Opeth – Heritage

Opeth prend racine

Pour son 10ème album, Heritage, Opeth a décidé de complètement changer la donne. Après adoucissement musical et édulcoration des riffs, le résultat est bien maigre en contenu. Gros plan sur un virage maladroitement géré.

C’était une habitude depuis 1994, Opeth ne sortait que des albums au minimum bons. Mélangeant savamment Death Metal sauvage et Rock progressif raffiné avec une finesse rare, le groupe a su se constituer une fan-base conséquente en attirant un public d’horizons divers.

Après avoir fait son chemin pendant 20 ans et fêté dignement son anniversaire par une mini-tournée des plus exceptionnelles, le groupe a décidé, pour son nouvel album, Heritage de changer de direction musicale, en se tournant vers le rock progressif des années 70 exclusivement, et, par conséquent, en excluant de leur musique l'aspect Death Metal. Leur dernier album Watershed porte décidément bien son nom, et démarque d’une ligne d’eau la carrière d’Opeth. Connaissant l’inspiration et le talent d’écriture de Mikael Akerfeldt, on était en droit de s’attendre à un virage classieux et maîtrisé.

Opeth 2011

Seulement, Heritage n’est pas à la hauteur de ce qu’on était en droit d’attendre du groupe et du génie de compositeur de Mikael Akerfeldt. Le groupe a osé, a pris des risques, mais n’a pas su les gérer parfaitement, malgré l’impression positive que peuvent laisser les premières écoutes. Comment se fait-ce ? On peut expliquer cela par la volonté d’aérer au maximum les compos, par un bon nombre de passages minimalistes qui cassent le rythme donné. Si les structures complexes et les changements de rythmes font partie des habitudes d’Opeth, ici, cela ne prend pas. L’impression de vacuité de certaines compos, comme "Nepenthe", alourdit l’ensemble, et l’ennui ne tarde pas à se montrer. C’est sur cet album que se trouvent en moyenne les chansons les plus courtes de la discographie d’Opeth (à l’exception de Damnation, sur lequel l’architecture des chansons était beaucoup plus "stricte"), et c’est pourtant sur ces mêmes compos que l’on trouve le plus de longueurs.

Autre source de désarroi pour l’auditeur, le manque cruel de points d’accroche. En effet, si l’adoucissement des riffs n’est pas un problème en soi, le problème réside dans leur faiblesse à retenir l’auditeur. Si les compos d’Opeth ont toujours été quelque peu déroutantes, le groupe a toujours su donner des prises qui aident l’auditeur à continuer son escalade de chaque album. Ici, les riffs sont trop souvent lisses et noyés dans des nappes de clavier qu’on peine à différencier l’une de l’autre. Le travail de Per Wiberg, qui a quitté le groupe après l’enregistrement de ce disque, a rarement été aussi peu mis en valeur, alors qu’il avait su se démarquer avec brio dans Watershed, l’album précédent.

Mikael Akerfeldt 2011 Hellfest

Cependant, Opeth a-t-il tout perdu dans Heritage ? Non, cela va de soi. Nos suédois n’ont pas perdu leur talent de tisser des ambiances mystérieuses et inquiétantes. Malheureusement, ces ambiances se trouvent être alourdies par les longueurs précités, et, de fait, moins intenses que dans les productions précédentes du groupe.

Le groupe s’énerve aussi un peu et réveille l’auditeur sur deux morceaux, "Slither" et "Lines In My Hand". Si ces titres peuvent séduire, en particulier le second, dont la construction est sans faille, la voix de notre maître de cérémonie pêche. Non pas que Mikael Akerfeldt soit un mauvais chanteur, mais son registre assez restreint et son manque de puissance en chant clair se ressentent bien sur ses deux compos. S’il arrive toujours à faire passer de l’émotion comme personne, il semble en roue libre par moments, particulièrement sur "I Feel The Dark".

Opeth 2011

Rares sont les morceaux qui séduiront dans leur globalité, mais cet album propose un certain nombre de bonnes idées. Le travail d’ambiance apporté sur la chanson "Famine" est exemplaire, avec l’inclusion de flûtes qui aident à s’immerger. Cependant, comme la plupart des pistes, elle met du temps à démarrer, et donne l’impression d’être mal dégrossie. Le clavier de Haxprocess s’offre une bien belle partie, avec ces sons typiques du groupe. Enfin, le final de "Folklore", probablement la chanson la mieux construite de l’album, risque d’en emporter plus d’un, et donne de l’espoir dans la capacité d’Opeth à nous faire voyager sur ses futurs albums.

Un mot sur la production de l'album. Opeth n’a jamais aussi bien sonné que sur cet album. Tous les instruments sont tour à tour mis en valeur, ce qui donne un certain regain d’expressivité de Martin Mendez à la basse. Le son est chaud, un poil rétro mais on ne tombe pas dans l’excès, les divers effets utilisés sur la voix sont discrets et permettent de coller parfaitement à l’ambiance. Le travail conjoint du groupe à la production et de Steven Wilson au mix a donc bien porté ses fruits.

Opeth 2011 Rock Hard

Opeth nous sert donc avec Heritage un album beau. Beau en ce qui concerne le contenant, grâce à une pochette réalisée avec talent, et beau avec un son et une interprétation au poil. Cependant, la matière est trop maigre en bonnes idées et trop creuse pour que l’on puisse élever cet album au même rang qualitatif que ses prédécesseurs. Malgré cela, le groupe ne semble pas rincé pour autant. La suite de leur carrière nous en dira plus.

Photo live prise par Nidhal Marouk. Pour accéder à toute la galerie photo de ce concert, visitez :
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© 2011 Nidhal Marzouk  / Yog Photography
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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