Idensity – Serenity

Parmi la masse des jeunes groupes français qui éclosent çà et là, il y a tous ceux qui  « jouent comme », s’amusent comme des petits fous (et parfois non sans talent) à recréer néanmoins des choses qui ont déjà existé avant eux et qui selon toute vraisemblance ne s’en verront pas spécialement chamboulées après. Bref, ce sont ceux qui font un passage, parfois un peu de figuration plus ou moins longue et plus ou moins remarquée, mais qui au final ne laisseront que peu de traces dans le paysage musical de leur  « scène » et encore moins à plus large échelle.

Et puis il y a les « créateurs », les vrais, ceux qui ont le petit quelque chose en plus, qui vont savoir digérer leurs influences, forger leur style propre et personnaliser leur signature à doses d’ingrédients de leur cru savamment distillés et via des petits détails et autres ‘gimmicks’ porteurs de leur « patte » à eux, reconnaissable entre mille, qui fait qu’on ne saurait passer à côté.

C’est à cette seconde catégorie que les Parisiens d’Idensity appartiennent et il y a fort à parier que ce Serenity autoproduit sorti en fin d’année dernière (distribué depuis par Great Dane Records et donc par extension chez Season of Mist !) laissera une empreinte, tant sur la scène « death progressif mélodique » nationale que sur le devant de la scène française dans son ensemble, s’il leur permet de se hisser dans le peloton de tête des formations les mieux placées pour s’exporter. C’est là tout le mal qu’on leur souhaite, car on sait à quel point la conjoncture est aujourd’hui difficile et combien le destin est capricieux…

Pourtant, ce premier album (sans être passés par la case « démo » mais très certainement sans avoir sauté pour autant l’inévitable case « galères », même si le groupe n’existe que depuis 4 ans…) mérite d’être découvert par un large public de métalleux et le groupe ne s’est d’ailleurs pas ménagé quant à sa promotion, multipliant les interviews, prestations scéniques, réalisant un clip du titre éponyme « Serenity », décrochant de nombreuses chroniques et attirant même l’attention du mensuel Rock Hard qui inclura un de leurs titres sur son sampler de novembre dernier en « Découverte du Mois ».

 

IDENSITY band pic

Il est vrai que ce Serenity est intéressant à plus d’un titre et sait se démarquer de la masse. Tenant quand même à insister sur ses racines ‘death’, le groupe, il est vrai, connaît bien ses fondamentaux en la matière et sait assurément balancer des plans et ‘blasts beats‘/descentes de toms en béton, aidé en cela par une technique irréprochable (mention toute spéciale aux gratteux qui touchent leur bille en matière de leads, à moult renforts de ‘sweeping‘ et autres descentes de manche mais également de parties tout en ‘feeling’ mélodique qui font mouche), et juste à peine desservi par la production, certes très claire et précise, plus que sérieuse donc pour une autoprod’ (chaque instrument -à l’exception d’une basse presque inexistante dans le mix-  et chaque partie sont clairement identifiables, et dans ce style c’est un atout de plus à mettre à leur crédit), en cela très « professionnelle » (le mastering s’est fait au Studio Hertz en Pologne, responsable des déflagrations sonores de Behemoth et consorts, ça aide…), mais manquant un poil de rondeur et de puissance tout de même (notamment une batterie trop synthétique). Reste que si à de très rares moments on peut se rapprocher de la folie mélodico-furieuse d’un vieux Vital Remains (les premières secondes de « Night Terror » en témoignent), on reste toutefois dans l’ensemble plutôt dans un métal « arrache » moderne, accrocheur, puissant et à haute vertu ‘headbanguisante » lorgnant davantage vers un Nevermore (une influence que le groupe revendique d’ailleurs) voire un Arch Enemy, à mon sens plus que dans du ‘death’ à proprement parler.

De toute façon, là n’est à mon avis pas le propos du groupe, et c’est tant mieux car les Idensity ont bien plus que cela à nous offrir : ils ont, comme leur nom l’indique, fait de leur luxuriance, de leur richesse musicale une identité. Cela, on le comprend dès l’entame de l’album avec ce « Let’s introduce… » de circonstance qui nous présente d’entrée la facette la plus délicate et évocatrice du groupe. Ce prologue orchestral allant crescendo, se parant d’une dimension « gothique » ‘Burtonienne‘ -voire même des enivrantes nappes d’un Jerry Goldsmith– nous rappelle la démarche d’un Dimmu Borgir période Death Cult Armageddon dans cette volonté d’allier puissance, atmosphère et velléités symphoniques que l’on retrouvera en continuité dans le titre suivant « The Hatred » (auquel l’autre servait en fait d’introduction), et à de nombreuses reprises au fil de ce Serenity.

