Decapitated – Carnival Is Forever


Après l’heureux retour de Behemoth qui sera bientôt sur les planches metalliques, après la sortie du dernier opus de Vader Welcome to the Morbid Reich, c’est au tour de Decapitated de nous servir un album sans demi-mesure, intitulé Carnival is Forever. Les polonais sont pas couchés.

   Sorti le 12 juillet chez Nuclear Blast, et donc largement promu, Carnival is Forever est le cinquième album du combo, produit par son guitariste Waclaw Kieltyka alias «Vogg». L’album est mixé par Daniel Bergstrand (Meshuggah, In Flames, Scarve). Les paroles sont signées Jarek Szubrycht, qui a entre autres à son actif la biographie du plus grand nom du Thrash intitulée « Slayer, show no mercy ». La pochette, sobre, intriguante, est une photographie de ce que recèle l’album : un concentré de haine envers la géopolitique actuelle.

   Alors justement, en ce qui concerne la petite histoire de cet album, le groupe voit ce dernier comme la continuation de leur précédent opus Organic Hallucinations sorti en 2006, mais qui était déjà un parent pauvre en comparaison à l’excellent Nihility par exemple. Decapitated a tourné le dos au passé.

   Du coup le résultat s’en ressent. Et il est sûr que Decapitated a fait son choix musical… très technique, blasté à fond, il part de la froideur et la technicité d’Origin, pour ensuite rafler sur son passage quelques «néologismes» d’un Meshuggah, ou encore certaines ambiances à la Vader…  on en perd un peu son latin.

   A peine plus long que Organic Hallucinations, Carnival is forever n’en est pas moins usant et débute par un magnifique titre «The Knife». Titre blasté à l’extrême, il nous fait rentrer directement dans le bain. Si l’on dissèque le premier morceau de l’album d’avantage, on y retrouve des riffs ultra-travaillés, rythmiques, et un solo bref mais bien strident rappelant le dernier Vomitory. Sur un solo comme ça, je peux vous dire que l’on sent presque la sensation metallique du couteau enfoncé dans la chair. Miroir, miroir, dis moi qui vais-je disséquer en premier ? Les mannequins filigranes ou les pseudo scientifiques en quête de prix Nobel ?… On a froid, on est dedans.

   Et ça continue sur «United» où Decapitated joue avec les accélérations, les breaks, autant en musique qu’en ce qui concerne la voix de Rafal Piotrowski, tout simplement bluffante. Les murmures superbement mixés l’accompagnent et présageant la décrépitude de notre monde… On est toujours en accélération comme sur des rails, la machinerie est bien huilée, et alors à la troisième minute du morceau on décolle sur un solo monumental d’une quarantaine de secondes, d’une musicalité sans précédent dans l’album… Ouf ! Il y a du répit dans cette froideur, l’émotion est là !
 

Decapitated


   L’enchaînement avec la superbe intro de «Carnival is Forever» passe comme sur du beurre. Un titre qui semble à première vue aller crescendo de la lourdeur des riffs ultra-saturés jusqu’aux hurlements de Rafal… en passant par des ambiances glauques à la Tool. En réalité on reste un peu sur sa faim et malgré la rafale de blasts, ce morceau de presque 9 minutes aurait mérité un peu plus de jus et un peu plus de musicalité.

   Du coup c’est de nouveau sur mes deux pieds que j’attaque les morceaux «Homo Sum» et «404». La lassitude commence à se faire vite ressentir parce que l’album campe sur ses acquis, et ces deux titres n’apportent rien de remarquable, hormis l’honneur que Vogg fait aux passages acoustiques. La batterie scande le tempo, et ne dynamise pas suffisamment ces deux titres. Il aurait fallu apporter plus de lourdeur, car on commence sérieusement à avoir la nausée… La déception atteint son maximum sur «404», où Decapitated nous sert du sous-Origin, sans originalité aucune. Même la voix n’arrive plus à rattraper le coup.

  Je commence vraiment à me demander si les premières notes de «A view from a Hole» résonneront dans le vide… heureusement elles trouvent un écho agréable dans une atmosphère digne d’un vieux Fear Factory. La batterie est beaucoup plus travaillée et le titre est quand même bien accrocheur. Decapitated tourne énormément cet été, notamment en France, et l’on risque d’entendre cette oeuvre très glauque et noire en live…

    Malgré tous mes efforts, on n’arrive pas à replonger dedans, ni sur «Pest», ni sur le dernier titre atmosphérique «Silence» qui aurait clairement dû être placé plus tôt dans l’album pour nous permettre de souffler tout en assimilant le message…

     Ne vous attendez donc pas à un retour aux sources, la page old-school est tournée…  Attendez vous plutôt à un album qui rejoint la nouvelle vague du Death, d’une brutalité efficace à en devenir nauséabonde, un album très bien mixé mais mal pensé, que j’espère vraiment suivre cet été sur scène pour me faire une idée plus claire. Un chien fidèle reste un chien fidèle.
 

Katarz


   
  

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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