Carcass (+ Obituary + Napalm Death + Voivod + Herod) à  la Cigale (23.11.2015)


« We Play. End of discussion »

C’est par ces mots postés sur leur page facebook que Carcass mettait fin aux interrogations concernant l’annulation potentielle du concert parisien de la tournée Deathcrusher, suite aux attentats ayant eu lieu quelques jours auparavant dans la capitale. Et autant dire que cette date était attendue par de nombreux fans du genre. Pas moins de quatre groupes de légende sur la même affiche, voilà qui ne pouvait que pousser les parisiens à reprendre le cours de leur vie et s’amuser en dépit des événements récents. D’ailleurs, si la Cigale n’est pas complète ce soir, nous n’en sommes pas loin. Retour sur ce qui sera vraisemblablement l’un des concerts les plus marquants de 2015.

Herod

Le renforcement des mesures de sécurité à l’entrée de la salle ralentit quelque peu l’entrée des spectateurs dans la Cigale. De plus, en raison du nombre conséquent de groupes à l’affiche ce soir, l’ouverture des portes se met en place relativement tôt. Si bien que c’est devant une fosse peu remplie que se produisent les Suisses d’Herod. Mais il en faut plus pour décourager la formation qui va profiter d’un temps de jeu court (une vingtaine de minutes) pour faire découvrir son métal teinté de sludge et de djent. Les compositions bénéficient d’un son lourd, faisant la part belle aux rythmiques.

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Il est vrai que de par son approche résolument moderne, le son du quatuor se démarque totalement des autres groupes à l’affiche. Sur cette base rythmique se greffe le chant hurlé de David qui profite des interludes instrumentaux pour faire tournoyer son micro à l’aide du câble, tel un lasso. On sent que Herod n’en est encore qu’à ses balbutiements scéniques, et sa musique n’est pas des plus originales à l’heure actuelle, mais on sent le groupe touché d’être présent sur cette scène parisienne. Dommage cependant que le style pratiqué par les Suisses diffère trop de l’affiche, ne recueillant ainsi que des applaudissements polis de la part d’une audience qui investit petit à petit la Cigale.

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Voïvod

Voïvod est un groupe trop rare dans nos contrées. Pourtant les récents concerts donnés en France par la formation québécoise sont toujours des moments de communion et de rires entre un public fidèle et un groupe injustement sous-estimé. Nous gardions notamment en tête l’excellente prestation des Canadiens donnée au Covent Garden (Eragny) au printemps dernier. Les musiciens seraient-ils en mesure de surpasser ce concert ? La réponse est bien évidemment oui. Lorsque le quatuor débarque sur scène, tous les ingrédients sont réunis. En premier lieu, le son est particulièrement bien équilibré et la fosse est beaucoup plus compacte. De plus, les musiciens sont tout sourire, à l’image de Snake (chant) et Dan « chewie » Mongrain. Ce dernier fait honneur à Denis « Piggy » D’amour, son prédécesseur décédé il y a tout juste dix ans d’un cancer, envoyant des plans de guitare d’extraterrestres tout en faisant des gros yeux écarquillés.

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Snake communique énormément avec ses « cousins » français, narguant même les plus jeunes (« cette pièce est tirée d’un album de 1988, vous n’étiez pas nés… » en prélude à « Tribal Convictions »). La bonne humeur du combo est totalement contagieuse. Lorsqu’un spectateur remercie le groupe d’être là, Snake rétorque « c’est notre métier ! ».

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D’autre part, on sent que Rocky le nouveau bassiste est très bien intégré, Voïvod réclamant une ovation à son égard. Côté setlist, les Québécois piochent dans chaque album, l’occasion de réentendre les classiques (« Overreaction ») aux cotés des morceaux les plus récents (« Kluskap O’kom »). Voïvod en profite également pour interpréter « Forever Mountain », un nouveau titre qui donne déjà envie de découvrir le futur album du combo. Ce Deathcrusher tour donne également l’occasion de voir la bonne ambiance qui règne entre les différentes formations. Et cela se concrétise par de nombreux guests, à commencer par Jeff Walker (Carcass) qui vient assurer la basse avec Voïvod le temps d’un titre d’Angel Rat, « The Prow ». Le concert de Voïvod, bien que trop court, aura su marquer les esprits, aussi bien en raison des qualités humaines que musicales des quatre Québécois. De quoi entrer de plein pied dans cette soirée…

