costumes et je pense qu’on s’amusera pas mal sur le tournage. Ce qui n’est pas toujours évident dans ces conditions. D’habitude c’est un peu chiant à vrai dire, mais là on devrait passer pas mal de bon temps !

Interview Edguy (Jens Ludwig), Paris 2011

En ce qui concerne « Rock of Cashiel », une chanson très typée celtique/irlandaise musicalement (et même dans son contenu textuel), y aurait-il un petit hommage déguisé à Gary Moore récemment disparu ? Quelques mélodies rappellent un peu ses travaux…

Ca aurait pu en être un mais en fait non. Gary Moore était un vrai guitariste de talent mais nous n’avons pas ici cherché à le copier ou à s’inspirer de lui, on a déjà utilisé ce genre de mélodie dans la chanson « Jerusalem » (sur l’album Mandrake) par exemple. En tout cas voici une chanson qui a un côté fun, et c’est vrai que sur le final on s’attend presque à ce qu’un Michael Flatley (un step danseur célèbre) vienne nous faire quelques pas de danse… (rires)

« Two Out of Seven », autre support vidéo clip prévu… Dans ses paroles, on ressent presque une critique envers ceux qui font des chroniques ou jugent trop facilement un album. Est-ce bien le cas ?

Oui, c’est juste une petite taquinerie en fait, mais ce n’est pas uniquement dirigé à l’encontre des journalistes. Parfois on a l’impression que les gens de la presse metal se prennent pour des empereurs romains et décident en gros d’un album s’il est bon ou mauvais sans trop se soucier des conséquences ou du travail réalisé derrière. Parfois, les raisons nous échappent, on ne comprend pas trop où ils veulent en venir… Evidemment, écrire une chronique reste forcément un travail en grande partie subjectif, soit tu aimes soit tu n’aimes pas. Cependant il y a parfois des incohérences… Un journaliste dont les groupes préférés sont Slayer ou Darkthrone peut se retrouver à chroniquer un album d’Edguy ! Fatalement son ressenti ne sera pas bon, et on peut comprendre, sauf que derrière c’est son avis qui prime aux yeux de plusieurs lecteurs ou fans… Forcément après on peut se poser des questions. Bien évidemment, au final, on peut très bien dire qu’on s’en fiche de l’avis des journalistes et que seul celui des fans compte, mais ce serait maladroit que je dise cela en pleine promo du nouvel album (rires)… Donc voilà, peu importe hein, les fans de metal ne suivent pas toujours l’avis donné et censé être « général », ils savent toujours se faire leur propre opinion. En un sens c’est très rassurant, c’est cool de jouer ce genre de musique car on a des fans très adultes et responsables ! (rires)

En ce qui concerne le morceau « Behind the Gates to Midnight World », il aurait fait un bon titre de chanson pour Iron Maiden…

Pas faux ! Un des morceaux les plus complexes de l’album en un sens. Assez sombre aussi, mais c’est une habitude pour Edguy de mélanger sur un même album quelques passages sombres et sérieux avec un côté plus fun voire joyeux. J’aime beaucoup cette chanson, elle a un riff assez cool et j’adore ce genre d’atmosphère en général. Un morceau assez long d’ailleurs, mais peu importe nous ne sommes pas là pour passer à la radio ! (rires)

Pas de titre de 14 minutes par contre comme à l’époque de « Theater of Salvation »…

Non mais c’est normal, on ne décide pas forcément combien de temps un titre durera : on compose et après on voit où cela nous mène, pas très important si la chanson s’arrête à 7 minutes ou va plus loin. La longueur importe peu, chaque morceau a sa durée qui lui est propre et fonctionne bien ainsi.

Niveau composition, est-ce que tu as pas mal épaulé Tobias voire même composé toi-même quelques morceaux seul ?

J’ai essayé d’en écrire moi-même mais ça n’a pas vraiment marché (rires) ! Disons que ça s’est passé comme d’habitude avec Tobias qui a les idées principales pour commencer, ensuite on en parle ensemble en répétition puis on peaufine tout ça. Sascha Paeth, notre producteur, vient lui aussi donner son avis et quelques conseils sur certaines choses, et c’est quelque chose de positif car cela nous offre un premier avis extérieur avant même d’enregistrer en studio. Il nous permet d’avoir un meilleur recul sur notre matériel.

Il est vrai que Tobias est quelqu’un de très inspiré qui écrit pas mal de morceaux, dur de s’imposer avant lui niveau idées.

Oui, c’est certain, entre Avantasia et Edguy il l’a démontré !

Puisque tu parles d’Avantasia, petite parenthèse, penses-tu qu’il y aura une suite ou Tobias n’en parle pas trop ?

Déjà on pourra voir Avantasia au Wacken de cette année pour un show exceptionnel. Après, je n’en sais trop rien, Tobi est quelqu’un qui aime se concentrer sur ce qu’il fait sans trop se projeter dans l’avenir. En ce moment il ne pense qu’au nouvel album d’Edguy, nul ne sait ce qui se passera ensuite…

Interview Edguy (Jens Ludwig), Paris 2011

La prochaine question sera peut-être intéressante ou sans intérêt, je sais pas… (rires)… Je pense que – déjà quand on commence une question par « je pense que » c’est pas bon signe (rires) – je pense que cet album est le plus coloré du groupe à égalité avec Rocket Ride. Es-tu d’accord avec cette affirmation ?

