Diabulus in Musica – The Wanderer

Avec Secrets, leur première offrande, Diabulus in Musica avait frappé plutôt fort. Rien de bien révolutionnaire, mais déjà un solide témoignage d'un combo qui a son mot à dire dans le monde du metal symphonique à chanteuse. Ce point-là, Napalm Records l'a bien compris et voici donc nos espagnols signés sur le label autrichien à l'occasion de leur seconde sortie, intitulée The Wanderer, et dont on espère qu'elle soit à la hauteur de la première, et que les espoirs placés en eux soient confirmés.

Si le metal symphonique est du genre bondé, Diabulus in Musica surprendra, du moins ceux qui ont connus la formation ibérique par leur premier brûlot Secrets, car la formule est, elle, plutôt différente. En clair, là où l'album précédent misait une grande partie de sa réussite sur ses mélodies catchy, ses refrains mémorisables aux premières écoutes et son énergie qui était vraiment rayonnante dans un paysage musical étant parfois à être un peu trop morne, ce The Wanderer prend une direction inverse. L'accent est mis sur les ambiances, et la recherche musicale est peut-être encore plus poussée qu'avant, tendant à, aux premières écoutes, sérieusement rebuter car aucune mélodie ne semble rester en tête, et le tout nous laissera bien de marbre. Quelle mouche semble avoir piquée nos sympathiques espagnols, dont les noms sentent le soleil, la chaleur et la gaieté ? Un vent froid de Scandinavie s'est subitement abattu sur la musique du quintet, beaucoup moins positive (malgré le single « Sceneries of Hope » qui, lui, l'est peut-être un peu trop justement, positif) et enjouée. Cela jouera quelques tours au groupe : les moins téméraires classeront cette galette dans celles à oublier, qui n'a aucun intérêt, et fait perdre en crédibilité à ces charmants jeunes gens, qui livraient pourtant bien des espoirs.

Pourtant, ce n'est pas le cas, ce The Wanderer est intéressant. Certes, l'attrait est difficile à soulever dès les premières fois, et il va falloir s'y reprendre. Les refrains, eux, ne sont définitivement pas preneurs au départ, et leur rôle est plutôt différent. Plutôt que d'être un point d'orgue dans les pistes, ils viennent soutenir les ambiances qui sont mises en place au fil des titres, et au fur et à mesure de la traversée dans l'opus, même si quelques morceaux à l'instar de « Sceneries of Hope » ou « Blazing a Trail » ont des rôles différents, notamment venir attirer le chaland, car le sens de la mélodie est conservé, attrayantes et vivaces. Ces pistes se démarquent ainsi, et pourtant ne sont pas les meilleures. Il est plus étrange de constater que c'est les titres qui semblent les moins attirants au début qui révèlent le plus de charme et de beauté. « Hidden Reality » et son refrain tout lyrique est un bel exemple de ce que Diabulus in Musica est capable de faire : dépourvue d'intérêt au tout début, elle reste emplie de ce petit quelque chose d'attachant, de prenant. Peut-être est-ce la touche folk, celtique, touche que l'on retrouvera tout au long de l'album, ou encore les superbes guitares qui soutiennent à merveille notre frontwoman, dame de grande compétente, qui n'a rien à envier aux grandes du genre. On retrouvera également des chœurs, très classique dans ce genre de musique, mais ceux-ci ont une ambiance un peu mystique, religieuse, et sont judicieusement employés.

En fait, malgré la jeunesse du combo (celui-ci n'est qu'à son second brûlot et n'existe pas depuis très longtemps), on sent toute l'expérience qui transpire. Les mélodies ont toutes été soignées, et minutieusement étudiées. Rien n'est fait de manière superficielle dans ce nouvel opus, et les influences vers d'autres genres sont plutôt bien dosées, même si parfois, elles sont quand même plutôt flagrante. On pensera parfois à Epica, notamment dans la production, mais également dans l'utilisation de la chorale et de la guitare (notre groupe espagnol ira même jusqu'à pousser le vice en invitant un certain Mark Jansen à pousser la chansonnette sur « Blazing a Trail » !). Mais parfois, on peut même lorgner vers des ambiances inspirées par le black metal (de loin, mais quand même un peu). Pas autant que « Beyond Infinity » sur Secrets qui utilisait la double pédale comme il se doit, mais l'absence du chant féminin, les chœurs sombres masculins, la mise en place de l'atmosphère et le grunt constant aident aisément à s'imaginer tout cela. On notera aussi que notre formation vient toucher au registre folk, et s'octroie même les services d'un chanteur de folk, John Kelly d'Elfenthal ayant déjà collaboré avec Leaves' Eyes, qui viendra épauler Zuberoa sur la ballade « Sceneries of Hope », simpl(e/iste), mais touchante. Les deux voix, dans un registre plus intimiste, à fleur de peau, sont très complémentaires, et si l'accompagnement est léger (un piano, un tambourin), il accentue encore cette facette d'intimité. Les guitares qui font leur apparition à la fin, et les voix modulées des deux vocalistes achèvent la piste, qui, vraiment, est plus qu'une simple ballade. Et dans le genre ballade folk, une guitare sèche et une chanteuse, ça donne l'éponyme « The Wanderer », belle pièce également, dont la musicalité et l'émotion transmise dans la voix de la demoiselle nous prouve que Diabulus in Musica est un groupe qui sait se rattraper de la fade « Lonely Soul » du précédent opus. Cette fois-ci, les ballades sont bien composées, et surtout, touchantes car l'espagnole, dans son ton cristallin, sait adapter son chant.