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Setlist Voïvod

Ripping Headaches
Tribal Convictions
Kluskap O’kom
Chaosmöngers
The Prow (avec Jeff Walker)
Overreaction
Forever Mountain
Voïvod

Naplam Death

Barney Greenway (chant) et sa bande sont bien plus qu’un groupe, Napalm Death est une institution. Pionnier du grind, pillier du death, le combo Anglais est connu pour son intégrité, ses prises de positions politiques et sa sincérité. Alors que de nombreux artistes se cachent derrière des volutes de fumée au moment d’entrer en scène, les membres de Napalm Death effectuent eux-mêmes leur souncheck et démarrent leur set de 40 minutes lumières allumées. On ne triche pas, tout est dans l’attitude. L’intro de Apex Predator Easy Meat, le dernier brûlot du combo, retenti avant l’avalanche de décibels déployée par « Silence is Deafening ». Napalm Death est fidèle à lui-même, malgré l’absence de Mitch Harris, le guitariste du combo, retenu pour raisons familiales et remplacé par John Cooke.

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Les titres du dernier opus s’enchaînent et n’ont pas à rougir à côté des classiques issus de Scum. « How the Years Condemn » est d’ailleurs un grand moment de ce set. La fosse fait un accueil magistral à Barney et sa bande et la température monte rapidement rien qu’en voyant les pogos. La setlist permet de faire un grand écart temporel, puisque ce sont le premier opus, Scum, ainsi que le dernier, Apex Predator Easy Meat, qui seront les mieux représentés dans ce set. D’ailleurs, lorsque les titres de Scum déboulent, c’est l’occasion pour Bill Steer (Carcass) d’interpréter « Deceiver » avec Napalm Death (groupe dont il a fait partie sur le premier opus, alors que Shane, Danny et Barney n’étaient pas présents). Quarante secondes plus tard c’est terminé, mais cette participation prouve une fois de plus que l’ambiance qui règne entre tous ces groupes est excellente. Après un « You Suffer » de derrière les fagots (certainement le titre le plus connu de Napalm Death), le set se termine de façon classique avec la reprise des Dead Kennedys, « Nazi Punks Fuck Off », qui trouve une résonnance particulière ce soir, ou encore le très bon « Suffer the Children ».

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Napalm Death n’a pas failli à sa réputation, et reste l’un des meilleurs groupes de scène, même amputé de son guitariste historique Mitch Harris. Le charisme de Barney y est sans doute pour beaucoup, et le public, exsangue, ressort de la fosse sourire aux lèvres après cette prestation du feu de dieu.

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Setlist Napalm Death

Apex Predator Easy Meat
Silence is Deafening
On the Brink of Extinction
Smash a Single Digit
Timeless Flogging
How the Years Condemn
Scum
Life ?
The Kill
Deceiver (avec Bill Steer)
You Suffer
Cesspits
Nazi Punks Fuck Off (Dead Kennedys cover)
Unchallenged Hate
Suffer the Children
Siege of Power

Obituary

La folle soirée se poursuit avec l’un des piliers de la scène death metal floridienne. C’est avec la rythmique pachydermique de « Redneck Stomp » qu’Obituary démarre son set. Ce titre instrumental fait immédiatement headbanguer les têtes de par son côté entraînant et entêtant et fait office de très bonne ouverture. « Centuries of Lies » voit enfin John Tardy venir fouler les planches. Le vocaliste éructe avec sa voix éraillée qui est la signature musicale d’Obituary. Même si l’on sait que le gaillard n’est pas des plus communicatifs, on se prend à regretter le manque d’échanges entre le leader et le public.

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De plus, Frank Watkins, ancien bassiste de la formation étant décédé un mois auparavant, nous aurions pu espérer un hommage à ce musicien qui a contribué à forger le son du groupe dans les années 90. Mais Obituary préfère laisser parler la poudre et enchaîne une setlist des plus efficaces, mettant bien évidemment en avant son opus phare, Slowly we Rot.
Visiblement Terry Butler et Ken Andrews, les deux derniers arrivés dans le groupe ont bien trouvé leurs marques  et sont totalement intégrés dans la formation. De même, les titres d’Inked in Blood ne dépareillent pas au sein de la setlist, même s’il est étrange de constater l’absence de « Violence » pour lequel Obituary vient de réaliser un clip vidéo.

