Perturbator (+ GosT et Dan Terminus) à  La Maroquinerie (11.03.2016)

Perturbations synthétiques à Paris
 


Le 11 mars dernier commençait donc la première tournée d'envergure consacrée à la synthwave vénéneuse et dystopique, qui fait de plus en plus parler d'elle dans la scène metal et ailleurs. A l'affiche, trois artistes du label Blood Music avec autant d'interprétations différentes du genre. Dans une Maroquinerie pleine comme un oeuf, il y avait de quoi passer une bonne soirée !
 

Dan Terminus
 


Avant même que le concert de Dan Terminus ne commence, on pouvait déjà émettre plusieurs réserves : quel dommage d'avoir ouvert les portes peu de temps avant le début du set, empêchant à une partie du public de  le voir en entier ! Deuxièmement, on peut s'interroger sur l'ordre de passage. Dan Terminus, qui a déjà fait plusieurs concerts couronnés de succès en France, se retrouve à jouer avant Gost dans son pays d’origine, alors que l'américain n'a lui-même encore jamais joué ici et n’avait donc pas encore fait ses preuves... Une inversion pour Paris paraissait appropriée. Bref.
 

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Dan commence dans le vif du sujet avec la pulsation agressive de « Cherenkov Blue Overdriver ». Le public semble relativement indifférent au début, mais on sent que la mayonnaise prend au fur et à mesure que le concert se poursuit. Pendant tout le concert, les lumières resteront vertes, en hommage au « Green Man » Peter Steele, le regretté chanteur de Type O Negative qui est une des influences principales revendiquées par Dan Terminus, qu’on retrouve d’ailleurs aussi sur son logo projeté à l’écran derrière lui.
 

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Le son est très satisfaisant, suffisamment précis et puissant pour permettre à Dan Terminus de nous plonger dans son univers dans de bonnes conditions. La setlist est axée sur son excellent dernier album The Wrath of Code, qui marque des points dans la fosse avec « Death by Distorsion ». Mais c'est surtout « The Chasm » qui marque les esprits, morceau phare de l’album avec un rythme pachydermique d’une efficacité redoutable. Les quelques détours sur les précédents albums ne sont pas des fautes de goût pour autant, notamment « Sensory Cascading Failure » qui n’est pas sans rappeler Noir Deco, dans le bon sens du terme.
 

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Soyons lucides, même si les compositions sont excellentes, la performance n’est pas parfaite. On peut entendre Dan faire quelques erreurs sur son synthé virtuel ça et là, et il ajoute parfois des bruitages et des percussions qui semblent superflus. Mais il y a de quoi être optimiste par rapport à sa marge de progression, sans compter que le bougre est très communicatif sur scène. Et la chanson « The Wrath of Code » finit de  convaincre que Dan Terminus a bien assuré ce soir !

Setlist

Cherenkov Blue Overdriver
Digital Onslaught
Death by Distortion
Sensory Cascading Failure
The Chasm
Restless Destroyer
The Wrath Of Code

 

GosT
 


L’écran de la Maroquinerie fait apparaître un visuel ésotérique inquiétant, la scène est envahie de fumée : le concert de GosT peut commencer. A l’écoute, on peut entendre que sa production sonne mieux que Dan Terminus. Un travail plus poussé sur le son ? Du meilleur matériel ? Difficile à dire. En tout cas au niveau des compositions en elles-mêmes, il y a de quoi être dubitatif. Certes, ça sonne, mais les chansons de GosT révèlent beaucoup moins de finesse que ses collègues. Parfois, le beat devient presque techno, mais encore une fois, pas de la manière la plus convaincante. Certains de ses sons de synthé sont vraiment kitsch, lui donnant clairement une patte assez reconnaissable, mais plus propice à diviser les avis.
 

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Certes, ne soyons pas de mauvaise foi, GosT a tout de même quelques très bons titres, notamment « Night Crawler » tiré de son premier album Behemoth, mais ils sont noyés dans un amas de compositions nettement moins marquantes, évoquant souvent un mélange entre Justice et Kavinsky dopé à la coke. En tout cas le public répond  avec enthousiasme à la performance de GosT, à en voir l’agitation de la fosse ! Cet accueil en furie pourrait presque faire croire qu’il s’agit de la tête d’affiche ce soir.
 