Diabulus in Musica

En revanche, tout n'est pas rose dans le petit monde de The Wanderer. Pour commencer, le brûlot est ponctué de pistes inintéressantes, une case d'habitude réservée aux ballades, mais cette fois-ci, ce ne sera pas le cas (contrairement à l'album précédent). « Ex Nihilo » est poussive, et peine à convaincre, et ce malgré la rapidité du début, les teintes orientales de belle facture et une Zuberoa Aznárez vraiment polyvalente. Pourtant, on reste en surface sur quelque chose de fade, où le refrain n'est, là, pas assez creusé, de même que l'ambiance, qui manque de ce petit ingrédient qui métamorphoserait l'ensemble pour le rendre savoureux. On s'ennuie un peu, et ne retenons rien, dommage. « Shadow of the Throne » est poussive. Son atmosphère blackisante n'est pas assez creusée, et peinera à retenir l'attention, d'autant plus que la frontwoman, absente, se fait un peu manquer, car si le growl est bon, il ne l'est pas assez pour captiver complètement au moment où la piste, elle, manque d'idées et d'inspiration. Enfin, « No Time for Repentance (Lamentatio) » est un long morceau, et donc aurait pu susciter de l'espoir, surtout en se souvenant de la réussite de l'excellente « St. Michael's Nightmare » sur Secrets. Hélas, il n'en est rien. Tirant la patte, sans grand intérêt, et en partie ruinée par le chant typé deathcore du début, elle fait pâle figure face à d'autres essais du combo dans ce type de pistes.

Cependant, une actrice se démarquera. Zuberoa Aznárez est une chanteuse qui, elle, n'a que faire des difficultés et prouve sa grande maîtrise technique tout au long de l'album. Elle se démarque également dans sa capacité à transférer des émotions à son auditeur, et ce en dépit du registre et du ton de voix qu'elle doit prendre, variant sans problème et démontrant qu'elle est l'atout majeur sur lequel Diabulus in Musica peut compter. Mark Jansen qui intervient sur « Blazing a Trail » se fait plutôt bien remarquer lui aussi par son grunt assez reconnaissable, et la complémentarité entre lui et la belle est réussie, tout comme la demoiselle Aznárez avec John Kelly. Les guests sont vraiment une bonne idée pour mettre en valeur toute la richesse de la musique des espagnols, encore un peu influencés par Epica, et ils devront trouver leur propre voie, et leur propre personnalité.

Si tout n'est donc pas égal, il reste quelques morceaux qui, eux, valent vraiment la chandelle. On pensera donc aux deux ballades émouvantes, à « Hidden Reality » intrigante, mais également à « Allegory of Faith, Innocence and Future » à l'intro qui plonge tout de suite dans le bain : guitare acoustique, cordes pincées, ambiance lentement mais sûrement développée, on voit tout de suite qu'un grand travail a été accordé au morceau, qui est l'un des titres qui restera en tête par sa qualité. Les instruments font un très bon travail en plus du chant de la belle, à l'effet d'écho bien en place sur le refrain, refrain qui vaut le détour par ailleurs. Dans le genre sombre, la piste « Oihuka Bihotzetik » (allez écrire ça, c'est marrant) est bien pensée, et nous offre un bon moment, où grunt, chant féminin et chœurs sont en symbiose, le tout avec des guitares qui ne sont pas reléguées au second plan, possédant leur importance, et aidant à dynamiser le titre, qui fait fière allure parmi le reste. Finalement, on peut dire que la galette est un peu bancale, la seconde partie étant meilleure que la première.

Vous l'aurez donc compris, ce n'est pas l'album de l'année, mais ce The Wanderer reste un bon successeur à Secrets, et, dans le genre metal symphonique, une sortie intéressante. Si l'influence majeure se ressent encore parfois, on voit néanmoins que les espagnols tentent d'expérimenter, d'innover, ne restent pas dans une voie à se reposer sur leurs lauriers mais au contraire, souhaitent surprendre. Tellement qu'on se demande quel chemin la formation empruntera sur leur prochain brûlot, car il est vrai que celui-ci touche un peu à tout : du folk au black-death, du symphonique à l'acoustique, on en retrouve pour tous les goûts. A voir ce qu'ils nous proposeront à l'avenir, mais voilà une œuvre assez solide, bien ficelée et composée en dépit de rares pistes plus dispensables.

Note finale : 7,5/10
 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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