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Le public fait une fois de plus un bon accueil à la formation, ne montrant aucune fatigue, malgré les deux prestations précédentes qui furent également énergivores. Avec un final des plus efficaces (« Don’t Care » et « Slowly we Rot ») Obituary termine son set en se mettant une fois de plus l’audience dans la poche et confirme que sa réputation n’est pas usurpée.

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Setlist Obituary

Redneck Stomp
Centuries of Lies
Visions in my Head
Intoxicated
Bloodsoaked
Dying
Find the Arise
‘Til Death
Don’t Care
Slowly we Rot


Carcass

Apès ces trois prestations grandioses, la fatigue se fait peu à peu ressentir au moment où la bande son envoie « 1985 » en ouverture, alors que sont projetées des animations sur le backdrop de Carcass. Mais dès « Unfit for Human Consumption », Jeff Walker et ses comparses redonnent un gain d’énergie au public. Le son est exemplaire, tout comme les lumières et ces conditions permettent de profiter pleinement de la prestation de Carcass. Le groupe balaye toute sa discographie, à l’exception de son premier album, Reek of Putrefaction, mais c’est toujours Surgical Steel, l’album de la reformation qui est mis à l’honneur. D’ailleurs l’efficacité de ces titres en live n’est plus à prouver (« Cadaver Pouch Conveyor System ») même si ce sont les extraits d’Heartwork qui recueillent le plus de succès à l’applaudimètre.

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Jeff Walker se permet de palabrer longuement entre les titres (ce qui tranche littéralement avec John Tardy), répétant inlassablement son amour pour Paris et condamnant fermement les actes terroristes à grand coup de majeur dressé. Le leader en profite également pour lancer une quantité phénoménales de bouteilles d’eau à un public qui semble ravi de pouvoir se désaltérer entre l’avalanche de riffs. Même si la fatigue se fait légèrement sentir, la prestation énergique de Carcass balaye tout d’un revers de main.

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Nous avons longuement souligné l’ambiance bon enfant qui semble régner entre les musiciens des quatre formations, et qui s’exprime par de nombreuses interventions. Terry Butler (Obituary) se permet de monter sur scène pour discuter avec Jeff Walker et le public, avant de repartir en coulisses. Mais c’est surtout le rappel qui verra le public parisien gâté. Pour la première fois sur ce Deathcrusher tour, une longue jam finale s’ajoute à la setlist de Carcass. Les membres du groupe rejoints par Shane Embury, Dan Mongrain, Snake et Simon Efemey (roadie de Napalm Death) se lance dans une reprise fun d’Absolute Power, side project de Shane Embury et ode au heavy metal à la Judas Priest. Simon Efemey et son look à la Rob Halford sèment la confusion au sein de l’audiance tellement le mimétisme vocal et physique est troublant avec le chanteur de Judas Priest. Il est  par ailleurs particulièrement amusant d’observer Snake, casque de chantier sur la tête et ballon de baudruche en main faire des signes au public, sans se prendre au sérieux. La bonne humeur qui règne sur scène est communicative et le temps d’un concert regroupant quatre des plus grandes formations du genre, le public parisien a oublié les récents événements.

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Voïvod, Napalm Death, Obituary et Carcass se sont succédés sur scène, avec chacun une approche différente du metal. Mais le message est resté le même pour tous et cette soirée excellente pourrait bien figurer comme le concert marquant de 2015. They Played. End of Discussion.

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Setlist Carcass

Unfit for Human Consumption
Buried Dreams
Incarnated Solvent Abuse
Cadaver Pouch Conveyor System
This Mortal Coil
The Granulating Dark Satanic Mills
Captive Bolt Pistol
Exhume to Consume
Reek of Putrefaction
Keep on Rotting in the Free World
Corporal Jigsore Quandary
Mount of Execution
Heartwork

Rappel :

Land of Steel (Absolute Power cover, par le Deathcrusher band)

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Merci à Garmonbozia
Photographies : © Arnaud Dionisio/Ananta 2015
Toute reproduction interdite sans autorisation du photographe.



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