Gazpacho – Molok

Un peu plus d’un an après la sortie de Demon, les Norvégiens de Gazpacho sont de retour avec un nouvel album concept : Molok. Racontant l’histoire d’un scientifique des années 1920 qui s’interroge sur le pouvoir spécifique de certaines pierres sur l’avenir de l’humanité, Molok (dérivé de « Moloch », le nom d’un démon issu de la Kabbale) est un album à la trame scénaristique poussée. Derrière cet ambitieux concept se cache un album déstabilisant, comme lorsque ces notes de piano dissonantes s’immiscent à l’oreille de l’auditeur dès le premier titre, « Park Bench ». Cet opus est également l’un des plus sombres et des plus difficiles d’accès de la discographie des Norvégiens.

Longtemps comparés à Marillion période Hogarth, en raison des ambiances feutrées et atmosphériques qui règnent sur leur production discographique depuis Night (2007), le groupe a depuis réussi à se démarquer de cette influence. Gazpacho propose une musique progressive très personnelle, bien que « Know Your Time » puisse évoquer le groupe britannique, notamment par son solo de guitare proche de Steve Rothery. Ce titre est d’ailleurs l’un des meilleurs de l’album, où l’émotion transmise par la guitare de Jon-Arne Vilbo et le violon de Mikael Kromer joue un rôle crucial.

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La voix de Jan-Henrik Ohme (chant) est particulièrement expressive sur l’ensemble de l’album (« Know your Time », « Alarm »). Il fait partie de ces chanteurs de prog au timbre reconnaissable immédiatement, au même titre que Marco Glühmann (Sylvan) ou Steve Hogarth (Marillion), sachant distiller émotion et sincérité à travers une voix qui semble fragile au premier abord. On a d’ailleurs l’impression que le sextet a choisi de faire reposer Molok sur les épaules du vocaliste, très souvent sollicité, notamment en raison de la trame narrative de l’album. L’aspect conceptuel de l’opus est également renforcé par des thèmes musicaux qui font écho à l’histoire développée, comme sur « Bella Kiss », à l’ambiance slave très marquée. C’est peut-être là le principal souci de cette oeuvre, qui voit Gazpacho prendre beaucoup de risques au détriment du côté accrocheur de leurs titres (les chœurs d’enfants sur « Choir of the Ancestors » en sont le meilleur exemple).

Si les Norvégiens intègrent des éléments de world music dans leur prog esthétique (« Algorithm » et ses ambiances orientales), l’album manque de cohérence, notamment dans un exercice où le groupe excelle d’habitude, les longues pièces épiques. Ici, un seul titre approche les dix minutes et vient conclure l’album, sur une touche très ambiante (« Molok Rising »), où le climax met beaucoup de temps à arriver.

Au final, ce neuvième album de Gazpacho est plutôt bon, mais la prise de risque importante, initiative louable, déstabilisera les auditeurs par le manque de repères. Malgré de nombreuses écoutes, il est difficile de se familiariser avec l’univers développé dans cet album. Prisonniers de leur concept, les Norvégiens n’ont pas composé de titres forts comme ceux que l’on pouvait trouver sur Night, Tick Tock ou Missa Atropos et Molok souffre réellement de la comparaison avec ces opus sus-nommés. Si le groupe évolue et se détache peu à peu de ses influences, il semble que l’ambition dont il fait preuve sur cet album joue en sa défaveur. Dommage lorsque l’on connait le potentiel des musiciens.

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Gazpacho n’en reste pas moins un groupe qui n’a pas son pareil sur la scène progressive et qui choisit de suivre sa propre voie, même si celle-ci n’est pas celle de la facilité mais celle d’un prog contemporain à l’esthétique léchée, parfois déstabilisante.  

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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