Dodecahedron – Dodecahedron

Les marseillais de Season of Mist sont toujours à la recherche du Sacré Graal auditif, la Pierre Angulaire d’un Black Metal indescriptible et novateur qui ouvrira les portes d’une nouvelle « ère » musicale.

Pas étonnant que les structures musicales de ces hollandais ainsi proposés soient aussi complexes quand on sait ce qu’est un dodecahedron en géométrie. C’est d’ailleurs ce que l’on aperçoit sur la pochette de l’album. Il s'agit tout simplement (?) d'un polyhedron à 12 faces formant chacune un pentagone.

Bienvenue dans le monde ravagé de Dodecahedron. Entre parties de basse parfois jazzy, parfois sludgées bien allumées, on plonge avec « All Father » dans l’univers complexe et non dénué de sens d’un Black Metal teinté d’ambiances sombres loin d’être facile d’accès.

 

Dodecahedron

Les structures sont très alambiquées et l’auditeur doit rester concentré afin d’en percevoir les raffinements. Il est d’ailleurs conseillé de prendre des écouteurs ou un casque audio afin de ressentir les raffinements de cette musique.

Les notes flirtent avec le faux afin de créer une atmosphère pesante, lourde sans pour autant jouer sur la brutalité. « I, Chronocator » est désemparant tant le titre emprunte des rythmes et des riffs différents tout au long de ses 7’38’’... Ce qui est intéressant c’est qu’on a l’impression que chaque musicien joue dans son coin sans se préoccuper du voisin. Mais une fois réunis, tel un assemblage de « rien » il forme un « tout », un Black Metal très avant-gardiste qui plaira aux fans de Deathspell Omega, de Blut Aus Nord ou de Woe.

Les breaks comme sur « Vanitas » empruntent aussi au Drone, ébouriffent les riffs attendus comme le messie et proposent des rythmiques décalées. En fond sonore on entend des cris, des voix graves, des appels à l’aide mais on se sent impuissant par ce choc auditif. On ne sait déjà pas si nous même allons nous en sortir.

Ils expérimentent, jouent sur le traitement des voix avec « Descending Jacob’s Ladder », nous plongent dans des ambiances dissonantes d’un monde parallèle, déforment les sons, changent les rythmes, structurent une matière informe, malaxe la violence structurelle d’une forme invisible.

« View from Hverfell (I, II & III): Head above the Heavens » nous promenent dans des structures musicales aussi mystérieux qu’inattendues tout au long de 25 minutes. La première partie possède des riffs incisifs sur une rythmiques mid-tempo pouvant évoluer si l’on n’en prend pas garde sur une fin apocalyptique. Une impression de chaos cosmique s’empare rapidement de l’auditeur à la recherche de nouvelles expériences.

 

Dodecahedron

La deuxième partie fait ressortir des sentiments profonds enfouis au fond des musiciens qui se plaisent à déstructurer des passages qui ne demandent que ça pour vous étonner.
N’attendez pas ici des growls, des blast beats à tout va ou des riffs classiques ; non, ici les Hollandais sont là pour vous déstabiliser.

C’est une œuvre brillante, exaltante, déstructurée mais savamment organisée qui vous fait dire que le Black Metal n’est pas mort tant que des groupes débridés et décalés comme Dodecahedron sauront nous surprendre.

Dodecahedron est au Black Metal ce que Pierre Boulez est à la musique classique : complexité, déstructuration mais passionnant à celui qui se donne la peine de retenir sa respiration pendant 58 minutes afin de plonger dans les méandres d’une musique créée par des illuminés avant-gardiste.

Une phrase qui convient tout à fait à cet album est « adéquation parfaite du langage à la pensée, n’admettant aucune déperdition d’énergie »…ce n’est pas de moi, c’est Pierre Boulez qui le disait en parlant de Webern et de Debussy dans lesquels il trouvait un sens de l’ellipse, une synergie entre syntaxe instrumental et structure musicale qui lui rappelait l’écriture mallarméenne…tout un programme !

 

Lionel / Born 666
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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