Jessica Rozanes, programmatrice du Fall of Summer

 

" J'aime l'idée d'avoir quelques ovnis à l'affiche."


Quelques mois avant la troisième édition du Fall of Summer qui aura lieu les 2 et 3 septembre prochains, la Grosse Radio a pu s'entretenir avec sa programmatrice pour vous dévoiler les dessous d'un tel événement. Nous avons pu revenir sur les succès de l'édition précédente, mais également en découvrir d'avantage sur ce qui vous attendra cette année à la base nautique de Vaires-Torcy. 

Nous en sommes déjà à la troisième édition du Fall of Summer. Quels sont les objectifs principaux que vous vous êtes posés cette fois ?

On a plusieurs types d’objectif.  Déjà artistiquement, on veut continuer de proposer quelque chose d’intéressant, ou en tout cas ce que nous considérons comme intéressant. C’est pas toujours évident, parce qu’on se pose tout  de même des barrières : on ne peut pas programmer tel ou tel groupe car ça ne serait pas cohérent avec l’esprit du festival tel qu’on l’a développé depuis sa création. Sur cette troisième édition, je considère que le contrat est rempli pour l’instant, même si ce n’est pas encore fait, puisqu’il nous reste douze groupes à annoncer, soit un peu moins de la moitié de l’affiche. Je suis la première à vouloir que ça aille plus vite, mais c’est aussi en avançant petit à petit qu’on contrôle mieux ce que l’on fait. On va dire que chaque festival a un peu sa méthode pour booker des groupes. Je ne vais pas faire dix mille offres à des groupes en début de programmation, je suis obligée de progresser petit à petit pour ne pas me retrouver avec un déséquilibre entre les différents styles qui nous intéressent. Par exemple, on a rajouté pas mal de thrash sur l'avant dernière annonce.

Est-ce que l’équilibre entre disons, death / black / thrash / doom, fait partie de vos objectifs ?

On essaye de le faire au maximum. Il y a certains groupes pour lesquels c’est un peu compliqué de vraiment trancher. Nifelheim par exemple, c’est du black ou du thrash ? Après, se pose effectivement la question du doom, qui n’a pas forcément été beaucoup représenté sur les deux premières éditions. Et pour l’instant, ça continue à l’être sur la troisième édition, sauf si on considère qu’Oranssi Pazuzu fait du doom, mais ce n’est pas vraiment le cas. Il y a des groupes, c’est sûr, mais tu vois, j’organise aussi des concerts à Paris, et à part les grands groupes connus ou Black Sabbath en tête d’affiche du Hellfest, c’est plus difficile de faire des concerts de doom qui marchent à Paris. Attention, je parle bien de doom, pas de stoner ! Le stoner marche bien mieux ici. Donc la question, c’est combien dépenser par rapport au nombre de personne qu’un groupe va ramener. On est obligé de se poser cette question. On peut craquer sur un ou deux groupes, mais on doit aussi être lucides et ne pas se laisser emporter par son enthousiasme. Ce serait très vite fait !

Ce rapport prix / notoriété pour un groupe, c’est vraiment un de vos axes principaux dans la prise de décision ?

Oui, dans le sens où il faut avoir un équilibre entre les deux. Là, clairement, on a des groupes qui ne sont pas du tout rentables en termes de ce qu’ils vont nous ramener en festivaliers. Mais si tu fais que du rentable, ton affiche n’est pas forcément intéressante, et si tu fais que du coup de cœur, tu vas sans doute te planter. Par exemple, Exciter, Revenge ou Abigail, clairement, c’est un coût important parce qu’il faut payer des billets d’avion. Donc on peut le faire pour certains groupes mais pas tous. Et du coup, on ne peut pas forcément avoir l’affiche rêvée à 100%, mais c’est comme ça malheureusement.
 

Venom, fall of summer, 2014, 2016, jessica rozanes, korporation, black metal,


Si je ne me trompe pas, c’est la première fois sur cette édition que des groupes vont jouer des sets spéciaux, je pense à Shining et Samael. Est-ce que pour toi faire ce genre de choses était nécessaire pour que le Fall of Summer aille de l’avant ?

Non, pas forcément. C’est surtout de proposer quelque chose d’inédit sur des groupes qui sont peut être un peu moins rares, et découvrir un autre aspect de leur musique. Quand on fait venir un groupe qui n’a jamais joué en France, la question ne se pose pas, mais quand ils jouent ici régulièrement, c’est différent. Après, les cas de Shining et Samael sont différents, parce que Shining fait une rétrospective globale alors que Samael se concentre sur les trois premiers albums, qui sont artistiquement les plus cohérents avec l’esprit du Fall of Summer. Du coup, pour suivre la logique, j’ai demandé à Samael d’utiliser le vieux logo, qui représente cette période. Alors que si on mettait le logo récent, peut être  que ça attirerait une autre population, mais ce n’est pas notre but.

Qu’est-ce qu’on peut attendre comme changement cette année sur le site ?

