Voyager – The Meaning of I

Chaque album de Voyager pourrait être interprété comme un voyage (sans blague ?) au coeur de l’âme et de notre subconscient. The Meaning of I, 4ème opus de ce groupe australien de plus en plus progressif, est-il au-delà de toute espérance ou marque-t-il un léger coup d’arrêt après un I Am the reVolution des plus réussis ? Certains attendent la réponse avec impatience, d’autres la connaissent déjà sans même avoir pu s’en délecter… Il n’y a rien d’autre à dire en préambule, si ce n’est que Daniel Estrin, Simone Dow, Alex Canion, Scott Kay et Mark Boeijen (autrement dit l’équipage de bord du vaisseau Voyager) nous proposent d’embarquer pour une croisière interstellaire au plus profond de notre subconscient. 13 escales pour y voir plus clair… ou sombrer un peu plus… c’est à eux de choisir, nous voici forcés (mais de notre plein gré) à suivre leur itinéraire…

1ère escale : « Momentary relapse of pain, in the face of perversity… »

Sans attendre, Daniel et ses amis nous lancent sur une piste dark progressive aux riffs de fond rappelant un peu les moments les plus sombres du 1er album Element V. Mais la comparaison s’arrête là… c’est moderne, axé vers un aspect futuristique contrôlé, les claviers du chef d’orchestre Estrin s’installant déjà comme une évidence.

On marche à tâtons dans les affres de la douleur et on essaye de s’en sortir par des chemins tortueux… En un « I feel so empty » répétitif précédent un refrain hypnotisant, Danny et ses compères veulent nous emprisonner dans leur univers et ce dès la première destination. Pour un résultat à la fois malsain, léger, aéré et complexe.

2ème escale : « And I stare into the night… with you! »

On reprend un peu son souffle en une introduction pourtant très électro/prog… le chant est distordu, la mélodie acidulée, l’ambiance à son paroxysme. Ca groove et c’est moderne à la fois. Le refrain très mélodique nous fait penser à une chanson d’amour mais quelques paroles laissent entrevoir une relation houleuse ou impossible (voire simplement amicale, au grand dam d’un Danny en mode lover). L’aventure s’avère ici torturée dans ses couplets avant des refrains plus directs laissant pénétrer une certaine lumière. L’équipage reprend place, sourire aux lèvres, les passagers que nous sommes étant d’ores et déjà perdus dans un profond labyrinthe mélodique…

3ème escale : « Time for you to try something new! »

« Seize the Day » ou le quartier libre autorisé par nos hôtes. Un véritable single, terriblement accrocheur au fil des écoutes, ou une pause pour autant très loin d’être dénuée de réflexion. Nous sommes cependant ici rassurés et nous laissons aller par cette perfection progressive mélodique tranquille jusqu’au refrain bluffant de simplicité et de maîtrise. L’expédition s’écoule ainsi parfaitement, se voulant rassurante et bienfaitrice.

4ème escale : « Into the horizon I try to bring myself to fly, finding a machine to spread its wings with me… »

Il fallait pourtant s’y attendre, le message précédent était clair : « Il est temps pour vous d’essayer quelque chose de nouveau ». Et là on comprend très vite… On se « brise » l’échine en une randonnée profondément ambiante, à l’atmosphère éthérée et étirée à souhait. On fait l’effort et joue le jeu, parfaitement conscient du danger qui nous entoure. On se vide l’esprit puis se laisse transporter par ces samples/claviers et guitares se mariant parfaitement pour se fondre dans un rythme chaloupé. Jusqu’au refrain venu d’ailleurs, touchant à souhait. Et là, on ne sait déjà plus où on est…

« Are you breaking? Are you broken? » …

5ème escale : « And I’m still falling, holding unto what I have got… »

Sur le fil du rasoir, la piste suivante décolle à contre-temps et ne se laisse que difficilement apprivoiser. « The Pensive Disarray », sorte de désarroi réfléchi, un titre semble-t-il fort bien choisi et même renforcé par l’apparition du lieutenant anglais Daniel Tompkins (chanteur de TesseracT à ses heures perdus) qui apporte un peu de sa magie djent avec lui. Quelque chose nous hante, la voie qui s’offre à nous baigne dans une latente oppression… Les deux Daniel s’accordent sur le final afin de parachever l’oeuvre, nous guidant au-delà d’un temple maudit avec brio, mais nul n’a pu en sortir indemne. Au-delà de la métaphore filée, précisons bien qu’il s’agit typiquement du morceau qu’on aime le moins après une écoute mais qui peut devenir notre favori à la longue.

« And I’m suffering again, taking all the pain… »

6ème escale : En moins de 3 minutes, Voyager choisit de conclure ce que l’on pourrait considérer comme la première partie de cet album, que dis-je de ce voyage. Non pas de manière enjouée ou spectaculaire, mais par une ballade synthétique plutôt minimaliste où l’émotion est à son paroxysme. On pourrait croire que Daniel Estrin s’adresse ici à Peter Steele (Type O Negative) bien que l’hommage à ce dernier soit prévu pour plus tard dans le programme… et pourtant, qui sait ? Réponse à venir lors d’une prochaine interview avec le capitaine. En attendant, ce dernier nous prononce comme une sorte de discours tragique, avant de nous laisser entrevoir la suite des péripéties…

« He will remain as one of us… »

7ème escale : « I see grey, put some colour into my day… »

