Church of Misery – And Then There Were None…

Church of Misery est un groupe qui porte plutôt bien son nom. Si on le traduit, on peut y voir une antithèse. En effet, les mots Church (Eglise) et Misery (Détresse) ont des caractères totalement opposés. On peut voir la détresse et la souffrance dans les thèmes abordés par le groupe. En effet, pratiquement toutes leurs chansons traitent de serial killers ou de meurtres de masse. Mais on peut  également voir cette détresse dans l’histoire du groupe. Church of Misery est fondé par Tatsu Mikami, le bassiste du groupe, en 1995. En 21 ans, le line-up du groupe a changé de multiples fois avec  sept guitaristes différents, cinq chanteurs et trois batteurs.

En 2014, le groupe fait trois tournées en Europe, dont une avec Monster Magnet. Après leur tournée estivale, le chanteur Hideki Fukasawa, le guitariste Ikuma Kawabe et le batteur Junji Narita décident d’un commun accord de quitter le groupe laissant Tatsu Mikami seul survivant de cette hécatombe.
 


Après un tel coup du sort, je ne pensais pas réentendre le groupe un jour. Mais fin 2015, Mikami annonce la sortie d’un nouvel album intitulé And Then There Were None le 4 mars 2016 via Rise Above Records. Pour moi, cette annonce tient du miracle. Et on a à faire à une belle résurrection. 

Pour la première fois de sa carrière, Tatsu Mikami décide de travailler en collaboration avec des musiciens résidant sur le sol américain, et pas des moindres ! Le nouveau line-up se compose de Dave « Depraved » Szulkin, guitariste de Blood Farmers et The Disease Concept, Eric Little, batteur de Earthride (ancien batteur de Internal Void), et de Scott Carlson au chant, également frontman de Repulsion et ancien bassiste de Cathedral.

La création de cet album, tient également du miracle. En effet, Mikami avait déjà composé les lignes de basse. Il a rejoint Szulkin et Little dans le Maryland pour enregistrer en seulement deux semaines. Une semaine de répétition, une semaine d’enregistrement, seulement !
Scott Carlson a écrit les paroles de toutes les chansons de And Then There Were None. C’était la première fois depuis l’album Horrified de Repulsion, sorti en 1989, que Carlson allait chanter toutes les chansons d’un album. En sachant tout ça, je crois qu’on peut dire que ces musiciens ont été touchés par la Grâce.
 


And Then There Were None nous amène en  balade sur une rivière de sang, à travers un paysage imprégné d’horreur avec des chansons inspirées par des tueurs obscurs et infâmes, comme « Hell Benders » qui retrace l’histoire de la famille Bender qui tenait une auberge au Kansas à la fin du XIXè siècle et qui aurait tué une douzaine de voyageurs. Ou encore « Confessions of an Embittered Soul » sur Leonarda Cianciulli, une tueuse en série italienne qui a tué trois femmes dans les années 40 et les a transformées en savons et petits biscuits pour le thé ; appétissant, non?.

Le line-up a beau avoir changé, on retrouve toujours ce savant mélange entre un doom inspiré par les premiers albums de Black Sabbath et rock psychédélique des années 60/70.

Ce qui m’a toujours impressionnée chez Church of Misery, c’est que leur musique nous fait souvent remonter le temps vers l’Amérique de la contre-culture, une culture à l’opposé de la culture japonaise. Le fait de collaborer avec des musiciens américains enlève un peu de cette magie, pour moi. Cet album a tout pour être parfait. La voix d’outre-tombe de Carlson est rauque et puissante. Elle correspond à merveille à l’esprit du groupe. On a affaire à un doom parfait, avec des riffs de basse à la fois pesants et entraînants dans un style un peu swamp jam. Les riffs de guitare sont incisifs et les solos bien exécutés. La batterie apporte ce tempo très lent et lourd typique du doom. C’est propre, c’est net, c’est … presque trop parfait ! Pour moi, ça manque de sale, ça manque de crasse. La musique est parfaite mais l’énergie n’y est pas. Il manque un je ne sais quoi.

C’est sûrement l’image que j’ai en tête de Church of Misery au Motocultor en 2014 qui fausse un peu mon jugement. J’ai toujours cette image fantastique et totalement paradoxale de japonais vêtus de chemises à fleurs, souriant au public et dansant gaiment tout en jouant une musique malsaine qui transpire l’horreur et le dégueulasse qui me trotte dans la tête et ça m’empêche d’apprécier pleinement ce nouvel album.
 


J’attends impatiemment de pouvoir les voir en live pour m’imprégner de l’énergie que transmettra ce Church of Misery ressuscité.
 


And Then There Were None :
1. The Hell Benders
2. Make Them Die Slowly
3. Doctor Death
4. River Demon
5. Confessions of an Embittered Soul
6. Suicide Journey
7. Murderfreak Blues

 

Eloïse Morisse
Photos : © 2014 Thomas Orlanth
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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