Johannes Eckertström (chant) et John Alfreddson (batterie) du groupe Avatar

« On croit surtout en notre instinct. »
 


Début avril vers 12h30, nous nous dirigeons vers un chic hotel parisien pour rencontrer Johannes Eckertström (chant) et John Alfreddson (batterie) du combo suédois Avatar dans le cadre de la promotion du tout nouvel opus du combo, Feathers & Flesh. Rencontre avec un duo volubile, très content de pouvoir nous en dire plus sur ce concept-album qui s’offre au public.

Bonjour messieurs et bienvenue à Paris ! Deux ans après Hail The Apocalypse, vous êtes de retour avec un tout nouvel opus qui s’intitule Feathers & Flesh. Pour une fois, le nom ne vient pas du titre d’une chanson. Pouvez-vous nous en dire plus sur son sens et le pourquoi de ce choix ?

Johannes (chant) : Il ne vient pas d’un titre mais d’une phrase d’un morceau pour être précis. Donner le titre d’une chanson à l’album n’aurait pas été lui rendre justice pour être honnête. C’est un concept-album avec comme principal protagoniste  une chouette, donc le titre s’y prête plutôt bien au final. (ndlr, feathers veut dire plumes et flesh veut dire chair)

Depuis la sortie de Black Waltz, vous êtes sur un rythme de croisière d’un album tous les deux ans. Est-ce qu’avec l’âge, vous trouvez l’écriture plus facile ?

Johannes : Totalement ! Plus je vieillis, moins je me soucis d’une mauvaise journée. Si par exemple, j’ai eu le syndrome de la page blanche et bien je ne me stresse plus comme avant. Notre manière de travailler est aussi différente depuis cet album justement. Chacun travaille de son côté, on va les uns chez les autres ou dans un bar, on discute de nos idées et tout avance pour le mieux alors qu’auparavant, on s’enfermait dans une pièce vingt heures par jour pour un résultat beaucoup moins probant.

John (batterie) : Je pense que l’écriture s’apprend au fur et à mesure et qu’en vieillissant on devient meilleur, plus efficace et donc plus rapide.

Johannes : Quand on était plus jeune, nous avions une vision de ce qu’on voulait en tête qui nous rendait fou parce qu’on n’arrivait pas à avoir exactement ce que nous voulions. Maintenant, l’idée se précise au fur et à mesure et on croit surtout en notre instinct.

John : Au final, on se dit toujours la même chose. « Quand cet album sera terminé, plus jamais on ne prend du temps pour écrire les gars ! », et puis au final quand on est en fin de tournée, une seule envie se propage, celle d’écrire et de composer à nouveau.


Est-ce que vous écrivez en tournée d’ailleurs ?

Johannes : Je pense qu’on est assez différent dans le groupe. Je sais que tu n’aimes pas ça John par exemple. J’ai commencé à écrire pour cet album en tournée justement, c’est la première fois que je faisais ça et je n’ai au final presque rien gardé de ce que j’avais écrit.

John : Effectivement, je n’aime pas ça et je n’y arrive pas. Entre les interviews, le soundcheck et surtout le concert, mon cerveau est beaucoup trop concentré sur ces tâches pour pouvoir penser à la composition de prochains morceaux.

Beaucoup de français vous ont découvert lors de votre tournée avec Avenged Sevenfold en 2013. Comment faîtes-vous pour convaincre un public qui n’est pas le vôtre ?

Johannes : Même si on en fait beaucoup moins maintenant, j’apparente cela à un festival où on joue à 13h par exemple. Il faut convaincre en minimum de temps un maximum de personnes avec la musique bien entendu mais aussi la prestation scénique.

John : C’est aussi facile que difficile. C’est pour ça que l’on ne joue que des chansons rentre-dedans en festival et en première partie. On réserve des titres comme « Something In The Way » ou « Tower » à nos concerts. (rires)

Johannes : On a aussi beaucoup appris au fur et à mesure des années. Au début, tu te rates dans ta setlist ou dans ta gestion des breaks entre deux titres. Maintenant, on sait ce qui marche et ce qui ne marche pas, je sais comment partager avec le public pendant que les instruments se changent, etc.


Comment vous est venue l’idée d’un concept-album ?

Johannes : L’idée est présente depuis que l’on écoute des concepts-albums. (rires)

John : Je me souviens que tu m’en as parlé pour la première fois dans notre bus aux USA. Je t’ai demandé sur quoi tu écrivais et tu m’avais répondu que c’était une fable, un bout d’histoire que tu avais en tête. Donc l’idée telle que le public va la découvrir est au final assez récente.

Johannes : J’ai commencé effectivement à écrire la fable qui est à l’origine de l’album et qui m’a aidé à transformer cette histoire en chansons. C’était aussi une façon de nous surpasser, de sortir de notre zone de confort depuis entre Black Waltz et Hail The Apocalypse.

Cette fable est donc à propos d’une chouette en mission pour éteindre le soleil, une mission qui va échouer. Est-ce une métaphore de la vie humaine ? La Terre étant l’aigle, les Hommes étant la chouette et donc l’Homme destiné à échouer sur Terre ?

