Listening Session : Nightwish – Imaginaerum (Paris, 18.10.2011)

En ce mardi 18 octobre 2011 pluvieux, nous fûmes conviés à Paris par Nuclear Blast pour une première écoute du nouvel album de Nightwish avant l’interview d’un des deux membres présents sur place (Tuomas Holopainen et Marco Hietala, c’est d’ailleurs ce dernier qui fut notre cible – entrevue à lire bientôt sur notre site). Muni d’un iPod high tech et d’un casque, il est temps de découvrir cet Imaginaerum tant attendu. 70 minutes de metal symphonique comme Nightwish sait le faire.

Les quelques lignes qui suivent ne constituent pas une chronique mais simplement une première impression, ne cherchons donc pas trop l’avis objectif et réfléchi du chroniqueur mais plus quelques pistes à exploiter afin de permettre au fan de se faire une première idée sur ce nouveau CD.

« Men profess to be lovers of music, but for the most part they give no evidence in their opinions and lives that they have heard it » (Henry David Thoreau)

C’est par cette citation que nous sommes lancés dans l’écoute, ainsi étant introduite et présentée la tracklist à nos yeux… déroulons-la et présentons rapidement chaque chanson.

Nightwish 2011, promo picture Imaginaerum

1) Taikatalvi (2’30 »)

Ou « Magic Winter » traduit en anglais, cette intro offre une ambiance « boite à musique » assez intéressante réhaussée du chant quasi narré en finnois du bassiste Marco Hietala. Rien de bien fou dans ces premières secondes mais une belle mise en place… « World is the canvas of imagination », voici le message passé ici d’après le press book, et on veut bien le croire.

2) Storytime (5’30 »)

Le single, très typé et accrocheur d’ailleurs mais bougrement efficace. Ca y est, à peine la première écoute effectuée, on a déjà le refrain en tête et on souhaite au plus vite se le remettre entre les oreilles. Du Nightwish typique avec une Anette semble-t-il plus affirmée, quelques vocalises bien pensées ponctueront d’ailleurs la piste après quelques choeurs bien sympathiques. « I am the journey, I am the destination », les paroles semblent assez simples et le titre de l’album y fait même une apparition. Un morceau qui lance cette nouvelle galette sur de bonnes bases.

3) Ghost River (5’25 »)

On rentre dans le vif du sujet avec un Marco qui s’énerve un brin, lâchant sa grosse voix bien virile et heavy. La chanson s’avère sombre et lourde, bien calée sur des rythmiques marquées et un duo Anette/Marco parfois proche du « malsain ». Le refrain lâche les chevaux avec le « fantôme » Marco qui ne laisse aucune chance au hasard :  » We will go down, we will drown down deeper down deeper down, we will drown!”… L’orchestration à la Danny Elfman, bien dark, renforce la puissance intrinsèque d’un morceau qui saura faire parler de lui. Nightwish se donne à fond, on ne peut que s’en féliciter.

4) Slow, Love, Slow (5’35 »)

Première rupture avec une chanson douce style cabaret/jazz/blues. On ne reconnait plus le groupe et le constraste s’avère saisissant si l’on compare avec la piste précédente. Toute en douceur, Anette étonne et étoffe son registre sur ce piano bar mélancolique réhaussé d’une basse acoustique ronflante et dont les paroles font l’éloge d’un amour silencieux au-delà des mots (« Truest love needs no words, demands or promises »). « Do I love you or the thought of you? » … Tout est dit, en attendant cette piste légère nécessitera un temps d’adaptation certain au fan de base ainsi qu’une ouverture d’esprit nécessaire pour une pièce très intéressante artistiquement bien que (très) déstabilisante.

5) I Want My Tears Back (5’20 »)

Attention, gros moment ! Avec son introduction façon Megadeth folkisant, cette chanson nous saute à la figure dès les premières secondes. Marco se laisse aller avec son chant caractéristique, Anette lui donne la pareille avec conviction et on se lance dans une mélopée à la fois hard FM (à la Brother Firetribe, l’autre groupe du guitariste Emppu si certains veulent une comparaison précise), moderne et heavy folk. Du grand Nightwish. Et ce n’est pas ce solo en forme de jigue irlandaise qui rabaissera le niveau. « Where are the sleepless nights I used to live for? » … on se le demande, Tuomas a peut-être eu besoin de quelques insomnies pour nous sortir ici l’artillerie lourde.

6) Scaretale (7’40 »)

Premier « long » morceau de l’album, aux tonalités assez dark effrayantes comme l’indique son titre. Grosse intro bien metal là encore, Emppu Vuorinen semble avoir affûté ses cordes pour l’occasion, et une Miss Olzon quelque peu éclatante en quelques vocalises déjantées. Ou quand Anette devient Agnete (NDLR : Agnete Kjølsrud, chanteuse de Djerv et connue pour ses récents guests dans Dimmu Borgir ou Solefald) ? La miss semble plus libérée que jamais, parfaitement intégrée au groupe. « You’re the innocence to burn the evil », tout le contraste se fige en ces quelques mots. Même si quelques (premières) longueurs se font entendre, cet Imaginaerum continue à bien se lancer sur des bases plutôt élevées…

7) Arabesque (2’50 »)

Premier interlude pour respirer un peu, une instrumentale orientalisante qui nous sert quelques cavalcades bien pensées, transformant cet effort en une sorte de soundtrack épique pour film d’aventure. Cela aurait bien collé en bande son d’un film genre La Momie. Un instant bien sympathique s’il en est en plein coeur du brûlot.

