In Flames – Sounds of a Playground Fading

Dixième album studio du quintet suédois. Sounds of a Playground Fading est sorti le 20 juin dernier chez Century Media. Avec un nouveau virage à négocier, le départ du guitariste fondateur Jesper Strömblad. Parti en février 2010 pour soigner ses problèmes d’alcool, son départ sensé être temporaire s’est finalement soldé par son remplacement, par Niclas Engelin. Nouvelle ère donc, dans laquelle entre cette formation célébrissime. Anders Friden et les siens ont-ils su l’aborder ?

Nostalgie. Quelques notes claires égrenées, pour ouvrir l’éponyme « Sounds of a Playground Fading ». Souvenirs d’enfances, mélancolie, accentuée par l’arrivée de la saturation et des percussions. Un blanc. Explosion. Metal is in the zone : chant rageur d’Anders Friden. Il n’a rien perdu de ses capacités, et distille une mélodie emprunte de tristesse derrière ses cris hargneux. Riffs travaillés, débauche d’énergie. Refrain, mélancolie, encore. Rage aussi. Les guitares sont aiguisées, l’ensemble est travaillé. Superbe entrée en matière.

Des sons électroniques introduisent « Deliver Us ». Un riff angoissant arrive. Suivra tout le morceau. Nous donne envie de crier aussi à la délivrance. Nouvelle réussite : mélodie sans exception notoire, mais scandée si efficacement ! Un solo magnifique, introduit par une harmonisation à deux guitares sans faille. Un modèle usé jusqu’à la corde, qui fait encore mouche… On réclame la suite…

Nouvelle introduction claire pour « All for me ». Nouvelles notes égrenées. Ambiance très différente : voici une énigme sonore. Entre fenêtre sur le passé et introspection, l’auditeur plane. Nouvelle explosion. Fûts et guitares en symbiose, l’efficacité n’a pas fait défaut une seconde depuis le début de l’album. Le batteur Daniel Svensson mène une danse rythmique puissante et raffinée à la fois. Hargne caractéristique du groupe au rendez-vous. Et pourtant, le temps s’arrête. Le motif d’introduction revient, le chant se fait plus calme. Niclas Engelin et Björn Gelotte laissent traîner leurs notes à l’infini. Les guitares pleurent, la voix s’éraille. Mais bien vite, la rage revient, pour un dernier éclat qui vient achever un morceau poignant. In Flames ne déçoit pas.

« The Puzzle ». Proprement barbare. Départ sur les chapeaux de roues. Métronome remplacé par une caisse claire. Hurlements plus rageurs que jamais. Solo millimétré. Longue plage instrumentale planante en conclusion. In Flames ne se renie pas. Puis, la guitare chuchote les premières notes de « Fear is the Weakness ». Timidité intrigante. Explosion de batterie, double pédale métronomique, guitare aérienne. Riff discret mais efficace, alors qu’Anders Friden revient asséner son texte, prophète criant dans le désert. Ambiance de mal-être caractéristique du groupe, et mélodie plus présente. Ce chant rappelle parfois celui d’Alexis Lahio (Children of Bodom), en plus mélodique. Plus poignant aussi. Les suédois nous prennent aux tripes. In Flames fait un sans faute.


Nouvelles sonorités électroniques, très présentes sur « Where the Dead Ships Dwell » , à la limite de l’indus. Nouveau riff oppressant. Nouveau solo d’exception, ciselé au scalpel. Chant plus traînant, un peu répétitif peut-être… Mais Dieu que c’est bon !

Accalmie dans la tempête. Nous sommes dans l’œil du cyclone, et voici un nouveau morceau. Calme, froid, sibérien : « The Attic ». Une complainte déchirante, que Friden nous raconte d’une voix pénétrante. Rassurante aussi. Les notes éparses, parfois proches du blues, plongent l’auditeur dans une torpeur béate, emmitouflé qu’il est dans le chaud manteau de la tristesse, celui dont on ne sort pas si volontiers qu’on le voudrait… In Flames nous touche.

Hélas, « Darker Times » n’apporte rien. Malgré deux bons solos, et une énergie toujours sans faille.  La perfection n’est pas de ce monde. Et pourtant, on s’inquièterait presque : cet album de treize morceaux ne va-t-il pas être un peu long ? « Ropes », « Enter Tragedy » ne sont guère mieux. On hésite à continuer. Mais on le fait, par honnêteté. Par curiosité aussi. Et puis, un album qui a si bien commencé, mérite d’être écouté jusqu’au bout. In Flames nous inquiète.

Ce n’était qu’un passage à vide. Rien d’autre. « Jester’s Door », texte chargé d’émotion, simplement récité, sur un fond musical triste et mystérieux, rattrape l’attention de l’auditeur avant même de l’avoir vraiment perdue. Certains voient dans ce morceau un clin d’œil à l’album The Jester Race, d’autres, bien sûr, un hommage au guitariste des premiers temps, contraint d’arrêter pour éviter de partager le sort d’Amy Winehouse. S’ensuit « A new Dawn ». Intro à la limite du power metal. Retour de la musique survitaminée. Puis accalmie. Des violons. Regain de nostalgie. Des cordes pincées lancent des notes esseulées. Puis une fin dantesque. La mélodie est de nouveau de qualité. In Flames se rachète.

« Liberation ». Il est temps de conclure l’opus. Un morceau calme. Pop, même. Des chœurs féminins et des guitares en son clair. Mais l’ambiance, jusqu’à la fin, reste poignante, et le morceau gagne en puissance. Pour nous mener à un ultime solo, exemplaire, puis à un atterrissage en douceur. In Flames nous quitte, doucement…

Le quintet suédois évolue. La perte d’un membre fondateur y est sans doute pour quelque chose. Moins de rage, plus de nostalgie, de mélancolie. De calme et de tranquillité aussi. Peut-être plus de sagesse, tout simplement. Sounds of a Playground Fading est un album profond, complet. Un peu long, peut-être, d’où le passage à vide, heureusement vite rattrapé. Mais on plane en écoutant cet album. C’est une autre dimension, une tornade où l’espace temps est instable, distendu. Il accélère, ralentit, puis s’arrête, puis repart à toute vitesse. Il y a de la mélodie, de la force, de la hargne, de la technique. Et surtout, du talent.

In Flames nous gâte. 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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