Behemoth (+ Abbath et invités) à  la Cigale (09.02.2016)

Allez, la messe (noire) est dite.


Après l’énorme tournée constituée de groupes de premiers plans qu’était le Deathcrusher tour mené par Carcass, c’était aux Polonais de Behemoth de prendre la tête d’une tournée à l’affiche impressionnante, accompagnés de Abbath, Entombed A.D et Inquisition. Sans que la somme de ces quatre groupes puisse être juste, cette tournée s’annonçait aussi unique, puisque Behemoth allait jouer en entier The Satanist, son dernier album (trop ?) encensé par la critique et le public. Idéal en théorie, ce concert allait-il tenir toutes ses promesses dans la pratique ?

Inquisition
 


Dans le monde de l’économie, il y a ce qu’on appelle des valeurs refuges, un bien ou un investissement dont on présume la valeur stable en toute circonstance. Aussi tiré par les cheveux que cela puisse paraître, les valeurs refuges s’appliquent aussi dans les concerts de metal, et Inquisition en est un exemple typique. Avez-vous déjà entendu parler d’un mauvais concert d’Inquisition ? Non, fort probablement. Les explications sont simples : des riffs puissants, agressifs, mais aussi accrocheurs et mélodiques quand il faut,  soutenus par un jeu de batterie musclé et le tout joué avec une discipline exemplaire. Rien de plus. Pas de basse, pas de clavier, pas de visages peinturlurés de sang : juste deux mecs, qui mettent au tapis une bonne partie des groupes de la scène black (et au-delà). Ca paraît presque trop simple et pourtant ça marche. Et dès les premières secondes du concert, on pouvait deviner que cette prestation d’Inquisition ne ferait pas exception à ce qui est presque une règle. Leur règle.
 

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Tout est presque déjà dit en fait. Après une entrée sur une introduction lugubre, Inquisition entame son set sur « Force of The Floating » qui met tout le monde d’accord d’entrée de jeu. Le son est excellent, et c’est très bien joué, mais ce dernier point n’est pas une surprise. Dagon est toujours aussi charismatique derrière son micro, bien en voix avec sa voix de corbeau possédé si caractéristique.
 

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Du côté d’Incubus, rien de bien différent à l’horizon non plus. Le batteur blond abat toujours ses blast avec autant de ferveur, et cela sans avoir recours à un son triggé réglé avec les pieds (un détail important qui changera dans le cours de la soirée), et c’est tout à son honneur. Le  tout n’est peut être pas parfait du côté de l’exécution, mais à quoi bon pinailler si ça sonne ? Et ça sonne, tudieu ! Tout cela fait qu’en une petite demi-heure de set, on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer, juste l’impression d’être passé sous un rouleau compresseur. Les fanatiques du groupe auront sans doute regretté qu’ils ne nous jouent pas un extrait de leur nouvel album à venir, mais il y a de fortes chances que l’inquisition revienne jeter son ombre de terreur sur nos terres prochainement, un peu de patience !
 

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Entombed A.D

Ou encore un de ces groupes qui est passé par une lourde phase de divorce, résultant en la formation d’Entombed A.D sur les cendres d’Entombed, avec l’intégralité des anciens membres à l’exception d’Alex Hellid. Malheureusement pour les fans, ce changement de line-up et de nom n’a pour l’instant pas fait ses preuves en studio, avec un Back To The Front qui en a laissé beaucoup sur leur faim. M’enfin, comme ils jouent des vieilles chansons en concert, tout devait se passer pour le mieux, pas vrai ?
 

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Et bien, l’enthousiasme est vite retombé. Déjà, la qualité du son en début de set était franchement loin d’être irréprochable, particulièrement au niveau des guitares, dont on ne retrouvait pas le tranchant caractéristique d’Entombed. Alors quand ils jouent du Left Hand Path ou du Clandestine, ça passe, on pardonne, parce que la qualité des compositions fait que ça marche dans presque toutes les circonstances (toujours la valeur refuge), mais quand ils nous jouent des titres plus récents, tout de suite, c’est moins sexy.
 

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Il faut ajouter à cela que LG Petrov a le charisme d’une huître restée plusieurs heures au soleil. C’est bien simple, si cet homme a eu de la présence scénique, elle s’est évaporée depuis longtemps. On le voit fixer l’audience avec un regard vide et déambuler sur la scène d’un air pas vraiment décidé, ça ne joue pas en sa faveur. Tout cela ne semble visiblement pas déranger une partie de la fosse, qui mosh à tout va comme il se doit sur ce type de death metal.  Heureusement, le son s’améliore en fin de set, permettant de mieux profiter des monstrueux « Wolverine Blues » mais surtout « Revel in Flesh » et « Left Hand Path », qui termine tout de même le set sur une note honorable. Mais contrairement à Inquisition, pas sûr qu’on aurait voulu d’un extra.

 

Abbath
 


Après la belle surprise que fut le premier concert français d’Abbath au Fall of Summer, on pouvait espérer que l’essai serait transformé en salle, avec en plus un premier album plutôt bon sous le bras. Sacrénom, le retour à la réalité fut dur. D’entrée de jeu, le son est franchement mauvais, rendant les guitares quasi-inaudibles à cause de la batterie. On a donc droit à un bon vieux concert de grosse caisse comme on ne les aime pas tant que ça. On peut d’ailleurs se rappeler qu’il s’était passé exactement la même chose au Hellfest 2013 lors du dernier passage d’Immortal. Comme quoi les choses ne changent pas tant que ça !
 