8) Turn Loose the Mermaids (4’20 »)

Et une autre ballade pour la route (avec un titre influencé par un album de My Dying Bride ? Maybe…), sauf qu’après l’interlude son placement ne s’avère pas forcément pertinent même si son côté folk simple met une nouvelle fois Anette en valeur. « O how beautiful it used to be, just you and me… », la mélancolie s’empare de chaque mot et la chanteuse suédoise vogue de note en note telle une sirène. Bon, d’accord, ce ne sera certainement pas la réussite de l’album, pour beaucoup s’agira-t-il peut-être du « morceau en trop », mais l’effet voulu par Tuomas et ses ouailles fonctionne plutôt bien. « The mermaids you turned loose brought back your tears », de quoi s’émouvoir jusqu’à l’aube…

9) Rest Calm (7’03 »)

Voici la chanson présentée comme un hommage certain à My Dying Bride (tiens, on y revient), l’un des groupes préférés de Tuomas. Mouais, si on veut, il est vrai que nous attaquons ici par un riff assez lourd et profond, doomisant en substance, mais on reste assez éloigné de l’atmosphère du genre. Le son est massif avec un Marco toujours au meilleur de sa forme qui booste nos tympans au moment opportun. « Rest calm and remember me… », on peut toujours essayer mais difficile de rester tranquille à l’écoute d’une telle production.

10) The Crow, The Owl and the Dove (4’10 »)

Cette petite chanson aux reflets pop-folkisant peut être considérée comme la troisième ballade du CD, peut-être celle de trop ? Le rythme se ralentit à nouveau au moment où on attendait une accélération nouvelle, ainsi ce titre écrit par Marco Hietala et chanté entre autre par le cornemusier Troy Donockley (en charge des instrumentalisations celtiques comme sur le précédent opus) nous déstabilise un peu. Un pouvoir hypnotisant et envoûtant semble vouloir émaner de son refrain langoureusement répété (« Don’t give me love […], give me truth instead ») mais la magie ne passe pas aussi directement que cela le devrait. Les reflets « blasés » de ce morceau nécessiteront certainement qu’on y revienne le temps voulu.

11) Last Ride of the Day (4’37 »)

Ah enfin, on repart en metal accrocheur, il était temps… Trêve de plaisanterie, essayons de cacher ce fan de power metal sympho qui survit en moi et avançons un peu les pions d’un titre clairement taillé comme un single « à l’ancienne », le type même de la chanson dite « cool » pour tout fan old school du groupe. Là encore les reflets folkisants réhaussent le niveau, notamment sur le refrain, et cette intro digne d’un « Planet Hell » nous renvoie quelques 7 ans en arrière (remember Once, dernier album avec Tarja Turunen au chant). Les paroles laissent ici une part importante à la magie (un « abracadabra » étant lancé à la volée) pour un titre qui semble assez central au concept, mêlant « lumière » et « obscurité ». « Wake up, dead boy… », une bien belle chanson qui pourrait en effet réveiller un mort.

12) Song of Myself (13’32 »)

Boum ! Le gros morceau tant attendu. 13’32 », à peine plus court que le splendide « The Poet and the Pendulum » (seul grand moment d’extase de Dark Passion Play), mais force est de constater que ce « Song of Myself » n’a que peu à voir avec son grand frère. Pas que cette épopée s’avère mauvaise, loin de là, sa première partie réunissant des ingrédients symphoniques-épiques parfaitement redoutables tout en offrant à Anette un rôle majeure et un chant à nouveau quelque peu surprenant par instants. Cet hommage à Walt Whitman, l’un des poètes préférés de Tuomas, prend cependant une tournure tout autre dans sa seconde partie puisque totalement axée sur une longue joute narrative où bon nombre de personnages sont réquisitionnés (parmi eux le père et les enfants de Marco). Il faut donc ici parfaitement assimiler le concept pour totalement se sentir « pénetré » par un final plutôt frustrant de prime abord… « Paper is dead without words », cela est bien vrai, mais trop de trop peut tuer le trop lorsqu’il s’agit de conter une histoire sur une importante durée.

13) Imaginaerum (6’13 »)

Le CD se conclue sur un récapitulatif symphonique orchestral des plus ambitieux, reprenant la plupart des thèmes des différentes chansons de l’opus. Un peu comme Angra avait su le faire en conclusion de Temple of Shadows (là aussi en 13ème piste et sous le titre « Gate XIII »). Rien de bien nouveau donc mais un final qui plaira aux amateurs du genre.

Nightwish - Imaginaerum (Listening Session, Paris)

Difficile donc de se faire une impression juste après simplement une seule écoute. Ce nouveau Nightwish va demander une digestion certaine mais s’installe clairement sur des bases on ne peut plus solides, entre mélodies accrocheuses, tentatives ambitieuses, symphonies audacieuses et parties metal bien loin d’être frileuses. Les quelques longueurs notées ici et là aurait donc tendance à tempérer l’impression d’excellence ressentie ici ou là, mais attention… Celles-ci pourraient se gommer au fil du temps et offrir donc à Imaginaerum le statut de meilleur album de Nightwish ? N’allons peut-être pas jusque là, mais qui sait… En tout cas, nous pouvons déjà vous l’affirmer, celui-ci est supérieur à Dark Passion Play, ne serait-ce que grâce au chant plus personnel et maîtrisé de la tant décriée Anette Olzon. Tuomas, Marco, Emppu, Jukka et leur frontwoman suédoise peuvent donc être fiers d’eux… à voir sur la longueur désormais ! L’avis de notre chroniqueur sur l’album en lui-même, digéré en plusieurs écoutes, sera certainement décisif sur plusieurs points.

PS : Merci à François Blanc de Rock Hard et son Studio Report (paru dans l’édition d’octobre) pour le timing approximatif de chaque chanson.
 



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