Et l’on comprend également le rôle singulier que le violon viendra jouer (certes ponctuellement), de manière à la fois sobre et appuyée  – rendons d’ailleurs pour l’occasion à la jeune recrue Mayline ce qui lui appartient… – sur l’ensemble de cet album : souligner les nuances et le raffinement de la musique sans tomber non plus dans une dimension artificiellement « dark-suave » de facilité (à la My Dying Bride, quoi, pour faire court et pour faire gueuler…^^) qui aurait été alors par trop téléphonée et bien mal à propos. Lorsque cet instrument de choix prend toutefois toute sa dimension et le pas parfois sur les autres instruments, c’est pour aboutir à ce « New Year’s Eve » et ses 8’50 de pur frisson, superbe ‘power-ballad‘ (bien musclée quand il le faut et riche en rebondissements quand même!) rassemblant le meilleur de la « Unholy Trinity » du doom-death britannique originel (complétée par Anathema et Paradise Lost, donc) et du Katatonia de toutes les époques, voire d’un On Thorns I Lay période Crystal Tears! La plus longue pièce de ce Serenity et assurément le moment-fort de cet album.
 

(NdlR : attention, le son n’est ici pas en HD et ne correspond donc pas fidèlement à celui de l’album!…)

Une autre empreinte forte des Idensity sur cet album se retrouve dans le registre vocal. En effet, les titres d’entame de ce disque, mélangeant phrasé « death mélo » accrocheur ‘à la suédoise‘ (puisque je suis décidé à faire des raccourcis ce soir…), pas bien original pour un cachou mais de très bonne facture, petites incartades en voix claire et vocaux plus caverneux à la Opeth (des voix plus orientées, disons, ‘black’ font aussi leur apparition plus tard), se voient également aérés par des passages intégralement en chant clair, avec un timbre de voix vraiment très intéressant, profond et tout personnel de la part du chanteur Christophe Ferreira, sorte de mélange entre Nick Holmes de Paradise Lost et du Borknagar (en clair).

Et surtout plus l’album avance, plus ces voix prennent de l’ampleur et toute leur place au sein des compos, sans pour autant qu’Idensity y sacrifice puissance ou intensité! Voilà qui nous fait prendre conscience d’un album qui a été particulièrement réfléchi, travaillé et peaufiné par ses géniteurs (chaque écoute dévoilant en outre de nouveaux petits détails que l’on n’aura pas perçu précédemment).

C’est alors qu’au fil de l’album, et principalement dans sa seconde moitié, une autre influence apparemment chère au groupe se révèle, celle de Mister Devin Townsend. Au devant de riffs toujours aussi accrocheurs, Idensity superpose en effet les couches de grosses guitares « stratosphériques », de plans parfois déroutants qui viennent marquer la cassure, d’atmosphères développées par les nappes de claviers et harmonies vocales jusqu’à atteindre cette densité, cette dimension prog’ et ce niveau de lévitation propres à l’adulé multi-instrumentiste Canadien.

 

Alors, si certains trop tatillons iront « tiquer » sur certaines envolées en voix claire (notamment les parties les plus hautes  – si l’on tend vraiment l’oreille -, le genre de parties que de toute façon même un Nick Holmes n’a jamais pu restituer ‘live’  – donc on ne peut que suspecter de la tricherie en studio, à laquelle nos compatriotes ne se sont pas rabaissés ici), ou bien sur l’aspect répétitif de certains schémas (le côté « métal arrache », auquel le groupe semble tenir, manque tout de même un poil d’originalité et de renouvellement sur la longueur, même s’il apparaît également évident que c’est la facette qui donne tout l’équilibre et les contrastes nécessaires aux autres parties, et certainement celle qui apporte le plus de dynamique et de rebondissements en concert), qui mériteraient peut-être d’être un peu plus creusés, il faudrait être de bien mauvaise foi pour ne pas reconnaître que la sauce prend merveilleusement bien, que ce Serenity tient en haleine, à force coups de morceaux que vous aurez envie de réécouter en boucle, d’ambiances qui vous pénètreront, de refrains sur lesquels vous vous extasierez d’admiration, de découvertes en surprises que vous dénicherez derrière chaque strate qui constitue cette œuvre pour le moins aboutie, surtout pour une première réalisation.

Nos Parisiens ont donc toutes les raisons du monde d’être « sereins », avec un album d’une telle qualité les bougres (et la bougresse!^^) ont encore de beaux jours devant eux. Et il semble qu’ils soient bien décidés à battre le fer pendant qu’il est chaud, une nouvelle offrande étant actuellement sur les rails (l’album de la maturité comme on dit, qui ira on l’espère droit au but!), prévue pour septembre… A l’instar des Synthetic Waterfall dont nous vous parlions il y a peu, encore de jeunes Espoirs français à suivre donc de TRES près en 2012! Espérons qu’un label daigne enfin leur offrir les moyens qu’ils méritent, seule entrave qui subsiste afin que les Idensity puissent enfin s’imposer à plus grande échelle. Comme il se doit, j’ai envie de dire! Merde, quoi, COCORICOOOOOOO, ils sont de chez nous!!!!!!!

LeBoucherSlave

7,5/10

IDENSITY promo pic
 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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