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Il faut par ailleurs mentionner que c’est avec une formation déjà remaniée que le groupe d’Abbath tourne. Exit le très bon Per Valla (Vredehammer) à la guitare pour faire place à une tête relativement inconnue au bataillon, répondant au nom de Ole André Farstad. Pour juger ses qualités de guitariste, on repassera, car il aurait fallu l’entendre distinctement pour cela. Et scéniquement, il est beaucoup plus en retrait que son prédécesseur, un fait qui est partiellement excusé par sa récente intégration au groupe. Toujours est-il qu’en le regardant, lui et les autres, on n’a pas l’impression de regarder un vrai groupe, soudé dans l’envie de conquérir le public. Même King ov Hell semble abbathre (pardon) ses lignes de basse avec un détachement qui impressionne. Il était pourtant bien plus impliqué avec God Seed, y compris lors du dernier concert de la formation au Motocultor 2015.
 

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Pour le nouveau batteur, franchement c’est la déception. On n’entend avec précision que la grosse caisse, et elle ne sonne pas bien en plus ! Pourtant, on apercevait l’excellent ingé-son d’Opeth à la console, que s’est-il passé ? De toute façon, le jeu de Gabe Seeber est on ne peut plus mécanique, et manque de groove par dessus le marché. Tout le contraire de la performance d'Inferno quelques minutes plus tard ! Reste donc Abbath, qui, il faut le dire, en impose toujours sur scène. Vocalement il répond présent, et il s’en sort sans faire trop de casseroles à la guitare, quoique guère glorieux au moment de sortir un solo.
 

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Que reste-t-il de ce concert ? La signature Abbath. Clairement inimitable, on retrouve en bonne partie ce qui faisait le charme d’Immortal dans les nouvelles compositions. Mais avec un son de cette teneur et au moins la moitié des musiciens qui ont l’air de se demander ce qu’ils font sur scène, ça ne peut pas marcher. Ajoutez à cela qu’aucun titre du chef d’œuvre At The Heart of Winter ne sera joué, et que le traditionnel crachat de feu d’Abbath ne sera pas non plus de la partie, et le tableau est complet. Copie à revoir, sous peine que ce groupe ne devienne une caricature de ce que représentait Immortal.
 

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Ps : la photo-prompteur, c’est cadeau. Pour illustrer le reste. (cliquez pour un agrandissement)

 

Behemoth
 


Jusqu’à présent, le bilan était mitigé donc. Un excellent apéritif, et des hors d’œuvre pas complètements convaincants, pour des raisons différentes. Mais Behemoth n’est pas là pour se tourner en ridicule, et on le comprend dès les premiers riffs de « Blow Your Trompter Gabriel ». Les moyens sont au rendez vous, avec trois écrans, de belles lumières et de la fumée à foison. Mais c’est surtout au niveau musical que Behemoth arrive à s’imposer. Ca joue bien, et le son est au rendez-vous, à commencer par la batterie d’Inferno, très bien équilibrée et laissant entendre toute l’étendue de son talent.
 

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Mais il n’est pas le seul à assurer, ses comparses ne sont pas en reste, à commencer par Orion, qu’on entend lui aussi très bien, et ça fait plaisir, car la basse n’est pas toujours gâtée dans ce type de metal. Evidemment, les regards sont rivés sur Nergal, car Behemoth, c’est lui. Et si on peut regretter que sa voix soit moins gutturale qu’avant, force est de constater qu’il joue avec une ferveur, une conviction qui ne trompe pas.
 

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The Satanist en entier, c’est clairement un choix clivant. D’un côté, c’est devenu l’album préféré de beaucoup, d’un autre, plus de satanisme implique moins de Demigod et encore moins d’Evangelion et The Apostasy. Il faut en tout cas saluer cette initiative, car elle est complètement à contre-courant de ce qui se fait actuellement dans notre chère scène metal, friande des tournées "nostalgie" dédiées à un album culte de nos groupes favoris. Et à défaut d’être vraiment ambitieux musicalement, The Satanist a une vraie atmosphère qui lui appartient, une qualité qui a tendance à s’estomper quand la carrière d’un groupe se prolonge. Et il y a tout de même les deux chefs d’œuvre que sont « Ora Pro Nobis Lucifer » et « Ben Sahar » qui rappellent que le groupe sait encore écrire des tueries.

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Parmi les petites nouveautés, on a droit à une distribution d’osties par le père Nergal. Malheureusement, l’heure tourne, et le couvre-feu de la Cigale lui laisse peu de temps pour communier avec les premiers rangs : merci la France et sa mentalité si propice au développement du rock n’ roll ! Et nous arrivons déjà à l’ultime profession de foi « O Father O Satan O Sun », avec son riff à la « Kashmir » on ne peut plus hymnique, qui ferme le chapitre The Satanist comme il se doit. On a tout de même droit à un risque pris dans le rappel, avec un « Pure Evil and Hate » tout droit sorti d’un autre âge, mais qui reste efficace. Puis viennent les indispensables « Antichristian Phenomenon », « Conquer All » et « Chant for Eschaton 2000 », qui nous rappellent qu’on aurait volontiers pris du rab’ de chansons de cette période.  M’enfin, la messe est dite. Behemoth ont prouvé, une fois de plus, qu’ils méritaient leur statut actuel.
 

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Compte rendu par Tfaaon (Facebook)

Photos : Arnaud Dionisio / © 2016 Deviantart
Elie Lahoud-Pinot / © 2016 ELP Photo

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