Sepultura – Kairos

En 2011, Sepultura rugit toujours. Toujours remontés, nos brésiliens ne se démontent pas et luttent toujours. Pourtant, il est relativement ardu d’aborder Kairos, sorti chez Nuclear Blast. Marche arrière ? Avancée ? L’album réunit paradoxalement ces deux caractéristiques.

Les premières écoutes pourraient laisser entendre un retour en arrière. Il est avant tout sonore. En effet, difficile de ne pas penser à un Beneath The Remains ou un Arise à l’écoute de ce nouveau disque. Guitares rugueuses et sales, basse qui crépite et batterie qui ne pardonne pas, on reconnaît bien le vieux son bien thrash du début de l’âge d’or du groupe, et ce même s’il ne reste qu’un seul membre fondateur du groupe, le bassiste Paulo Xisto. En cela, le producteur Roy Z a bien su recréer le son de leurs premières amours. Cela n’altère en rien le son du maestro Andreas Kisser, qui semble s’être assagi dans l’utilisation d’effets démoniaques (le solo de Territory est loin). La promo va dans ce sens, cet album serait le « successeur logique de Beneath The Remains « . Rien que ça.

Il est vrai que, dans cet album, Sepultura oublie les influences hardcore très présentes dans Dante XXI et A-Lex , et repasse à des compos thrash qui ont fait leur bonheur entre les décennies 80 et 90. Les riffs accrocheurs n’ont pas disparu, en témoignent « Dialog » ou « Born Strong ». La rage non plus, des titres comme « Mask » ou « Embrace The Storm » le montrent bien. En revanche, les compos se font bien plus longues, avec des structures plus classiques. La moyenne se situe entre 3:30 et 4:00 minutes. Vu la maîtrise des musiciens, on voit bien qu’ils n’ont rien perdu en revenant à ce format. Un break comme celui de « Kairos » ne dépareillerait pas sur Arise. Une autre fine référence au thrash est faite à travers la reprise de Ministry, « Just One Fix », dont la fin fait étrangement penser à l’introduction de « South Of Heaven » des sanguinaires Slayer.
Mais si Sepultura est revenu à un thrash plus classique dans son ensemble, le groupe est loin de sombrer dans le passéisme.

En effet, le groupe avance avec Kairos. Certes moins, qu’avec ses deux illustres prédécesseurs, mais il avance quand même. Première curiosité, la structure de l’album. On a ici des titres qui vont crescendo en vitesse et en puissance. Tout commence donc par « Spectrum », mid-tempo inquiétant, avec une ambiance fantomatique, à laquelle les vocaux démoniaques de Derrick Green, qui n’a d’ailleurs rien perdu de sa rage, et ses 40 ans ne le gênent en aucun cas. La suite tend donc à s’accélérer, jusqu’à attendre une vitesse et une rage folles sur « No One Will Stand », qui porte bien son nom et qui risque de faire un malheur en live, avec la batterie enragée de Jean Dollabella, qui, en peu de temps, a su trouver sa place dans le groupe et se rendre indispensable.

La facilité aurait voulu que ce titre soit la conclusion de la galette. Mais Sepultura déborde d’imagination et a décidé de finir l’album avec une collaboration entre eux et le groupe français Les Tambours Du Bronx. Cela donne « Structure Violence (Azzes) », un titre expérimental dont les paroles lues sont déclinées en français, anglais et portugais. Une curiosité qui termine l’album d’une bien étrange manière. Un titre qui se situe à part, mais sans polluer l’album.

Le groupe a aussi offert un petit cadeau aux amateurs de digipacks. Ils ont en effet droit à, en plus d’un DVD qui récapitule les reports studio qui ont précédé la sortie de l’album, qui témoignent de la bonne ambiance qui règne au sein du groupe, deux bonus tracks. « Point Of No Return », une compo sympathique mais qui ne s’est pas retrouvée sur la version finale de l’album, et surtout une reprise du groupe Electro anglais Prodigy, l’énervé « Firestarter », que Sepultura reprend à merveille.

Avec Kairos, on se retrouve avec un bon album. Sans défaut notoire, hormis les interludes complètement inutiles, le groupe sait se montrer efficace et ne s’encombre pas de chanson de remplissage. On ne peut en revanche s’empêcher de comparer cet album à ses deux prédecesseurs. S’il est loin d’être honteux, il se situe tout de même en dessous. Malgré tout, retrouver Sepultura a ce niveau en 2011 est on ne peut plus réjouissant, et donne un agréable présage pour la suite.

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements