Clutch (+ Planet Of Zeus) au Trabendo (27.11.2015)

"La température monte degré après degré, [...] rien ne semble vouloir arrêter cette transe musicale collective"

Véritable phénomène en pleine renaissance depuis l’excellent Earth Rocker en 2013, Clutch vit actuellement l’un des volets les plus prolifiques de sa longue et diversifiée carrière. Avec un très récent Psychic Warfare qui se payait le luxe culotté de placer la barre plus haut encore, le groupe du Maryland continue sur sa lancée. Après un show d’anthologie sous la Valley du Hellfest 2014, auquel beaucoup ont dû se résigner à ne pas assister au vu de l’affluence, Clutch investit ce soir le Trabendo parisien, pour la première date sold-out de leur tournée.

Planet Of Zeus


Autant le dire tout de go : lors des cinquante minutes qui leur étaient allouées, les Grecs de Planet Of Zeus en ont mis plein les yeux et les oreilles au bon demi-millier de spectateurs qui se pressait déjà dans le pit du Trabendo vers 19h15. Grâce à un son parfaitement balancé et à leur charisme indéniable, les enfants de l’Olympe ont su sans mal convertir la foule à l’énergie de leurs compositions accrocheuses.

Partout dans la salle, les têtes oscillent frénétiquement au rythme de riffs pachydermiques imparables et soutenus par une basse au groove ravageur. Au sein de la section rythmique, seul le batteur Syke présente ponctuellement quelques faiblesses : on sent de légers flottements lors des changements de signature rythmique, mais aussi de sensibles approximations dans le déroulé de certaines levées. Fort heureusement, l’ensemble reste solide une fois le tempo installé : ceci permet de mettre en valeur l’extrême lourdeur de riffs efficaces au possible.


 

Le frontman Babis déploie une voix saisissante, au timbre puissant et rocailleux, qui lui permet d’égrener des cris testostéronés parfaitement à leur place dans l’univers suant et velu du combo.
 

Seuls reproches, la communication reste sympathique mais tourne rapidement en rond, et le concert comporte un petit ventre mou long de deux titres à la mi-parcours. Masi globalement, le verdict est sans appel, et parfaitement représenté par ces centaines de corps s’agitant en rythme, à l’unisson, comme captivés par le final "The Great Dandolos" : Planet Of Zeus a saisi l’essence profonde du rock, et sait l’exprimer pleinement sur scène, le son lourd et entêtant en prime.
 

Clutch


Quelques minutes de changement de plateau pendant lesquelles la fosse continue de se remplir, et les membres de Clutch montent sur la scène du Trabendo au son de la bande "Money" de Chuck Brown, devant une salle pleine à craquer. Sans transition, on plonge la tête la première dans l’excellent et dernier en date Psychic Warfare, avec le combo "X-Ray Visions"/"Firebirds", qui agit comme un premier rouleau compresseur, le premier du régiment qui nous attend au tournant ce soir.

Malheureusement, le son est brouillon, la faute à une basse sourde et prédominante qui vient complètement dévorer la guitare de Tim Sult. C’est fort dommage, car cela entache complètement l’impact des titres, et atténue le rendu de la fougue d’un Neil Fallon qui, comme à son habitude, se démène comme un diable sur scène. Le son va heureusement aller en s’améliorant au fil de la soirée, et devenir correct après une vingtaine de minutes, sans pour autant égaler l’excellente balance de Planet Of Zeus.

Rapidement donc, on peut se délecter de l’incroyable performance de Neil Fallon. En effet, ses trois comparses sont plus en retrait, la palme revenant à Tim Sult, dont le comportement frise l’autisme, comme à l’accoutumée, yeux rivés sur le manche et mouvements minimalistes étant les symptômes principaux. Mais qu’importe, cela fait partie du personnage, et le bonhomme assure sévèrement par ailleurs. Fallon, comme on le disait, est sur tous les fronts, gesticulant entre deux lignes mélodiques, et venant au contact du public. L’énergie qu’il déploie est prodigieuse, mais le plus sidérant reste sa voix, comme le savent bien les adeptes de Clutch. Un grain particulier, très rauque et brut, avec une puissance hallucinante, qui prend les auditeurs à la gorge sans détour. Le rendu est identique à celui des versions studio des compositions, preuve que le barbu ne compte sur aucun artifice pour doper ses prestations.

Côté public, c’est la folie sans aucun répit. Slams en pagaille, bières plus ou moins remplies qui volent en tous sens, il est clair que la musique du combo déchaîne les passions. Certains, au plus grand dam des agents de sécurité, poussent le vice jusqu’à escalader les tours de caissons de basse de part et d’autre de la scène, pour mieux se jeter sur la marée humaine à laquelle font face les Américains.

Cette folie n’aura de cesse jusqu’à la quasi ballade "Our Lady Of Electric Light", qui permet à chacun de reposer ses cervicales, mais ne fait aucunement retomber la pression. Long moment de communion, et ambiance de bord du Mississippi, le titre voit un fan passer de bras en bras, brandissant un drapeau français flanqué d'un "Fluctuat Nec Mergitur" en hommage à ses frères tombés au Bataclan.

Au total, ce sont pas moins de huit titres de Psychic Warfare qui sont interprétés ce soir, parmi les dix que compte l’opus, si l’on met de côté les introduction et interlude que sont "The Affidavit" et "Doom Saloon". Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’examen du live est un franc succès pour ces nouveaux morceaux. Le rendu est excellent, très dynamique, et les parties que le public reprend naturellement à tue-tête sont légion.

Jusqu’à "Son Of Virginia", très bien accueilli également, les mouvements de foule reprennent de plus belle dans la fosse, de même que les lancers d’objets divers vers le plafond. La température monte degré après degré, mais rien ne semble vouloir arrêter cette transe musicale collective. "Earth Rocker" notamment, fait son petit effet, en réussissant le public à hausser son niveau de jeu d’un cran supplémentaire.

Le rappel vient confirmer, s’il en était réellement besoin, la mandale que Clutch a flanqué à la capitale. "D.C. Sound Attack ! "  y précède l’inénarrable "The Mob Goes Wild", qui vient drainer les dernières forces de tout un chacun. Les musiciens peuvent se retirer sous une ovation assourdissante entièrement méritée, laissant derrière eux un public conquis et encore KO après 90 minutes d’énergie brute et sans détour. On recommence demain ?X-Ray Visions

Setlist :
Firebirds!
Crucial Velocity
Burning Beard
Cyborg Bette
Unto the Breach
Sucker for the Witch
A Quick Death in Texas
Our Lady of Electric Light
Earth Rocker
Escape From the Prison Planet
Spacegrass
Noble Savage
Your Love Is Incarceration
Son of Virginia

Rappel :
D.C. Sound Attack!
The Mob Goes Wild

Photos © 2015 Marjorie Coulin - Visiter son site



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