L’année dernière, on s’est concentré sur l’amélioration du camping, et on a eu énormément de retours positifs là-dessus. On va continuer sur cette voie, parce qu’il y a encore des ajustements à faire. Les moustiques, on n’a pas fait exprès ! [rires] Et on ne contrôle pas encore la nature, heureusement. Le gros point noir de l’année dernière, c’était la nourriture et le nombre de toilettes disponibles. Pour la nourriture, on s’y est mal pris dans la gestion des queues, on a eu des problèmes d’approvisionnement et aussi d’électricité, faisant qu’on n’a pas pu utiliser tout le matos qu’on avait à disposition. La totale quoi ! [rires] Après, il y a eu aussi le fait que beaucoup ont pris leurs préventes à la dernière minute. De notre côté, on s’attendait à moins de monde, faisant qu’on avait baissé la jauge pour les toilettes et la nourriture. De fait, on pensait faire moins de monde qu’à la première édition, ce qui n’a pas été le cas finalement. Cette année, il y aura plusieurs stands à différents endroits du site, et on essaye de voir pour fournir des sandwichs froids au bar. Je suis aussi en train de bosser sur un stand vegan / végétarien, avec de la vraie bonne nourriture, et pas juste du sans matière animale. D’ailleurs, on voudrait aussi qu’une partie des bénéfices de ce stand soient reversés à une association pour la protection animale. J’aimerais aussi avoir un stand « retour en enfance », avec des bonbons et de la barbe à papa noire. [sourire] Un ptit Mister Freeze devant Shining, ça devrait être appréciable.

Tu peux nous donner des chiffres sur l’affluence ?

La première édition, on était sur du 2000 personnes par jour, environ. Et l’année dernière, 3000. On a fait 50% en plus donc, une bonne surprise !

Il faudrait combien à peu près pour entrer dans vos frais ?

L’année dernière, il aurait fallu qu’on fasse 3500. Et cette année, à la louche, ça devrait être pareil, même si c’est impossible à dire aujourd’hui, vu que l’affiche n’est pas complète.
 

Jessica rozanes, ihsahn, fall of summer, festival, 2015, 2016, candlelight records, black metal,


L’année dernière, Ihsahn faisait un peu ovni sur l’affiche, malgré son passé. Et cette année, pour l’instant, c’est plutôt Oranssi Pazuzu qui occupe cette place. Est-ce que tu as voulu élargir le spectre du festival, en ne le cantonnant pas juste au trve / old school ?

C’est vrai que nos deux premières éditions avaient des affiches assez trve / old school, mais nous ne sommes pas des gens fermés d’esprit pour autant. On est tous des amateurs de musique, et il faut que ça reste cohérent à l’esprit du festival, mais j’aime bien l’idée d’avoir quelques ovnis, qui de toute façon vont plaire au public. C’est intéressant de proposer une ouverture. Par exemple, on n’a jamais vraiment booké de groupe de crossover, mais il aurait totalement sa place ici.

Quel est ton meilleur souvenir du festival depuis que tu as commencé à bosser dessus.

La venue de Venom. Mais même avant cela, le fait qu’ils répondent à mon mail, alors qu’on n’avait encore rien à présenter, même pas de logo… Avoir une réponse de personnes qui ont eu un rôle important dans l’histoire du metal, ça fait quelque chose… Après, de petits moments comme ça, il y en a eu beaucoup. C’est bien plus que programmer un festival pour moi. C’est une expérience qui va marquer ma vie à tout jamais.

A contrario, il y a sans doute aussi eu des coups durs ?

Le gros gros coup dur, ça a été quand on a du changer de site. La première édition du Fall of Summer devait se passer dans des ruines de château, ça n’a pas été possible finalement, et on a du chercher un autre site. Il faut savoir qu’après les ruines de château, la base de Torcy, je ne le trouvais pas si terrible que ça ! [rires] Maintenant je l’aime beaucoup, mais il y a quand même eu une déception. J’ai passé des nuits blanches entières sur Google maps à chercher des terrains, c’était un cauchemar. Après, l’année dernière, avant qu’on arrive à convaincre Coroner de jouer avant Triptykon, j’ai vu ma vie défiler devant mes yeux. Parfois, on travaille dur sur un groupe et que finalement on ne peut pas l’avoir, alors qu’on se dit que ça aurait été le groupe de l’année… De toute façon, il y a beaucoup de déception aussi beaucoup de joie.

Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?

Je peux pas trop répondre à cette question, parce que ça pourrait donner des indices. Les gens s’imaginent que tout est prévu, mais non. Typiquement, annoncer Carcass en août en 2014, c’était pas prévu, on ne l’a pas gardé en cachette exprès !

Quels sont les festivals que tu admires au niveau de la programmation ou de l’organisation ?

J’aime beaucoup le Keep it True, parce que mon premier amour metal reste le thrash. Ils font beaucoup de sets spéciaux, comme le Roadburn, qui est un très bon festival aussi. J’étais il y a quelques jours au Muskel Rock en Suède, qui est très axé heavy, assez kitsch : j’adore, surtout que c’est en petit comité. Et c’est un des objectifs du Fall of Summer. Il y a aussi le Party San, les Allemands sont vachement bons en organisation. Tu vois on a eu de la chance, sur les deux premières éditions : pas de pluie. Et je me dis que le festival qui arrive à être bien organisé en se prenant une grosse pluie est à toute épreuve.

Une anecdote amusante pour finir ?

On a déjà eu un rider de groupe demandant cinq sortes de pains différents. Pourquoi ? Tu ne vas pas manger tout ça ? Ceci dit, quand on a eu Mayhem, on s’était dit qu’ils ne boiraient pas tout ce qu’il y avait sur le rider, et pourtant si.  Ils ont tout bu, tout en restant plutôt respectables !
 



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements