Gojira – Magma

 


Quatre ans entre deux albums, ça en laisse du temps pour faire des choses. Notamment parcourir les routes pour donner un bon nombre de concerts, entreprendre la construction de son propre studio ou encore composer un album aussi envoûtant que fascinant. Magma, le nouveau bijou de nos Gojira nationaux sort le 17 juin. Alors préparez vous esgourdes, car cet album regorge d’éléments intéressants et surprenants.

Magma démarre doucement mais sûrement avec « The Shooting Star », un titre lent mais d’une extrême lourdeur. On retrouve un peu de ce qu’a fait Deftones dans Gore, son nouvel album sorti quelques semaines plus tôt. Des guitares avec un grain similaire, une voix planante et une rythmique pesante. Mais on se retrouve surtout avec une piste intéressante au niveau du chant, puisque Joe Duplantier fait part ici d’un chant clair aux fins arrangements surprenant de justesse, qui nous permet de voyager au rythme de la musique.

Gojira dans cet album use d’une rythmique ressemblant à ce que l’on peut retrouver dans L’Enfant Sauvage ou The Way Of All Flesh. A savoir, des guitare rapides mais variées avec, en accompagnement, une batterie super efficace, dont la présence est importante dans chacun des morceaux, bien qu’elle soit plus simple et épurée que sur les précédents opus du groupe. Certains passages de batterie sonnent d’ailleurs très rock progressif, comme dans « Pray » ou elle peut faire penser au jeu de Gavin Harrison avec Porcupine Tree sur « Anesthetize », mais aussi beaucoup plus rapide et violente à l’image de « The Cell ». Des titres comme « Stranded », sorti en tant que single de l’album, ou encore « Only Pain » possèdent des éléments musicaux et techniques similaires. A savoir ces guitares qui couinent, qui se plaignent dans un cri strident, le tout grâce l’usage de la whammy. Deux titres vraiment excellents et représentatifs de ce qu’est Magma.

Le groupe a fait construire son propre studio d’enregistrement, le Silver Cord, et a ainsi pu avoir la main mise sur toute la conception de l’album. De la composition au mixage final, tout est signé Gojira. Ajoutons à cela le décès de la mère des frères Duplantier ainsi que les récentes paternités au sein du groupe, et on obtient un album fort en émotions, qui pousse la maturité de la musique de Gojira à son apogée. Comme le dit Mario à propos de Magma, il aurait voulu ajouter des aspects techniques et bien death metal aux morceaux, pendant que d’autres membres du groupe auraient voulu rétrograder et revenir à un son plus rock, ce qui fait de cet album un excellent compromis entre les deux.

Magma regroupe le passé, le présent et le futur de ce qu’est Gojira, et selon Mario (encore une fois), il représente ce qu’est le groupe actuellement en 2016. Et c’est certainement le témoignage le plus honnête qu’ils puissent réalisermusicalement. On retrouve des éléments des albums précédents dans les compositions, mais aussi des éléments nouveaux ou rares dans les effets des guitares et leurs arrangements, ou le chant clair hypnotique de Joe qui ne manquera pas de nous emmener voyager dans l’univers du groupe, en nous donnant un aperçu de leur philosophie de vie actuelle ou encore de leur état d’esprit quant à la création de leur musique. 

« Yellow Stone », positionné en cinquième position sur dix, est un titre tout à fait surprenant. Il s’agit d’une sorte de petit break instrumental de milieu d’album. Un solo de basse comme l’avait fait Cliff Burton sur Kill ‘Em All et son incroyable « Anesthesia (Pulling Teeth) », avec cette basse distordue, mais aux sonorités et mélodies rappelant un « Iron Man » de Black Sabbath. Une sorte de petite coupure juste avant la claque que l’on s’apprête à recevoir avec les trois titres suivants.

 « Magma » est une des chansons parfaites de l’album. Le palm-muting à toute épreuve de Joseph Duplantier et Christian Andreu sur les rythmiques rappelle ce que l’on retrouvait sur  « L’Enfant Sauvage ». Les leads de guitares ainsi que les arpèges criards, joués en harmoniques et associés au chant hypnotisant qui oscille entre une voix claire à reverb et du chant guttural, donnent une première partie de chanson qui sonne presque comme un rituel. La deuxième partie de chanson quant à elle, avec son riff de guitare en slide, est à couper le souffle. La transition avec « Pray » est excellente et on passe d’un titre lent à un morceau qui l’est tout autant sur les couplets, en étant moins mélodique et plus lourd. Et on se prend tout dans la tête sur les parties rythmiques plus agressives. Cette caractéristique intéressante de la chanson avec sa partie djent / modern prog aux sonorités Meshuggah, permet aussi une superbe transition avec « Only Pain », qui démarre de la même manière pour ensuite déboucher sur des couplets menés uniquement par un efficace combo basse / batterie.

« Liberation » arrive juste après « Low Lands » aux quelques parties lyriques en français (« Par-delà le ciel, par-delà le soleil »), et vient clore cet album. Un instrumental très doux avec guitare clean et percussions. Un enregistrement de jam entre Joe et Mario qui sera ni retouché musicalement, ni amélioré au niveau du son, puisqu’on retrouve une qualité moindre comme lorsque l’on enregistre son pote en train d’improviser une session guitare. Un morceau pour finir l’album sans prise de tête, avec délicatesse et mélodie.

Alors, est-ce qu’avec Magma, Gojira essaie de s’introduire dans l’univers d’une musique plus accessible, tout en restant travaillée, progressive et très technique ? Parce que pour le coup, les Français nous livrent une musique plus facile d’écoute, qui saura plaire à un public plus large que lorsqu’ils officiaient dans un registre death metal technique progressif. Malgré la violence de certaines chansons, l’album est assez posé de par le chant et la lourdeur des rythmiques. En fait, Magma est la suite logique de L’Enfant Sauvage, qui présentait lui aussi déjà des passages plus calmes et subtils. Mais alors que ce précédent opus nous étouffait par moments, cela à cause d’un manque d’aération des compositions, Magma corrige ces défauts et donne de l’air à l’auditeur. Les Landais ont repris la même recette et l’ont améliorée pour, au final, sortir un excellent album, dans lequel les immenses qualités et passages de génies viennent combler les quelques petits défauts.

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Magma est vraiment réussi bien qu’il puisse manquer de pêche par moments, c’est du presque tout bon pour Gojira, qui entre dans une nouvelle ère musicale. Quel chemin le groupe va-t-il prendre par la suite ? Une question que l’on peut légitimement se poser, avec cette grosse ouverture vers le monde du heavy metal progressif que vient de s’offrir le combo français. Dans tous les cas, le gros coup de cœur se porte sur l’enchainement « Magma », « Pray » et « Only Pain ». Le petit moins quant à lui, vient sur « Yellow Stone » et « Liberation » qui ont sensiblement moins d’intérêt. 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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