Un nouveau départ ? Les forces sont ainsi renouvellées, tout le monde est sur le pont ! Le groupe d’industrialise, s’électrise un peu plus, pour le morceau le plus surprenant du lot. Un peu comme si Fear Factory, Sybreed, Soilwork et Depeche Mode avaient décidé de copuler en mode quasi techno ; pour un résultat hautement metallistique et toujours progressif. Addictif et génial jusqu’à ces growls inattendus en pré-refrain, nous assistons quelque peu immobiles à une expérience hors du commun. Quant à la fin orientalisante, elle nous plaque au sol sans la moindre souffrance, cette fois-ci plus personne n’osera même se débattre…

8ème escale : « You expect me to forget you… »

Nul ne peut oublier. Daniel et sa team nous fait ainsi visiter le Musée du Géant Vert, avec passion et receuillement. « Iron Dream (In Memoriam: Peter Steele) », tout est dit dans son nom, le leader de Type O Negative tragiquement disparu l’an passé se voit ici rendre un hommage vibrant dans une bâtisse aux reflets synthétiques et irréls. Nous sommes comme dans un rêve, un songe de fer, où l’imaginaire dépasse la réalité…

« It’s a nightmare, but it’s real. It’s the truth, he’s not made of steel. »

9ème escale : « Feuer Meiner Zeit » … mince, je ne parle point allemand et voilà que le HMS Voyager nous amène au pays de Goethe (l’auteur/poète hein, pas notre chroniqueur). Mais bon, mon problème sera bien vite résolu en comprenant qu’il s’agit ici d’un prélude à l’étape suivante, il suffit pour cela de regarder le programme. Du feu, du temps… ok, un choix d’interlude parlé/chanté en allemand, aux claviers très marqués par un écho obscur, un peu comme Sonata Arctica sait si bien le faire parfois. C’est évident, l’équipage se joue de nous et nous fait languir, la suite sera très certainement explosive…

10ème escale : « Finally I free myself from a river of fear… « 

Quelques pas en avant et recevons de la dynamite en pleine figure. Ce « Fire of My Times » est LE moment d’espoir de cet album, sorte de reflet à « Seize the Day » mais de façon plus marquée encore. Nous ne sommes pas loin du power metal/hard rock mélodique sur le refrain, et pour cause ! Ceci est dû à l’intervention d’un guide vocal de choix, le dénommé D.C. Cooper (Silent Force, Royal Hunt) ainsi récupéré de la précédente escale outre-Rhin et visiblement en très grande forme. L’invité apporte ainsi une tonalité inattendue à un titre qui reste pourtant 100% Voyager. Il se passe quelque chose de fort ici, comme si le combo australien venait de franchir une nouvelle dimension. D’ailleurs, nous y sommes clairement entrés avec eux…

« …when the tears of time are frozen in my eyes… »

11ème escale : Une idée d’immortalité, de temps arrêté, portée à bout de bras par la précédente piste, se voit ainsi confirmé par ce « She Takes Me (Into the Morning Light) » quasi poétique. Serait-ce un effet miroir du « Stare Into the Night » quasi initial ? L’amour semble ici plus serein, Daniel tente une séduction assurée et nous prend la main. Oui, il aime ses auditeurs pour nous proposer un tel hymne épris de légereté à la sensation mélodique intacte.

« So won’t you take my hand? »

12ème escale : Il est temps d’en savoir plus… Ou est-il temps de savoir, tout simplement ? Mais savoir quoi ? Si le voyage se conclut sous les meilleures auspices avec une dernière étape magistrale ou non ? Avant celà, nos amis australiens, équipage de choc, nous ménage (à peine) un suspense certes insoutenable mais nécessaire via un son au toucher ambiant cosmique. Envolons-nous au-delà des étoiles une dernière fois avant le bouquet final…

« It’s time to find, It’s time to know… »

13ème et dernière escale : « Is this how we shall dance in our grey romance? »

La question posée préalablement est d’autant plus vicieuse que l’ultime étape de cette croisière cosmique au plus profond de nos émotions se présente elle-même à nous comme une interrogation. « Are You Shaded? » … « Just like me? » … Le commandant Daniel Estrin se torture ici une dernière fois et s’offre même le luxe d’interpeller ses passagers en les invitant pour une dernière danse entre désespoir et profonds tourments. Mais alors, que faire ? Serait-ce à nous de répondre à ses craintes et de lui dire « Oui monsieur, ce voyage a été exquis, merci pour tout ! » … mais en fait l’invitation est ici évidente : « Ne me quittez pas, car ce voyage ne doit pas être le dernier ! » …

« Are you with me or against me? »

On s’y perd mais nous sommes terriblement tentés, le voyage sera ainsi refait – pour des destinations déjà connues mais redécouvertes à chaque fois. Danny pourra ainsi se rassurer après nous avoir tant crié ses doutes en quelques growls profonds, son équipage pourra ainsi à nouveau se réjouir et repartir nous envoûter aux côtés de son charismatique leader.

Voyager 2011

Le message est au final clair. Capitaine Daniel Estrin et sa fidèle équipe ont voulu nous montrer de quoi un être humain pouvait être fait. Ils ont voulu nous faire réfléchir tout en nous faisant naviguer entre doutes, tristesse, deuil, amour, espoir, incertitude du temps qui passe. Alors n’hésitez pas, « Take it all and seize the day! », lâchez-tout et allez écouter ce nouvel album dès sa sortie prévue ce 11 octobre via Sensory Records ; vous ne pourrez qu’être conquis bien que probablement bouleversés. Mais attention, pas instantanément, laissez-lui le temps de vous enivrer et n’oubliez pas de vous armer d’un certain courage avant d’embarquer…
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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