Megadeth – Dystopia

Megadeth  ne lève toujours pas le pied concernant le rythme de ses sorties : après Super Collider, ou encore Endgame et Th1rt3en, la bande de Dave Mustaine accouche à nouveau d’un nouvel opus, tenant ainsi la fréquence assez hallucinante d’un album tous les dix-huit mois. Alors que Super Collider avait amorcé un virage plus mélodique, avec ses morceaux mid-tempo tranchant assez nettement avec la tendance thrash-revival de ses deux prédécesseurs, qu’en est-il de cette nouvelle offrande ? Il semble que Megadeth veuille ici concilier des riffs souvent plus rapides avec le sens de la mélodie qui refaisait son apparition il y a un an et demi, le tout dans une ambiance résolument plus sombre qu’à l’accoutumée.

Avec déjà trois morceaux dévoilés au public via la toile il y a quelques semaines, on pouvait penser s’être fait une bonne idée de ce pourrait être ce Dystopia. Toutefois, le disque s’avère se découper malgré lui en deux parties assez distinctes : les pistes révélées en avance – à savoir « The Threat Is Real », « Dystopia » et « Fatal Illusion » – appartiennent toutes trois à la première portion, qui est la moins réussie des deux.

Pourtant, cette première moitié regorge de petits détails prometteurs et engageants, à l’image de l’introduction du disque, qui s’avère subtile et arabisante à souhait. Après qu’une demoiselle nous a accueillis de sa charmante voix orientale, la cavalcade guitaristique débute, et fait place à la voix de Dave Mustaine, plus rocailleuse et grave qu’à la grande époque, mais nous y reviendrons. Dans cette première partie de l’album, soit environ son premier tiers, on sent un net manque d’inspiration, qui se manifeste par plusieurs composantes. Les riffs éculés se succèdent, à l’image de « Dystopia ». Ce dernier comprend également un refrain minime, peu recherché et caricatural, consistant en la répétition de l’unique mot constituant le nom du morceau. Cette critique concernant le contenu vocal peut aussi être dirigée vers « Death From Within », dont la ligne vocale tourne sévèrement en rond, exploitant les mêmes sonoritées, les mêmes intonations et les mêmes motifs rythmiques que les trois morceaux précédents. On a donc rapidement l’impression que les parties de chant ont été peu répétées, et posées au petit bonheur la chance. Cette impression peut-être étendue aux paroles, parfois maladroites dans leur rythme – le « a chronic lack of perspective » de l’opener semble avoir été rentré de force dans la ligne vocale- ou dans leur contenu : c’est le cas notamment de « Death From Within », dont le refrain (« no place to run, nowhere to hide ») semble caricatural et convenu au possible.

Par ailleurs, on décèle une tendance à vouloir ajouter des parties de guitare lead partout, sans réel discernement. Ainsi, ça shredde à tout va sur les refrains, ce qui s’avère rapidement usant. Le son lead est parfois un peu trop typé power metal, mais l’arrivée récente de Kiko Loureiro (Angra) dans la formation en est une très bonne explication. On s’y fait de toute façon assez vite.

Dans ce premier chapitre, on relève tout de même des refrains accrocheurs et efficaces, et des guitares pleines de groove au début « Fatal Illusion ». Ces dernières surprennent par leur feeling assez dense, presque bluesy, chose rare chez Megadeth.

Passé ce début un peu laborieux et manquant d’âme, on se retrouve à plonger dans une toute autre ambiance, qui semblerait presque appartenir à un autre disque, tant sa construction est plus ingénieuse. « Bullet To The Brain » est le premier a vraiment accrocher l’oreille distraite, grâce à un refrain qui interpelle par son côté incisif. Le riff est efficace, la structure rythmique complexe et entêtante, et, cerise sur le gâteau, le solo final est très bien composé. « Lying In State » et « The Emperor » comportent également ces qualités d’efficacité et de dynamisme fort appréciables, le second étant le plus étonnant. En effet, « The Emperor » reprend des riffs qu’on associerait volontiers au groupes de skate rock qui ont bercé la jeunesse des trentenaires actuels, dans une version plus chargée en testostérone. Pari risqué, mais réussi !

Cette seconde partie de Dystopia installe aussi beaucoup mieux les ambiances, et sait les varier. Ainsi, « Post-American World », qui semble faire écho à la jolie et fouillée pochette de l’album, joue la carte du sombre et de l’oppressant. De discrets et subtils ornements de guitare claire viennent agrémenter les couplets, avec une panoramique très large qui englobe l’auditeur, et provoque cet effet légèrement angoissant. Un autre excellent morceau est sans conteste « Conquer Or Die ». Cet instrumental propose une progression subtile débouchant sur un excellent solo composé très intelligemment : c’est long à démarrer, et c’est tant mieux, tant le final est efficace ! On a donc avec cette piste un excellent interlude, mais aussi l’un des meilleurs moments de l’album.

L’un des autres meilleurs moments prend corps avec « Poisonous Shadows », qui met à l’honneur les sonorités orientales très présentes sur l’ensemble de l’album. Les gammes mineurs harmoniques typiques du Moyen-Orient donnent un véritable cachet à la composition, et les arrangements ne font que renforcer ce ressenti. Des nappes de clavier accompagnant le refrain mélodique à souhait, à la dimension dramatique du refrain final, entremêlé d’un excellent solo de guitare très expressif, en passant par l’outro au piano bien sentie, c’est un quasi sans faute. Seul le premier solo, tirant trop sur la démonstration technique, met une petite ombre au tableau.

Globalement, Megadeth réussi à délivrer un album convaincant, malgré un début laborieux rapidement rattrapé par une seconde partie très réussie. L’arrivée de Chris Adler (Lamb Of God) amène un style percussif encore plus précis et clinique, ce qui n’est qu’appréciable au vu de l’univers du groupe. Dave Mustaine, quant à lui, voit avec les années son timbre tirer de plus en plus vers le grave et l’acidité. Il élimine ainsi la composante nasillarde qui pouvait irriter ses détracteurs, et propose de ce fait des sonorités plus fédératrices. On croirait même presque par moments entendre le jeune James Hetfield, mais on ne le dira pas au frontman (!).

Malgré quelques défauts, qui sont pour certains inhérents au style déployé par Megadeth – notamment les solos parfois peu expressifs – ce Dystopia a de quoi rassasier les fans des Américains.

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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