Johannes : C’est une possibilité en effet. J’aime beaucoup l’idée que tu amènes derrière cette réflexion.  C’est très personnel mais en tant qu’espèce et tant qu’individu, nous apprenons au final très peu. Tout le monde sait que si nous continuons à vivre à ce rythme effréné, la vie sur Terre comme nous l’entendons aujourd’hui ne va pas durer plus d’une centaine d’année. Donc la métaphore est présente puisque la chouette apprend énormément de choses durant son périple, elle reçoit des avertissements mais elle n’écoute pas, trop obsédée par son idée et la pensée qu’elle vaut mieux que le reste. Des connaissances, oui, mais pas de sagesse qui en ressort. Les fables ont toujours été utilisées pour cela, je crois qu’en France vous avez un auteur très connu qui est à l’origine de nombreuses fables avec des animaux et qui sont une résonnance de l’être humain. Fontaine c’est ça ? (ndlr, nous parlons bien entendu de Jean de la Fontaine)

Une chose qui frappe dès la première écoute, c’est la variété entre les différents morceaux. On passe du très heavy à des morceaux beaucoup plus calmes. Est-ce que c’est plus facile d’écrire une histoire, de transmettre des émotions avec des chansons plus calmes ?

Johannes : Je pense que déjà, c’était important d’avoir cette balance entre les titres. Si tu prends un film par exemple, tu peux prédire ce qui va arriver ou ce qui se passe les yeux fermés juste en écoutant la musique. C’est pour ça que tu ne peux pas imaginer du Blind Guardian sur un film d’horreur (rires). Il doit y avoir un équilibre. Il est possible de raconter une histoire avec quelque chose de heavy mais une chanson calme offre un espace plus important à ce que moi, en tant que chanteur, je raconte.


A l’écoute de ce nouvel opus, pouvez-vous dire que vos goûts musicaux ont évolué avec le temps ou ces changements sont tout simplement dus à une envie ? Par exemple, quelle belle surprise à la première écoute de « Night Never Ending » !

John : Pas vraiment nos goûts musicaux, je dirai plutôt l’envie de nous challenger. On l’avait déjà fait un peu sur Hail The Apocalypse avec « Tower » notamment, qui dénotait totalement de tout ce qu’on avait pu faire auparavant. Maintenant, « Tower » fait partit du son AVATAR. Donc, nous devons sans cesse innover tout en gardant notre patte pour ne pas devenir un groupe qui reste dans son petit confort.

Johannes : En plus du changement musical, cette chanson que tu cites est aussi une chanson heureuse, ce qui est rare (rires). Elle est influencée en grande partie par Thin Lizzy, c’est d’ailleurs Tim (Öhrström, guitare) qui en est le compositeur principal. Elle me fait aussi penser à Devin Townsend que j’aime depuis mes quinze ans donc je pense que c’est plutôt dans notre esprit et dans notre façon de composer que vient le changement.

« Raven Wine » est peut-être celle qui va le plus surprendre vos fans. Il y a des moments heavy, des moments jazzy même. Comment faîtes-vous pour garder les choses claires et ne pas faire un morceau fourre-tout ?

Johannes : C’est un titre que l’on a terminé en studio, nous n’avions pas grand-chose de ce titre en arrivant en studio pour être honnête avec toi. Donc nous avons beaucoup travaillé dessus, beaucoup jammé.

John : C’est aussi la toute dernière chanson que nous avons enregistré donc en réécoutant les titres déjà prêt, on s’est dit que ce serait intéressant mais aussi déstabilisant pour l’auditeur si on ajoutait des vrais moments de folies.

Johannes : Et cela a donné « Raven Wine ». (rires)

Parlons de vous maintenant. Si vous pouviez faire la première partie d’un groupe ?

Johannes : En tant que musicien ou businessman ? (rires) Pour moi, ça serait Rammstein pour les deux sens. Ou sinon Judas Priest !

Si vous pouviez emmener un groupe en tournée avec vous ?

Johannes : Actuellement, j’aimerais beaucoup tourner avec Fleshgod Apocalypse !

Quel est le dernier album que vous ayez acheté ?

Johannes : Le White Album des Beatles pour l’anniversaire de John !

John : Je n’arrive pas à me souvenir. Enfin j’ai pré-commandé notre album sur iTunes mais ça ne compte pas vraiment. (rires)

Quel est le premier concert auquel vous ayez assisté ?

Johannes : AC/DC

John : Metallica

Johannes : On a commencé avec des sacrées pointures, tu m’étonnes qu’on ai eu envie de faire de la musique.  (rires)

Et pour finir, pouvez-vous nous donner vos cinq groupes/artistes favoris ?

Johannes : Devin TownsendBeethovenThe BeatlesBlack SabbathBlind Guardian

John : MetallicaThe Hives In FlamesRammsteinKent

Interview réalisée à Paris le 4 avril 2016
Merci à Valérie.



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