Barney Greenway de Napalm Death

Entretien avec Mark « Barney » Greenway de Napalm Death pour la sortie de leur 14ème Album Utilitarian (interview réalisée le 10 Janvier 2012).

Merci à Katarz pour la traduction!

Mark “Barney” Greenway est un homme passionnant, très cultivé et avenant. Fan de son club de foot d’Aston Villa F.C., il est végétarien, fan de prog et ne cache jamais ce qu’il pense du monde qui nous entoure.

Lionel/Born 666 : Donc premièrement j’ai quelques questions concernant votre nouvel album. Peux-tu nous le présenter ?

Barney Greenway : On l’a commencé très tôt l’année dernière, en janvier ou février je crois, et pour être honnête, alors qu’on a toujours été très rapides pour faire un album, pour celui-là ça a été un peu plus long. On a voulu le faire de manière plus segmentée, tu vois ? Et du coup, l’écriture des paroles et de la musique a pris beaucoup plus de temps que d’habitude. L’enregistrement s’est déroulé de la même manière, en quelques parties bien distinctes, parce qu’il y avait tellement de chansons… Cela aurait été impossible de les enregistrer d’une traite. Donc on ne l’a fini qu’en octobre. Il y a 16 chansons, mais il y en a d’autres qui seront utilisées pour des Splits, des « B-sides »…

 

Mark "Barney" Greenway

L : J’ai été assez surpris par le 1er titre, « Circonspect » qui tranche totalement avec ce que vous faites d’habitude.

Barney : C’est une sorte de 2ème intro. Tu sais, tout l’album est très analytique, très introspectif. Donc, « être circonspect », c’est faire marche arrière et repenser à ce que l’on a fait, à ce que l’on a achevé. C’est les pensées avant l’attaque. Il s’agit d’analyser quelque chose. Donc cela a un sens lyrique mais également littéral, d’où le caractère un peu particulier de ce morceau.

L : Comment composez-vous chez Napalm Death ? C’est quelque chose que vous faites tout le temps ou plutôt vous avez besoin de conditions particulières pour le faire… peut être composez-vous sur la route ?

Barney : Oui, en réalité j’ai besoin de conditions spéciales pour composer. Déjà, il faut que je sois à la maison pour composer, je ne peux pas le faire sur la route. Je n’y suis jamais arrivé comme ça…
Donc chez moi je coupe le téléphone, je tire les rideaux pour m’isoler complètement et composer. J’ai besoin d’une concentration totale pour pouvoir pondre quelque chose.

L : Et tu n’allumes pas la télé justement ? Pour t’inspirer de la misère, de l’économie, et de tout ce que l’on y voit ?

Barney : Pas nécessairement la télé ! Je suis toujours au courant de ce qui se passe et ce n’est pas que grâce au canal de la télévision. Je suis conscient de tout cela et c’est ma matière première pour composer, mais au moment de le faire, je me mets dans ces conditions que je t’ai décrites pour pouvoir le faire.

L : Sur cet album, y’aura-t-il des guests ? On entend quelqu’un d’autre chanter sur un titre…

Barney : Sur un titre on entend Mitch (Harris à la guitare), qui a écrit les paroles et les arrangements mais c’était un accident ! Il a commencé à chanter en studio pour me démontrer ce qu’il attendait de moi sur ce titre et je lui ai alors proposé de chanter lui-même et moi je n’interviens qu’à certains moments.

Sinon il y a l’unique guest et il s’agit de John Zorn au saxophone.

L : Peux-tu nous dire quelque chose à propos de l’artwork de la couverture ?

Barney : Cela concerne l’utilitarisme, cette théorie philosophique. C’est la théorie selon laquelle une bonne action entraîne toujours, naturellement, une bonne conséquence. Le but n’est pas de faire un album sur ça, bien entendu, mais de s’en inspirer comme un concept, un guide tout au long de l’album. C’est déjà un concept qui guide ma vie à moi, cela est certain. Je reconsidère toujours mes actes.