Oui, je le pense aussi. Ce nouvel opus est assez varié et coloré. Tu sais, en tant que musiciens on essaye toujours de s’imposer de nouveaux défis, ce n’est jamais évident mais on se doit d’évoluer mais sans pour autant devenir un groupe progressif etc. C’est donc toujours intéressant de trouver des éléments qui vont surprendre les fans sans pour autant complètement les dérouter. Je pense que nous n’aurions jamais écrit une chanson comme « Pandora’s Box » il y a quelques années, cela n’aurait pas été possible ni intéressant à faire car peut-être qu’en fait nous n’en étions pas encore capables. La création et la composition sont des processus continuels en perpétuelle évolution… En tout cas j’adore « Pandora’s Box » !

Avec un refrain plutôt sympa d’ailleurs !

Oui, c’est vrai, un refrain typé « stadium rock » à fond. D’ailleurs, peu de gens le réalisent vraiment, mais Edguy est un groupe de stadium rock.

Et plus vraiment un groupe de « power metal » donc…

Bah qu’est-ce que le power metal au final ? Parlons de rock en général, c’est ça le terme générique, nous ne nous imposons aucune véritable restriction stylistique tant que nous jouons du bon rock péchu comme on l’aime.

Mais quand même, une question me brûle les lèvres, penses-tu que Edguy pourra refaire un jour un album typé « power speed » tel que Mandrake, Vain Glory Opera ou Theater of Salvation ?

Je pense que nous le pourrions, oui. Mais je ne sais pas si nous aimerions le faire ! C’est ça le problème. Bien sûr que si nous voulions ce serait assez simple à réaliser mais… pourquoi faire ? Nous l’avons déjà fait, alors pourquoi se répéter et faire la même chose ? Evidemment les fans aimeraient sûrement, mais ce serait comme nous trahir nous même. Ce qui nous avons fait, cela fait désormais parti de l’histoire… En aucun cas je qualifierais les anciens albums de « mauvais », loin de là, mais il faut savoir avancer. Après évidemment, il ne faut jamais dire jamais.

Un petit mot sur la pochette qui ressemblerait à s’y méprendre à la pochette de l’album Accident of Birth de Bruce Dickinson… une coïncidence ou un hommage ?

Il y a quelques ressemblances il est vrai, la nôtre est moins « brutale » cependant. C’est plus une coïncidence ici. La pochette a été réalisée par un artiste américain du nom de Dan Frazier, c’est la première fois qu’il élabore un tel travail. A la base il est plus spécialisé dans les cartes magiques ou des peintures. Il a 60 ans ! Tobias l’a trouvé sur Internet et il a accepté le défi… En tout cas il a réussi son coup, nous en sommes très satisfaits, et je sens que ça sera parfait sur un prochain t-shirt ! (rires)

Parlons un peu de la tournée à venir, en pleine préparation donc…

Nous viendrons jouer à Paris et à Lyon en France, c’est déjà prévu. On commencera par l’Europe et il est probable qu’après nous enchaînions avec l’Amérique du Sud, puis un peu partout où nous sommes déjà allés. Sûrement quelques festivals en 2012 mais il est encore trop tôt pour en parler.

Et toi alors, quand Tobias s’occupe avec Avantasia, que fais-tu ? D’autres projets ?

Plus ou moins, j’ai quelques morceaux écrits qui un jour sortiront sûrement… Peut-être pas dans un album solo car je ne pense pas chanter moi-même (rires), je ne m’en sens pas trop capable ! J’ai un petit studio à la maison sinon, parfois j’enregistre et produis quelques petits groupes locaux. Sinon, à part ça, j’ai quelques hobbies, des potes ont un groupe de reprises d’Iron Maiden et parfois je viens faire le 3ème guitariste avec eux sur scène.

Iron Maiden justement, jouer avec eux sur scène un jour serait LE rêve j’imagine…

Ah ça oui, d’autant plus que je le pourrais facilement, connaissant toutes leurs chansons par coeur à la guitare (rires) ! On a déjà joué avec eux en première partie, de vrais super gars, et une vraie influence pour nous.

Interview Edguy (Jens Ludwig), Paris 2011

Quelques derniers mots à rajouter ?

Je ne vais pas être original mais merci à tous pour le soutien ! J’espère que l’album va vous plaire et que vous lui donnerez une chance. Et évidemment, « je pense que c’est le meilleur album que nous ayons jamais fait donc achetez-le, blabla » (rires) ! Et ceci bien sûr en attendant le prochain… (rires)

Tobi n’aurait pas mieux dit que toi je pense ! (rires)

Probablement ! (rires)

Merci à toi et à bientôt !

C’était un plaisir, au revoir !

Merci à Nastia pour les clichés de l’interview



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements