Pain of Salvation – Road Salt Two

Souvenez-vous l’an passé, les suédois (et le batteur français) de Pain of Salvation présentaient l’opus Road Salt One. Une année plus tard, voici le quatuor de retour avec Road Salt Two, la suite. Un an, cela fait peu de temps pour sortir un nouve opus. Voilà le doute, l’angoisse qui survient, qui fait suer à grosses goûtes et palpiter votre petit cœur plein de stress. Et si, au final, cette offrande s’avérait être une réelle déception ? Après tout, l’album précédent avait divisé les fans, entre les déçus et les ravis. Toujours sur l’écurie InsideOut Music, c’est le moment d’annoncer le verdict de cette deuxième partie.

Réjouissez-vous, Pain of Salvation n’a pas complètement changé, restant toujours dans cette même optique amorcée avec la première partie, à savoir un disque mélangeant les ambiances et les atmosphères, qu’elles soient totalement différentes ou similaires, tout y passe. C’est donc un soulagement de voir que les suédois se portent toujours aussi bien et se remettent dans le bain du rock progressif avec toujours autant de classe et d’aisance. Seulement une année après le premier volet de Road Salt, le quatuor est toujours au sommet de son art en nous proposant un opus alliant technique et émotion dans les règles de l’art. Les éléments qui constituent le combo sont toujours là. On effectue un véritable retour dans le temps, vers une époque 70s, où la musique semble être typée blues, soul, avec un côté américain qui, s’il était déjà présent dans le brûlot précédent, se voit décuplé dans cette nouvelle offrande. Même si l’on est envoyés à travers les âges et les continents, cette nouvelle galette est bien plus hétérogène que la précédente, gardant une certaine direction musicale, toujours liée par ce stoner, ce côté très rock metal évoquant fortement les britanniques de Black Sabbath, plein d’émotions, intemporel. Il ne sera donc pas étonnant d’entendre « Ecstasy of Gold », thème culte d’Ennio Morricone (bien connu pour sa musique western), sur « To the Shoreline », qui ne manquera pas d’une incursion à la Walt Disney, après une introduction (et une conclusion du même calibre toujours en Orient), elle, digne d’une musique traditionnelle chinoise, thème à retrouver sur la très agréable « Softly She Cries ». C’est ce qui fait la force de Pain of Salvation : garder une grande diversité sans jamais se perdre ou commettre de maladresse, tout est ciselé finement, calculé sans en devenir mécanique, froid et sans âme, un piège dans lequel de trop nombreux groupes se jettent tête baissée, montrant des scandinaves en grande forme, atteignant véritablement le haut du panier parmi les formations de leur rang.

Là où on peut faire un reproche, c’est qu’à force d’expérimentations, Daniel Gildenlow et ses compères, sans tomber dans la surenchère ou le démonstratif, invitent quelques longueurs à se joindre à la fête, et ces convives surprises ne sont pas au goût de tous, bien au contraire. Elles entachent un « Eleven » pourtant fort bien amené par un côté légèrement fantomatique, mais tirée de temps à autre un peu trop fort par sa section instrumentale qui ne fait que de s’éterniser sur la longueur, malheureusement. A côté de cela, les influences bien digérées permettent de passer un moment délicieux en compagnie des quatre hommes. Un morceau comme « 1979 », par les paroles ou par la musique, porte merveilleusement bien son nom, et pourrait être un descriptif qui sied à ravir à ce Road Salt Two, même si sur cette piste, le clavier est bien plus en avant que sur le reste de l’album, où la guitare et le chant forment un duo se taillant la part du lion, duo qui dessine les mélodies avec une parfaite osmose, une connivence apportant la cohérence qui donne tout le charme typique de Pain of Salvation. Si celui-ci était aux abonnés absents par le côté très « touche à tout » de la galette d’avant, le tout que forme l’album ravive cette flamme, qui brûle de milles feux. Les titres demandent cependant une concentration accrue et une attention toute particulière, car il n’y a aucune bombe, pas de titre qui explose au visage dès la première écoute et fait fondre notre cœur comme neige au soleil. C’est à force de patience et d’écoutes répétées que l’opus s’apprivoise, dévoile ses charmes et ses secrets les plus enfouis, et une fois la clé du coffre entre nos mains, alors le trésor qu’il contient rayonne littéralement. Le plaisir, si intense soit-il, passe beaucoup mieux lorsque le brûlot est écouté en entier tant il paraît indissociables, chaque titre complétant ce puzzle de rêve.

En fait, chaque morceau se ressemble et est si différent à la fois, une recette qui donne un côté mystérieux et troublant à la musique des quatre membres. Daniel parvient même à nous surprendre en récitant un beau poème dans la langue de Molière à la fin de « The Physics of Gridlock », morceau au demeurant non seulement très progressif, mais également le meilleur du brûlot, et le plus long, aussi, n’étant pas loin des 9 minutes. Une atmosphère se dégage, quelque chose d’à la fois léger et prenant. Aucune longueur n’est à déplorer, mais il va falloir s’accrocher et ne pas quitter le navire durant la traversée, car le temps sera demandé pour se sentir à l’aise et ne plus avoir le mal de mer. Outre un travail mélodique et d’ambiance absolument parfait, l’émotion prend le dessus. La voix de Daniel est sublime, s’avérant être un frontman hors-pair. Il est capable d’effectuer n’importe quelle ligne de chant avec cette aisance si caractéristique du suédois. Crié, bluesy, jazzy, crooner, rien à redire sur les modulations que ce chanteur apporte. Porte-étendard de la formation, il défend avec fierté ses galons, et son blason, déjà si étincelant, n’en paraît que plus luisant encore.

En réalité il n’y a aucun morceau faible. Bon, peut-être « Eleven » est-elle un petit cran en dessous du niveau général, mais de rien, les longueurs sont le seul point de pénalité sur une piste très réussie. A côté de ça on entendra à nouveau avec plaisir « Mortar Grind », extrait de Linoleum, EP datant d’il y a deux ans. Ici, la version est un peu modifiée, mais encore meilleure. Après tout, c’est Pain of Salvation, difficile d’attendre que la nouvelle version soit de moins bonne qualité. Le reste du brûlot alterne entre pépites et diamants, d’un « Healing Now » plus intimiste et laissant le champ libre à la voix de Gildenlow pour émerveiller, à « 1979 » qui comblera les nostalgiques de la grande époque des excellents Black Sabbath, influence omniprésente sur « Softly She Cries », jusqu’à « To the Shoreline », fusion de la ruée vers l’or avec la petite Sirène. Il y en a donc pour tous les goûts et tous les choix, de quoi contenter un maximum de personne, accentuant le paradoxe entre la difficulté d’accès et l’aspect très plaisant.

Vous rêviez d’un Pain of Salvation au meilleur de sa forme, qui livre un joyau de rock progressif éclectique, aux horizons divers et variés, empruntés à plusieurs musiques du monde ? Pas de problème, les suédois viennent de le faire. Chaque piste est excellente, et les rares défauts semblent avoir bien du mal à gâcher la fête. Que dire si ce n’est que cette galette est d’une rare beauté et qu’elle ne demande que votre attention et votre écoute ? N’abandonnez pas aux premières, car les suivantes seront enchanteresses. Road Salt One était déjà très bon, Road Salt Two enfonce le clou. Un album de rêve.


 

Site officiel de Pain of Salvation

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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