Je m’empêche de faire certaines choses dès lors qu’elles auront un impact négatif sur quelqu’un ou sur une situation quelconque. Donc sur la pochette tu vois ce gars, allongé en position du fœtus, à qui des hommes donnent des coups de pied. Donc lui est la représentation de ce qui est utilitaire par nature. Les hommes qui l’entourent sont la représentation de tout ce qu’il critique. Ils le tapent alors qu’il est déjà à terre. Malgré les costumes, ce ne sont pas nécessairement des businessmen. Cela pourrait être n’importe qui, la menace peut venir de n’importe où.

 

Mark « Barney » Greenway

L : Ah bon, je pensais, parce que sur les photos promotionnelles tu portais un costume…

Barney : C’est parce qu’on a été inspiré Les Residents (groupe de musique d’avant-garde américain dont la particularité était de porter un œil géant à la place de la tête et d’avoir des costumes 3 pièces). On a voulu se faire passer pour des gens très riches, ceux qui représentent le pouvoir, mais finalement sans visage. C’est la menace principale, tous ces gens qui ont le pouvoir et dont je me méfie énormément, parce qu’ils ne mesurent pas les conséquences de leurs actes.

L : Les « indignés » justement que penses-tu de leurs actions ?

Barney : Cela pourrait être n’importe quel mouvement tu sais ? Cela m’importe peu. Ce qui m’importe c’est que les gens, bien qu’ils aient toujours protesté dans l’Histoire, il y a eu ce moment où cela se calmait et les choses reprenaient leurs cours. Mais là cela s’amplifie. Avec tout ce qui se passe maintenant, la crise bancaire, le fait que le beau linge du système financier parie sur leurs vies, et ne répond pas de ses actes pour cela, les gens en ont vraiment assez de tout cela. Ce n’est pas parce que tu es au Gouvernement que tu dois tout te permettre.

L : Il y a 40 ans, la Guerre du Vietnam, quelques révolutions dans certains pays… penses-tu que la jeune génération est capable de mener  bien une révolution ?

Barney : Déjà, mettons les choses au clair. Je ne pense pas que la Révolution c’est quelque chose qui sera fait pour une catégorie de gens. C’est pour tout le monde qu’on le fera. Tout le monde en bénéficiera. Moi, personnellement, je suis contre la violence sous toutes ses formes. Mais le mouvement qu’on est en train de voir lutte justement pour la radiation de toutes ces idées, également au nom de tous ces gens qui ne sortent pas nécessairement souvent de chez eux.

Les gens ont subi un lavage de cerveau pendant ces dernières générations. Les gens craignent la police et ignorent qu’ils ont des droits en tant qu’individus pour lutter contre ce qui est établi. Les gens n’ont pas manifesté depuis longtemps, ni dans l’action, ni dans la résistance. Le pouvoir actuel, celui contre lequel les gens commencent à s’insurger s’est nourri et a grandi sans obstacles dans ce climat. Tu es autorisé en tant qu’humain à lutter contre cela. Et les lois ? Pourquoi ne les utiliserions nous pas ? Nous craignons de les enfreindre alors que la plupart des lois sont là pour protéger le pouvoir de ceux qui l’ont acquis à nos dépens. Est-ce mal de les enfreindre dans ces conditions ?

On vit dans un monde où tout le monde est égal. Chacun doit en bénéficier mais ceux qui sont en bas on les fait taire tout le temps… il faut contre balancer ces rapports de force.

 

Napalm Death

L : Les gens en Europe sont globalement très pessimistes, alors qu’en Inde ou en Chine ils sont très optimistes malgré la pauvreté…

Barney : Mais tu crois qu’il s’agisse vraiment d’une question d’optimisme ou de pessimisme ? Je ne le pense pas moi. Bien sûr qu’ils sont pauvres en Chine et je le dis en tant que quelqu’un de gauche, mais est-ce que cela justifie l’oppression dont ils sont victimes ? C’est ça la vraie question.

L : Tu t’intéresses davantage à l’Histoire de la Russie…

Barney : Oui, c’est vrai, je m’intéresse à l’ex-URSS mais je ne cautionne pas le système Stalinien, ni celui d’Hitler, ni aucune personne qui opprime son peuple… on ne peut pas le justifier. Par contre je m’intéresse à l’Union Soviétique d’un point de vue historique et culturel : les monuments, les voitures, le contexte… tout ce que le régime a laissé derrière lui. C’est très beau.

L : Merci pour cette interview passionnante et à bientôt.

 



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