The Melvins – Basses Loaded

A l'instar de ces deux dernières années, la scène grunge retombe dans une période dite de silence après avoir fait un come-back remarqué à la fin des années 2000 avec la renaissance d'Alice In Chains. L'actualité récente du mouvement relève sans doute du détail puisque mis à part Jerry Cantrell venu poser un malheureux solo pour Deftones (cf. « Phantom Bride »), l'enregistrement d'un nouveau Mad Season dont la sortie ne serait programmée qu'en 2017 et un split deux-titres délivré par Pearl Jam et son batteur Matt Cameron en hommage aux victimes des attentats de novembre, rien de plus à se mettre sous la dent. Pour refermer cette brève parenthèse historique, Scott Weiland a rendu ses armes en décembre 2015, pour autant, le groupe de hard-rock Art Of Anarchy reprend du service avec nul autre que Scott Stapp, l'ex frontman de Creed, au micro.

En ce qui concerne la bande du charismatique Buzz Osborne, la tentation de regarder en arrière et de se laisser manger par les succès passés n'est plus à l'ordre du jour depuis au moins deux décennies. Alors que certaines formations s'essoufflent ou trouvent refuge dans de nouveaux projets musicaux plus actuels, l'institution Melvins continue de composer et d'étoffer sa discographie à un rythme plus qu'impressionnant, un peu à l'image de l'âge d'or du grunge.
 

Trente-trois ans d'âge pour les piliers du proto-grunge, c'est un événement auquel toutes les formations estampillées du Seattle Sound n'ont pas eu l'occasion de célébrer. A en juger par les récentes productions des Melvins, il semblerait bien que le combo ait décidé de ressortir du placard un certain nombre de choses, à commencer par ce Three Men and a Baby, projet-album enregistré en 1999 et né d'une collaboration avec le bassiste Mike Kunka, un acteur important du milieu drone-sludge. Ce fantasme du groupe pour la basse ne s'arrête pas là. On le retrouve également dans de nombreuses pièces de leur répertoire, ce qui leur a valu de garder un pied dans les styles les plus lourds et lents du metal. Après la subtile oeuvre solo dark-folk de Buzzo intitulée This Machine Kills Artists et l'abrasif Hold It In, c'est toujours sous la bannière Ipecac Recordings (Fantômas Melvins Big Band, Kaada/Patton, Mark Lanegan & Duke Garwood ou encore Ennio Morricone) que la formation de Montesano nous présente son dernier méfait. Comme son nom semble nous l'indiquer, Basses Loaded est un disque qui met en lumière les six différents bassistes qui ont rythmé l'activité du line-up depuis 1983, y compris l'actuel, Steve McDonald (Redd Kross, Off!) crédité sur quatre pistes. Quant aux douze morceaux de la tracklist, neuf d'entre eux avaient été publiés en 2015 par le label Amphetamine Reptile Records sur deux EPs en édition limitée (Beer Hippy et War Pussy) ainsi que sur le split Chaos as Usual avec les services des mexicains de Le Butcherettes.

 

Crédits photo : Mackie Osborne

Premièrement, connaissant la productivité particulièrement élevée des grungers à partir du milieu des années '80 comme Screaming Trees ou même Soundgarden, il n'est pas si étonnant d'assister à de nouvelles publications d'albums de la part des Melvins provenant de vieilles archives. C'était le cas pour Tres Carbones des Melvins 1983 délivré en 2013, l'opus rassemblant le line-up originel de 1983-1984 avec Dale Crover à la basse et notre ami Mike Dillard à la batterie. Ici, le combo continue de jouer avec les époques et nous propose entre autres « Shaving Cream » et la cover de Jack Norworth/Albert Von Tilzer, « Take Me Out to the Ballgame », où le batteur officie également au chant. On est clairement en présence des deux morceaux les plus barrés de la publication avec un autre point commun intéressant, le rappel à l'enfance et à l'insouciance par le biais de chœurs légers. L'un donnera dans la comptine grossière car le morceau s'accompagne de multiples "shit !"  et de "all fucked up !" tandis que le second nous rappellera le caractère parfois très cérémonial des matchs de baseball aux Etats-Unis. C'était sans compter la quasi-Jaldaboath « Maybe I Am Amused » qui tape dans un registre tout aussi décalé en invitant Krist Novoselic de Nirvana à se ridiculiser derrière l'accordéon et la basse. Le côté rustre et presque moyenâgeux de la composition pouvant effectivement conduire à la comparer aux œuvres de la bande de James Fogarty. A côté de cela, si les Melvins réinventent en permanence le noise (« Phyllis Dillard », « Beer Hippie »), on sera surpris de la manière dont ils parviennent à rendre leur son plus fluide et plus "construit" à la manière d'un morceau de classic rock comme « Choco Plumbing » où le musicien n'est autre que Jared Warren, bassiste session depuis 2006 et membre de Big Business, un groupe de Seattle.

En second lieu, Basses Loaded intègre une sorte de concept autour de claviers à l'effet futuriste unissant la plupart des titres, et ce, même s'ils proviennent de différentes sessions d'enregistrement. Par exemple, « Beer Hippie » démarre là où « Choco Plumbing » s'était arrêté, c'est-à-dire à mi-chemin entre une invasion alien et un voyage encombré dans l'espace. Au niveau des parties instrumentales, le groupe sait se montrer cohérent en créant un univers relativement proche du Truly de Fast Stories.. from Kid Coma, un ouvrage classé dans le top 10 des albums rock les plus sous-estimés des années '90 par le site Alternative Nation. Outre ce format peut-être plus progressif, on retrouve une pièce d'introduction ouvertement doom et très représentative, dans son ensemble, du style du combo nommée « The Decay of Lying ». Un titre pas spécialement énergique mais l'intérêt est ailleurs. Toute la place est ainsi occupée par le duo guitare/basse avec un solo très lent de Buzzo dans le plus pur esprit du grunge et un jeu plus grave en ce qui concerne Steve McDonald.

La production rock et très psychédélique de « I Want to Tell You » rappelle un peu les débuts du Soundgarden abrasif d'Ultramega OK et Louder Than Love qui s'octroyait quelques expérimentations musicales, passant du label punk SST à la major A&M. Pour « Planet Distructo », c'est une toute autre affaire puisque dans la première partie, on a une ambiance rêveuse et un chant niais qui serait susceptible de renvoyer au chant de Billy Corgan dans Smashing Pumpkins puis un feeling jazzy à la Mad Season apporté par la basse groovy de Trevor Dunn (Fantômas, Tomahawk, John Zorn, ex-Mr. Bungle) qui intervient dans les Melvins Lite depuis 2011 (cf. Freak Puke).

 

Du Melvins dans tous ses états, voici ce qu'est Basses Loaded. Un énième étron grunge centré sur la basse pour nous rappeler que le trio reste une des dernières formations actives à l'origine du mouvement crasseux de Seattle. Quand sont-ils nés ? Trois ans après l'éclosion de Malfunkshun et deux ans avant la petite aventure Fecal Matter, l'étrange substance punk-noise qui donnera lieu à un groupe plus ambitieux répondant au nom de Nirvana... Ça calme.

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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