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En fait, GosT exploite un filon peut être trop délaissé par les autres musiciens de la synthwave : la présence scénique. Extrêmement actif, on le voit souvent headbanguer comme un sauvage derrière son ordinateur ou incitant le public à se faire entendre. En plus de ça, son masque a un impact visuel très fort, ce qui n’est pas toujours acquis quand des musiciens se déguisent sur scène. Avec la fumée, on a l’impression d’observer un mort-vivant dans la brume, tout droit tiré d’un film d’horreur. Avec des transitions parfaitement gérées et des ajouts bien pensés aux versions studio, GosT se confirme comme excellent musicien de concert. Mais il faudra arriver à hausser la qualité de la composition pour être vraiment imparable. Peut être se révèlera-t-il avec son deuxième album, dont la sortie est prévue cette année ?
 

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Perturbator
 


Après un tout premier concert au Batofar en demi-teinte à cause du son faiblard de la salle, James Kent avait remis les pendules à l’heure au Trabendo quelques mois plus tard lors du concert organisé par nos confrères de New Noise. Ce soir, il passait après deux artistes ayant très bien assuré à leur manière, il fallait donc faire encore mieux pour mériter le statut de tête d’affiche et se révéler à la hauteur du succès du projet. Déjà, l’introduction du concert est une petite déception en soi : encore et toujours « War Against Machines », un peu de changement serait bienvenu… Mais on oublie vite ce détail avec l’enchaînement sur « Future Club », qui a de quoi faire taire les pires mauvaises langues journalistiques. Quelle puissance, quel groove, ce rythme est infernal ! En parlant d’enfer, le public semble comme possédé dès le début du concert, et ne se calmera qu’à la dernière note jouée, avec notamment des pics d’intensité sur « She Moves Like a Knife » et « Humans Are Such Easy Prey », dont le sample de Terminator fait toujours mouche.
 

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Pour rester sur le cinéma, ce soir, Perturbator ne projette pas d’extraits de films de genre derrière lui, et force est de constater que leur absence crée un manque visuel, car ces images contribuaient vraiment à l’ambiance du concert, à mi-chemin entre la nostalgie et l’immersion. Les vidéos ont été remplacées par quatre imposants projecteurs de lumières sur les côtés, en plus du support de matériel de James qui projette lui aussi des lumières. Difficile de dire si on a gagné au change car on voit mal ce que ces lumières ajoutent à celles de la salle pour le concert.
 

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Le son est parfait, tellement puissant qu’on peut le supposer au-dessus de la fatidique limite des 105 dB imposés par la loi. La maîtrise technique affichée par Peturbator impose le respect, d’autant que les nouveaux morceaux « Neo Tokyo » et « Disco Inferno » se révèlent terriblement efficaces sur scène. On peut d’ailleurs remarquer que James se contente de jouer les chansons les plus rapides et agressives du nouvel album, laissant de côté les morceaux mid-tempo, mais non moins efficaces. Peut être qu’avec le temps, ça changera.

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En tout cas, rien à dire, le set de Perturbator est toujours aussi rodé, rien n’est laissé au hasard. Il y a aussi suffisamment de variations sur les versions studio pour qu’un fan puisse apprécier la différence, avec la puissance du son live en plus. Le concert laisse le public épuisé, achevé par « The Cult of 2112 » en rappel. La réputation du musicien n’est pas surfaite, et il y a fort à parier que ses prochains passages à Paris afficheront complets, et ça ne saurait tarder dans le reste de la France. Ca a déjà commencé en Europe en tout cas. A voir une fois dans sa vie !

Setlist :

War Against Machines (sur bandes)
Future Club
Neo Tokyo (première en concert)
Disco Inferno (première en concert)
She Is Young, She Is Beautiful, She Is Next
Technoir
Sexualizer
Satanic Rites
Humans Are Such Easy Prey
Complete Domination
Assault
She Moves Like A Knife
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The Cult Of 2112

Compte rendu par Tfaaon (Facebook)

Photos : © 2016 Fanny Storck / Fanny Storck Photography
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe
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