Carpenter Brut (+ Thot) à  la Cigale (27.05.2016)

La cigale et le zombi


L’ascension fulgurante de Carpenter Brut a de quoi laisser rêveur. Eh oui, à peine plus d’un an après son tout premier concert au Batofar, il était de retour dans une Cigale pleine comme un œuf, en ayant entretemps blindé le Social Club, le Trabendo, et de nombreuses autres salles en France et ailleurs. Mais après de nombreuses apparitions et un spectacle qui montrait peu d’évolutions, on pouvait craindre que la lassitude vienne pointer le bout de son nez. Que nenni, ce concert fut, une nouvelle fois, une réussite.


 

Thot
 


Cette fois, ce n’était pas un des acolytes français Dan Terminus ou Perturbator qui accompagnait Carpenter Brut sur scène, mais un groupe belge répondant au nom de Thot. Formation énigmatique et confidentielle en France, elle venait néanmoins apporter une bouffée d’air frais à cette soirée, qui ne serait donc pas uniquement consacrée à la synthwave. En effet, Thot lorgne plus vers un rock industriel pêchu.  En fait, presque tout dans leur musique évoque Nine Inch Nails, que ce soit dans les riffs de guitare, les rythmes ou les sons électroniques, mais aussi The Prodigy, dans une moindre mesure. Et c’est loin d’être un mauvais point, bien au contraire.
 

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Avec un bon son, on peut entendre que le groupe est bien en place. Thot se fait par ailleurs remarquer par un jeu de lumière particulier, avec des tubes de lumière placés un peu partout sur la scène, lui donnant un certain cachet visuel. Mais l’impact aurait sans doute été accentué si les lumières de la salle n’avaient pas été autant utilisées. C’est d’autant plus dommage que le groupe avait des projections plutôt soignées sur l’écran placé derrière la scène, et celles-ci étaient souvent occultées par la trop grande luminosité.
 

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On peut apprécier l’approche vocale originale de Thot, basée sur le chant de Grégoire Fray qui est doublé par la claviériste, ce qui lui donne une couleur particulière. Les touches électroniques sont elles aussi de bon aloi, venant ajouter de la nervosité aux compositions, qui sont avant tout typées rock. Et c’est d’ailleurs le seul vrai reproche qu’on pourrait faire à Thot, même s’il est de taille : un manque de puissance qui les empêche d’être vraiment percutant. On voit bien que la formation se donne à fond en plus de jouer avec précision, mais il manque toujours quelque chose ici… Peut être une deuxième guitare ou une batterie beaucoup plus agressive façon Carpenter Brut ? Affaire à suivre, car la discographie de Thot laisse entrevoir un bon potentiel.

 

Carpenter Brut
 


Passer du Batofar à la Cigale en un an révèle un engouement vraiment prononcé. Ce soir, on pouvait donc essayer de se demander si c’était justifié, car mine de rien, un concert dans cette salle représente un certain budget. Comme pour envelopper le concert de mystère, les rideaux sont tirés pendant le changement de plateau, et il faut bien avouer qu’une certaine tension se fait ressentir en ce vendredi orageux. Carpenter Brut nous ayant habitué à un son brut (sic) de décoffrage, le concert ne commence pas sous les meilleurs auspices, avec un volume bas, défaut qui sera heureusement corrigé plus tard.  On peut aussi regretter que l’intro de  « Escape From Midwich Valley » ait été raccourcie, enlevant ainsi une partie de l’intensité de son final, mais passons. Bien vite, la machine à tubes est lancée à grand coup de « Roller Mobster », « Turbo Killer » ou encore « Anarchy Road ».
 

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Carpenter Brut va déployer les recettes de son succès tout au long du concert, à savoir un spectacle millimétré, avec un jeu de lumière ingénieux et léché, et surtout la performance terriblement efficace des musiciens. La précision et la puissance du jeu de Florent Marcadet donnent une assise parfaite à Franck Hueso et Adrien Grousset pour s’exprimer tout en étant assuré que n’importe quel spectateur va continuer de s’agiter en rythme. La présence de la guitare est un plus non négligeable, car elle permet d’ajouter une couche par rapport aux versions studio, et donc d’entendre les chansons sous un nouveau jour. Et encore une fois, c’est bien joué.
 

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Evidemment, il est appréciable de voir Carpenter Brut sur une grande scène, car cela implique notamment de voir les projections sur un énorme écran. Visuellement, ça en jette, en plus de plonger le public dans plusieurs époques révolues, autant dans le kitsch des années 80 que le gore des films d’horreur des années 70. Sans surprise, l’ambiance est fiévreuse dans la fosse, avec la totale : mélodies chantées à plein poumon, battements de mains en rythme et slams. On verra même plusieurs fois une spectatrice le faire après avoir dégrafé son soutien gorge sur scène, sous les applaudissements d’approbation du public. On laissera le lecteur seul juge de l’attitude des deux parties, mais toujours est-il que cela semblait s’accorder avec l’ambiance sulfureuse et moite du concert.
 

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Globalement, la performance restera à un niveau d’intensité impressionnant pendant presque toute cette heure et quart, mis à part une transition peut être un peu mal amenée à la batterie, et la chanson bonus « Good Old Call », qui sonne vraiment comme une b-side comparée au reste du répertoire. On aura aussi pu entendre l'efficace « Chew Bubblegum and Kick Ass », titre seulement sorti sur le soundcloud de l'artiste. Après avoir épuisé le public avec le doublon « le Perv » / « Hang’em All », Carpenter Brut aurait tout à fait pu se retirer avec le sentiment du devoir accompli. Mais c’était sans compter une surprise bienvenue. Voyez-vous, un concert c’est comme une dissertation : il faut une bonne conclusion pour marquer les esprits. Et quoi de mieux que ressortir un tube des années 80 et le « brutaliser », je vous le demande ! Sans surprises, « Maniac » tiré de Flashdance enflamme la Cigale et la transforme en karaoké géant grâce aux paroles projetées sur l’écran. Les oreilles les plus attentives auront reconnu la voix du grand Yann Ligner (Klone) au chant, une excellente idée de plus. Bref, on aura passé une très bonne soirée avec le Brut. Et avec d’autres dates prévues cet été dont le Motocultor et un passage à la Machine du Moulin Rouge, vous aurez du mal à ne pas en entendre parler, et c’est mérité !

Setlist :

Escape from Midwich Valley
Division Ruine
Roller Mobster
Meet Matt Stryker
Wake Up the President
Chew BubbleGum And Kick Ass
Turbo Killer
Paradise Warfare
Run, Sally, Run!
Looking for Tracy Tzu
Anarchy Road
The Good Old Call
Disco Zombi Italia
SexKiller on the Loose
Le Perv
Hang'em All
Maniac (reprise de Michael Sembello)

Photos : Arnaud Dionisio / © 2016 Deviantart
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

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